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La perte de poids : le fléau du MMA
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La perte de poids : le fléau du MMA
La perte de poids : le fléau du MMA ©Radio France

La perte de poids : le fléau du MMA

En MMA, en plus de l’adversaire, les combattants doivent généralement faire face à leur propre corps avant d’entrer dans la cage. Analyse du weight-cutting.

LWeight Cutting, de quoi s'agit-il ? Dans les sports où il existe des catégories de poids, les sportifs doivent se présenter sur la balance en fonction des règles relatives à leur catégorie. Le weight-cutting est ce processus de perte de poids précédant la pesée . Ainsi, un judoka combattant chez les moins de 100 kilos ne devra pas atteindre ce poids le jour de la pesée. Une règle simple, mais qui comporte des risques. En effet, nombreux sont les sportifs à faire l’ascenseur sur la balance. En effet (et pour résumer très sommairement), plus un combattant est lourd, plus il est difficile à déplacer et puissant dans ses frappes. De ce constat basique viennent tous les excès. Pourquoi s’intéresse-t-on donc au cas du MMA ? Parce que c’est dans ce sport qu’il y a les plus grands problèmes de santé et variations de poids. Il existe aujourd’hui 17 catégories de poids en boxe professionnelle  chez les hommes : de moins de 47.3kg à plus de 90.2 kilos. Aujourd’hui au sein de l’UFC, organisation majeure du MMA, on compte seulement 8 catégories  chez les hommes : de moins de 56.7 kilos à plus de 93 kilos. Oui, c’est peu.

Alors qu’un sportif peut se positionner en fonction de son poids naturel en boxe, c’est autrement plus compliqué en MMA. Par exemple, un combattant pesant 80 kilos devrait hésiter entre les welterweights (-77kg) et les middleweights (-84kg). Pourtant, il choisira des catégories de poids encore inférieures puisqu’il n’y aura aucun suivi médical. À l’UFC, il suffit d’être au poids 36h avant le combat…pour ensuite tout regagner ensuite. En boxe, il y a plusieurs pesées dans les semaines qui précèdent les événements. Les boxeurs arrivent donc sur le ring avec un poids presque naturel. En MMA, tout est presque autorisé. Face à l’escalade dans les pertes de poids brutales, les perfusions intraveineuses sont même interdites à l’UFC depuis octobre 2015. Pour se réhydrater rapidement à quelques heures du combat, les sportifs s’injectaient des poches de chlorure de sodium. Cette pratique peu connue du grand public était extrêmement répandue. José Aldo, Conor McGregor ou encore Khabib Nurmagomedov utilisaient cette méthode.

Arrêt cardiaque dans la cage

Malgré cette interdiction, les exemples de « weight-cuts » brutales sont toujours légion. On peut prendre quelques exemples : Kevin Lee a un poids de forme à 84 kilos pour une dernière pesée à 69 kilos. Pour l’UFC 216, il avait perdu 8.8 kilos en moins de 24h !  Lors de la journée des médias, le jeudi, Lee disait peser 78.9 kilos…le vendredi matin il arrivait sur la balance à 70.1 kilos. Anthony Johnson, aujourd’hui retraité, était auparavant chez les -77 kilos et ayant un poids naturel à…95.3 kilos ! Lors d’une séance de question/réponse sur Facebook, il se souvenait de son combat contre Dan Hardy : « Quand j'ai combattu Dan Hardy, je venais juste de subir une opération au genou et je pesais 104 kilos. Je suis passé de 104 à 77 kilos en deux mois.  »

Actuellement, le cas le plus éloquent est celui de Darren Till . Pas encore connu du grand public, le Britannique est l’une des stars montantes de l’UFC. Surnommé le gorille, il combat chez les moins de 77 kilos. Il s’est exprimé à ce sujet dans The MMA Hour.« 90 kilos, environ 200 livres », c’est le poids qu’il faisait en entrant dans la cage pour combattre Donald Cerrone, 36h après sa pesée à 77 kilos. Il ajoute : « Je ne suis pas un welterweight (-77kg). Je suis un light-heavyweight (-93kg) dans la division welterweight. Cela devrait être illégal, ce que je fais. L'UFC devrait l’interdire, mais ils ne peuvent pas le faire…parce que je fais ça de manière naturelle et professionnelle. »

De son côté, Conor McGregor a abandonné la catégorie featherweight (-66kg). À chacune de ses pesées, il apparaissait avec un physique squelettique, au bord de l’évanouissement. Désormais chez les -70kg et -77kg, il est beaucoup mieux physiquement. Le choc visuel est spectaculaire entre les deux images titres. Le Notorious passait ainsi de 65.8 kilos en décembre 2015 à 76.2 kilos en mars 2016 . Faire l’ascenseur sur la balance n’est toutefois pas sans risque…loin de là.

En novembre dernier, CJ Hancock était victime d'un arrêt cardiaque dans la cage ainsi que d’une insuffisance rénale...à cause d'une weight-cut trop brutale. Il faut dire qu’il était arrivé à 77.4 kilos sur la balance en ayant précédemment combattu à 93 kilos… Plus récemment, au Brésil, le combattant Alexandre Pereira Silva tombait dans le coma après un arrêt cardiaque. Conséquence de cette perte de poids brutale, il ne s'est toujours pas réveillé et se bat désormais pour sa vie.

Des changements en vue ?

Ces exemples isolés ne doivent pas nous détourner du fait que le weight-cutting reste un problème global. Même les plus grands y sont confrontés. On se souvient que le champion UFC Daniel Cormier n’avait pu participer aux Jeux Olympiques 2008 en lutte à cause d’une insuffisance rénale due à sa weight-cut. En mars 2017, Khabib Nurmagomedov, qui figure parmi les plus grandes stars de l’UFC, devait déclarer forfait pour son combat. Pendant le weight-cut, son corps l’avait lâché, purement et simplement. Invité dans l’émission UFC Weekly sur SFR Sport, le combattant français Mehdi Baghdad parlait d’« un combat avant le combat » à propos de cette course contre la montre.

Tant qu’il n’y aura pas de changements du côté de l’UFC, le problème du weight-cutting perdurera. Si les combattants peuvent effectuer une carrière en perdant entre 10 et 15 kilos pour chaque événement sans soucis immédiats, l’après-carrière peut être compliquée. Ainsi, ils s’exposent à des insuffisances rénales aiguës et autres maladies rénales chroniques. À la manière des contrôles antidopage surprises, l’UFC pourrait donc faire monter ses combattants sur la balance à n’importe quel moment de l’année. On pourrait imaginer que les sportifs dépassant les 10% supplémentaires par rapport à leur catégorie soient durement pénalisés (changement de catégorie obligatoire par exemple). Cela bouleverserait toute l’organisation, mais éviterait de nombreux drames. Réceptive au problème, l’UFC étudie d’ailleurs la création de nouvelles catégories de poids . Avant cela, l’organisation avait déplacé ses pesées, de 24h avant les événements à 36h aujourd’hui. On avance dans la bonne direction.

crédits photos : Sportsfile / Josh Hedges/Zuffa LLC /Getty Images

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