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Floyd Mayweather : le maître du jeu
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Floyd Mayweather
Floyd Mayweather ©Getty

Floyd Mayweather : le maître du jeu

Retraité pour la troisième fois en août 2017, Floyd Mayweather continue de faire la une des médias. L’Américain doit sa fortune dans sa capacité à communiquer.

À 41 ans, Floyd Mayweather n'aurait pas dit son dernier mot. Le richissime boxeur pourrait revenir une quatrième fois dans le monde de la boxe. Sportivement irréprochable avec un bilan de 50-0 en carrière (personne n’a jamais fait aussi bien, ou presque), Money est aussi une véritable machine à cash. En salaire, il a ainsi cumulé la bagatelle d’un milliard de dollars en carrière. Là encore, personne n’a fait mieux. Pourtant, cela ne doit rien au hasard. Floyd Mayweather Jr. contrôle tout.

Floyd Mayweather, le promoteur

Alors que la grande majorité des boxeurs, superstars ou non, ont des promoteurs, Floyd Mayweather est son propre promoteur. Cela lui permet d’empocher des sommes énormes lors de chacune de ses sorties. Pour fonder Mayweather Promotions, Floyd s'inspira d'Oscar De La Hoya, qu'il affronta lors de l'un des combats les plus lucratifs de l'histoire en mai 2007. Étant son propre promoteur, avec son organisation Golden Boy Promotions, De La Hoya, organisa ce superfight qui généra plus de 130 millions de dollars de revenus. Bien que battue par décision partagée, le Golden Boy repartit avec 52 millions dollars, alors le plus grand salaire de l'histoire. De son côté, Mayweather quitta le MGM Grand avec la ceinture WBC light-middleweight de son adversaire du soir et 25 millions de dollars. Mais Floyd, alors encore surnommé Pretty Boy en voulait plus. Il ne sera plus jamais moins bien payé que son opposant et surtout, il sera le promoteur de tous ses prochains combats.

« Floyd est arrivé dans les bureaux de Top-Rank, leur a donné un chèque de 750 000$ et le reste appartient à l’histoire. » - Leonard Ellerbe, PDG de Mayweather Promotions

Signé chez le promoteur Bob Arum à Top-Rank depuis le début de sa carrière en 1996, Mayweather disposait d'une option à 750 000$ pour rompre le contrat. Alors qu’Arum négocia un salaire de 8 millions de dollars garantis en avril 2006 pour que son poulain affronte Antonio Margarito, Floyd refusa. À l’époque, cela aurait été le salaire le plus important de sa carrière. Mayweather quitta donc l’écurie Top Rank en 2006 pour fonder Mayweather Promotions en 2007. L’objectif derrière cette manœuvre en devenant boxeur-promoteur, était d’empocher bien plus et de tout contrôler. Pour la petite histoire : alors sous contrat chez Arum, Mayweather demanda 20 millions pour affronter De La Hoya. Son promoteur lui refusa, prétextant qu’il n’y aurait pas les fonds. Un an après, Floyd lui donna tort…

« Il gagne un pourcentage de chaque billet acheté, chaque bretzel consommé, chaque poster vendu. Il touche de l’argent sur les droits de retransmission internationaux, sur les cinémas où le combat est montré. [] Mayweather est considéré comme l'un des meilleurs boxeurs de l'histoire. Il combat aussi sous une structure financière très inhabituelle, transformant le risque initial contre un bénéfice final tout en conservant un contrôle total. » expliqua le journaliste Greg Bishop en 2011.

Contrôlant tout, Mayweather enchaîne les sommes à huit chiffres depuis qu’il a pris son indépendance. Ne touchant pas moins de 25 millions par combat depuis le duel contre De La Hoya, il fit même plus fort en 2013. Ainsi, le depuis surnommé « Money » (vous commencez à comprendre pourquoi) signa un accord d’exclusivité avec le diffuseur américain Showtime… lui garantissant 32 millions de dollars par combat ! Autrefois en partenariat avec Golden Boy Promotions, Mayweather Promotions prenait les commandes seule en 2014 lorsque l’organisation reçut sa licence de promoteur dans le Nevada. À 36 ans, le boxeur n’allait plus rien partager. Ses trois chefs-d'oeuvre financiers sont les suivants : Canelo Alvarez en 2013 (71.5 millions), Manny Pacquiao en 2015 (250 millions) et Conor McGregor en 2017 (275 millions). À un âge où les boxeurs déclinent, Floyd empoche de plus en plus gros.

