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Mansour Barnaoui : le prodige du MMA en route vers le million de dollar
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Mansour Barnoui en lice pour remporter un million de dollars
Mansour Barnoui en lice pour remporter un million de dollars

Mansour Barnaoui : le prodige du MMA en route vers le million de dollar

Le 23 février 2019, Mansour Barnaoui va dispute,r à 25 ans, la finale du tournoi Road FC en Corée. En jeu : la ceinture des poids légers et un pactole d'un million de dollars. À un mois de son combat, Mouv' vous raconte le parcours de ce talentueux combattant.

" Ishh Ishh " : une gauche, une droite et un pied qui fouette le sac de frappe. Ça claque. L'impact des jambes de Mansour sur le cuir résonne dans toute la salle. 

Il transpire jusqu'à en imbiber ses locks de sueur. Et on comprend pourquoi. Il va combattre pour la ceinture lightweight du tournoi du Road FC, dont le vainqueur repartira avec 1 million de dollars. Ça aussi, ça claque. 

Mais avant d’en arriver là, ce petit prodige de Malakoff, dans la banlieue ouest de Paname, a commencé tout en bas. Au sens propre comme au sens figuré, c’est-à-dire en bas du bloc.

Nous sommes en 2006, le MMA et l’une de ses composantes, le grappling (de la lutte qui comprend des techniques d’étranglement et de soumission) n’en sont encore qu’à l’état embryonnaire en France. Et forcément, cela coûte un bras pour s’inscrire aux cours des pionniers brésiliens venus enseigner dans l’Hexagone. 

"Je rentre au quartier et je tombe sur Mansour et ses potes. Ils étaient posés là à squatter dans le hall. Ils me disent qu'ils sont partis dans une salle de lutte à côté à Vanves pour s'inscrire mais que c'était trop cher’’ raconte Faradji, ami et manager de Mansour.

Ni une, ni deux, Faradji part à la mairie de Malakoff pour demander des créneaux dans une salle municipale. Mission accomplie. Quelques semaines plus tard, la petite bande de Malakoff peut enfin s’entraîner au gymnase municipal et le club du Magnum voit le jour.

Et c’est Aziz, le frère de Faradji qui organise les entraînements. ‘’J’ai commencé le MMA en 2002 avec les pionniers de la discipline en France. Avec mes connaissances de l’époque j’ai commencé à enseigner comme ça’.

A cette époque, Mansour n’a que 14 ans. Il progresse vite, à tel point qu’il s’entraîne avec les adultes. Par contre, le renforcement physique, c’est pas son truc. "Aziz habitait dans mon bâtiment donc il venait me chercher chez mes parents pour être sûr que je vienne’’ se souvient Mansour.  

Mais il va vite changer. Quelques semaines après ses débuts, il participe dans la section adulte, à sa première compétition. Il perd dès le 1er tour et ça passe pas du tout. Il découvre ce goût amer qu’est la défaite et il va le détester. ‘’Ça m’a énervé de perdre. À partir de ce jour, je venais tout le temps aux entraînements. Mon coach me disait « fais ça », je m’exécutais sans réfléchir. »

Il se transforme en véritable machine de guerre. "Avec mon équipe je m’entraînais pour basculer vers le MMA. C’était l’objectif de finir dans la cage. Donc je fais du sol et de la boxe pieds-poings." 

Mansour Barnaoui est pire qu’une machine de guerre, il devient une vague déferlante. Il rafle toutes les médailles et autres coupes et ceintures possibles et imaginables. Autour de sa taille et à seulement 18 ans, les ceintures des deux organisations majeures en France de Pancrace (proche du MMA, c’est une discipline qui comprend de la boxe pieds poings, de la lutte mais sans coups au sol), le Contenders et le 100% Fight.

Une fois qu’il a mis tout le monde d’accord en France, l’Hexagone devient trop étroit pour lui. Direction l’Angleterre et le cage Warrior, la plus grosse organisation européenne de MMA à l’époque. 

Ils m’ont appelé en dernière minute pour combattre la star de leur organisation. J’étais sensé être le petit frenchy qui allait lui servir de punching ball.