Payer pour le voir perdre

Porter par son bilan d’invaincu en carrière, Floyd Mayweather a très vite su que cela n’allait pas suffire pour déchaîner les foules. Devenu « Money » lors du combat face à De La Hoya, qui le fit connaître du grand public, Floyd développa le personnage médiatique que l’on connaît. S’affichant avec les plus gros bolides, les montres les plus bling-bling, Mayweather est devenu celui qu’on aime détester. Hormis ses fans, les gens payent ainsi pour le voir perdre. C’est toute la force de Floyd. Sachant qu’il est impossible d’être soutenu par tous, il est devenu cette figure polarisante. Ainsi, chacune de ses sorties sur les rings est suivie par de plus en plus de monde. Plus il reste invaincu, plus les gens veulent le voir perdre. Toutefois, Mayweather sait mieux que personne que tout s’arrêtera le jour où il connaîtra sa première défaite. C’est bien pour cette raison qu’il choisit minutieusement ses adversaires. Canelo Alvarez, au moment de leur combat n’avait ainsi que 23 ans. De son côté, Manny Pacquiao aura été soigneusement évité durant ses meilleures années. Conor McGregor, qui reste son plus gros coup financier, n’avait aucune expérience professionnelle en boxe. De même, le Cotto de 2012 n’avait rien à voir avec le tueur à gages de 2006-2007…

Les gens l’aiment ou le détestent, mais ils le regardent

Pour chacun des trois combats, ce sont les adversaires de Money qui avait le soutien du public. À chaque fois, Mayweather fut le mieux payé et le seul vainqueur. 

Preuve du véritablement déchaînement de passion lors des sorties de Floyd : il est propriétaire des quatre plus grands succès en achat de pay-per-views de l’histoire de la boxe ! 4.6 millions d'achats contre Pacquiao, 4.3 millions contre McGregor, 2.4 millions contre De La Hoya et 2.2 millions contre Alvarez ! La stratégie marketing de Mayweather s’avère payante… N’en déplaise à certains.

« Les gens l’aiment ou le détestent, mais ils le regardent » - Stephen Espinoza, patron du diffuseur Showtime Sports à Forbes

À 41 ans, un nouveau retour ? 

Peu importe la qualité sportive de l’adversaire, Floyd Mayweather arrivera à vous/nous faire regarder ses combats. Actuellement, il semble que deux options plus ou moins probables s’offrent à lui : Manny Pacquiao et Khabib Nurmagomedov. Sportivement, les risques sont à nouveau très faibles. Financièrement, les jackpots sont hautement probables. Pour ces deux fights, Mayweather communique abondamment à grands coups de déclarations fracassantes. Naturellement, cela fait le bonheur des médias (nous plaidons coupables)… et la machine se lance.

Floyd Mayweather vs. Manny Pacquiao 2

Le premier combat reste à ce jour le plus grand succès de l’histoire en termes de pay-per-views. Toutefois, cela n’avait pas suivi dans le ring avec un voyage au bout de l’ennui. Avec une revanche, Mayweather s’assurerait un nouveau salaire confortable et une nouvelle victoire. On peut cependant s’attendre à ce que ce combat soit moins suivi que le premier. Dans tous les cas, il est bien probable qu’il ait lieu. Le 15 septembre dernier, l’Américain avait annoncé : « Je reviens pour combattre Manny Pacquiao cette année. Un autre jour de paie à neuf chiffres qui arrive. » Pour mettre cela sur pieds et retrouver des couleurs aux yeux des fans aux États-Unis, Pac-Man devra l’emporter de manière convaincante contre Adrien Broner. Ensuite et seulement ensuite, la revanche pourra être officialisée. Pacquiao vient d’ailleurs de signer avec Premier Boxing Champions, l’organisation du promoteur Al Haymon, fidèle conseiller de… Floyd Mayweather.

Floyd Mayweather vs. Khabib Nurmagomedov

Clairement, ce combat n’a aucune chance d’avoir lieu (vous pouvez faire une capture d’écran). Les discussions autour de ce « money fight » permettent seulement à Khabib, comme à Floyd de rester présents médiatiquement. C’est d’ailleurs Nurmagomedov d’habitude si discret, qui a défié le boxeur en premier : « Allons-y, Floyd. Nous devons combattre maintenant. 50-0 contre 27-0, deux gars qui ne perdent jamais, pourquoi pas ? Parce que dans la jungle, il n'y a qu'un seul roi. Bien sûr, je suis le roi parce que tu ne pouvais pas mettre knock-down McGregor, alors que je l’ai fait facilement. »

Bien évidemment, Mayweather répondit favorablement : « CBS, Showtime et MGM Grand, sortez le chéquier ! Make Las Vegas Great Again ! » La star sait très bien que l’hypothèse d’un tel combat fait parler les gens et donc lui permet de concentrer l’attention…sans avoir d’actualité concrète. Sous contrat exclusif avec l’UFC, Khabib devrait se mettre d’accord avec l’organisation de MMA avant que les choses n’avancent vraiment. Autant vous dire que Nurmagomedov va sagement rester dans la cage à défendre sa ceinture. Précisions également que le Daghestanais n’a absolument pas les qualités techniques pour combattre exclusivement en boxe. En Anglaise pure, affronter Mayweather serait un suicide sportif pour Khabib… 

Après une carrière longue de 22 ans, Floyd Mayweather peut légitimement être considéré comme l’un des meilleurs de tous les temps. Champion du monde dans cinq catégories, ayant battu les plus grands, TBE (The Best Ever – le meilleur de tous les temps) comme il aime s’appeler reste avant tout un redoutable businessman. À 41 ans, c’est d’ailleurs l’argent qu’il privilégie clairement désormais : « Money isn’t everything, money is the only thing » (NDLA – L’argent n’est pas tout, l’argent est la seule chose qui compte). Attention à ne pas faire le combat de trop.