Mais ce premier combat de MMA a failli ne jamais avoir lieu. « Il y a eu un problème de visa pour Mansour (il est de nationalité tunisienne) et on a failli rater l’avion. On a réussi à s’enregistrer de justesse à l’aéroport, mais dans la précipitation, il se blesse sérieusement à la cheville. À peine descendus de l’avion, on arrive pile-poile pour la pesée. » Ce sprint se finira bien pour l’Afro Samurai. Il va combattre sur un pied avec sa blessure à la cheville et il l’emportera au premier round. Les britanniques sont refroidis par le petit ‘’frenchy’'. 

"Ça ne s’est pas déroulé comme il le voulait" plaisante t-il.

A ce moment, il y a un petit Irlandais qui commence lui aussi à se faire remarquer dans la même organisation. Oui c’est bien lui, Conor Mc Gregor. Les organisateurs proposent un combat entre les deux à condition que Mansour signe un contrat de deux ans avec eux. « Rester bloqué avec eux pendant deux ans c’était pas intéressant, surtout que les primes étaient franchement pas super » explique Aziz. Est-ce que Mansour aurait arrêté la carrière de l’Irlandais ? On ne le saura jamais.

Quoi qu’il en soit, le Tunisien continue sur sa lancée en décrochant une ceinture dans une autre organisation européenne, le BAMMA, et ses performances tapent dans l’oeil de l’UFC. Mais sa nationalité pose problème : "Ils ont peur d’avoir des refus de visa et de devoir annuler des combats à la dernière minute. C’est pour cela qu’ils ne signent presque pas de russe par exemple. Il y a plein de combattants super forts mais ils ne sont pas à l’UFC." explique Faradji.

Ils signent alors pour une organisation russe, le M-1, connue pour très bien payer les combattants. D'après plusieurs sources au sein de cette organisation, un combattant peut gagner entre 10 000 et 15 000 euros par combat comme "seulement" 2000 à 3000 euros au le Cage Warrior. 

Et les Russes, ils ne blaguent pas du tout avec leur argent se souvient Faradji : 

Quand tu vas chercher la prime, t’arrives dans un bureau, il y a un mec assis à une table avec des gardes du corps autours de lui. à son poignet des menottes reliés à une mallette avec des tas de billets. Le mec l’ouvre et il te donne tes liasses de billets comme ça en cash, un vrai délire.

Si tout est allé très vite pour Mansour, son parcours n’a pas été épargné par les coups durs de la vie. Quelques jours avant son premier combat au M-1, son père décède. Mais il décide tout de même de combattre. "Mansour ne laisse pas transparaître ses émotions. il est assez spécial pour ça." Il décrochera la ceinture quelques mois plus tard.

Tout récemment, c’est son ami d’enfance qui est assassiné, comme un rappel du contexte pas toujours rose dans lequel a grandi Mansour. "Même si le quartier a été pas mal démoli et reconstruit, on reste dans un quartier avec pas mal de problèmes. L’ami de Mansour, avait commencé à s’entraîner avec nous mais comme il avait un souci au coeur il ne pouvait plus s’entraîner. On l’a perdu de vue. C’est là que notre club a son utilité ici. Sa vocation est purement sociale et on l’a monté avec mon frère pour ça’’ nous explique le coach.

Le gladiateur Barnaoui, demeure renfermé quand il s’agit de parler de ces événements.  Il préfère parler de bagarre et surtout rester concentré sur son objectif : le million. Et quand il en parle, il n’emploie jamais le conditionnel : 

Quand je remporterai le million ça ne changera rien pour moi. Je vais mettre bien ma famille et je continuerai ma route.

Vivant encore chez sa mère, dans un F2, avec ses deux frères, nul doute que cet argent il va en faire bon usage.

Mais avant de décrocher le gros lot, il reste à battre le boss de fin qui porte le doux nom de Shamil Zavurov. Un Tchétchène, cousin de Khabib Nurmagomedov, qui vient assister à tous ses combats lors de ce tournoi. 

Vous croyez que ça l’impressionne le tounsi, d’avoir en face de lui des mecs qui s’entraînent avec des ours ? ''Pourquoi j'aurai la pression ? C'est le mec en face qui devrait être tendu pas moi de se retrouver enfermé avec moi dans la cage.‘’ Une chose est sûre, du côté de Mansour : le mode guerre est bel et bien activé.

Aladine Zaïane