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Teddy Tamgho : "Maintenant j’ai vraiment envie de rentrer dans le rap"
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Teddy Tamgho lors des championnats d'Europe 2010 à Barcelone (photo : Manuel Blondeau)
Teddy Tamgho lors des championnats d'Europe 2010 à Barcelone (photo : Manuel Blondeau) ©Corbis

Teddy Tamgho : "Maintenant j’ai vraiment envie de rentrer dans le rap"

L’ancien triple sauteur Teddy Tamgho, 31 ans, a toujours baigné dans le rap. Après avoir raccroché les pointes en 2019, il confie à Mouv' qu'il compte se relancer sérieusement dans la musique après deux morceaux et six ans d’absence. Entretien.

Une carrière mouvementée pour un athlète à contrecourant. Sacré champion du monde en 2013 à Moscou (où il avait réalisé la 3e meilleure performance de l'histoire avec 18,04m), Teddy Tamgho, 31 ans, a vu la suite de sa carrière perturbée par de graves blessures (fractures du fémur et de la cheville, rupture du tendon d’Achille), ratant les Mondiaux de 2011 et 2015 ainsi que les Jeux Olympiques 2012 et 2016. Depuis cette date, il a tenté à plusieurs reprises de revenir à la compétition mais sans jamais vraiment retrouver son meilleur niveau.

En dehors des pistes, Tamgho a aussi défrayé la chronique en octobre 2011 en écopant de douze mois de suspension, dont six avec sursis, et 5.000 euros d’amende après une violente altercation au Creps (Centre de Ressources d'Expertise et de Performance Sportive) de Boulouris (Var). A l’époque, Teddy n'apprécie guère la façon dont les médias restituent cet épisode. Il décide alors de s'exprimer en rappant sous le pseudo "TDYSTAR" dans un clip vidéo posté le 25 décembre 2011 et intitulé… "Joyeux noël." Drôle de manière de faire son coming-out artistique pour celui dont le rap a toujours été un hobby bien avant de faire carrière dans l’athlétisme.

Outre 2011, il est aussi suspendu un an par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) en juin 2014 pour trois manquements à ses obligations de localisation pour des contrôles antidopages en moins de 18 mois. Autant de péripéties qui le pousseront en 2015, sur les conseils de son ami OGB de la Mafia K1 Fry, à sortir son premier vrai titre, "Champion", où il évoque la vie complexe qu'est celle d’un sportif de haut niveau, à la fois teintée de succès mais aussi de lourdes déceptions.

Depuis, il n’a plus rien sorti. Pour autant, il continue de rapper, et conseille même son cousin éloigné Earvin Ngapeth. "Quand il va en studio je suis avec lui. Il me demande son avis sur ses sons et je fais pareil de mon côté." Désormais entraîneur du burkinabé Hugues Fabrice Zango depuis 2018, il a réussi à faire de son poulain le nouveau recordman de triple saut en salle avec 18,07m établis à Aubière (Puy-de-Dôme) le 16 janvier dernier. Jusqu’ici le record était détenu par Teddy Tamgho lui-même.

A quand remonte ta passion pour le rap ?

Ça a commencé assez tôt. Aux alentours de l’âge de 13 ans. J’ai grandi à Sevran, et là-bas, je pratiquais le rap avec Ixzo. On a fait deux ou trois sons ensemble quand on était plus jeunes. Il avait son équipe qui s’appelait la BSL. Le rap c’était notre hobby numéro 1. On s’est même embrouillé entre nous pour retrouver les sons qu’on a faits à l’époque mais comme il n’y avait pas encore YouTube et toutes les autres plateformes pour les poster, il y a des trucs qu’on a perdu.

Tu fais donc partie de ces sportifs qui rappaient déjà avant d’être dominants dans leur sport…

Oui. Après, on voyait vraiment ça comme un loisir. A aucun moment on se disait qu’il y avait possibilité de réussir. On voulait juste que notre musique soit écoutée au quartier. On n’avait pas de vision comme aujourd’hui avec les réseaux sociaux qui permettent d’avoir des perspectives d’avenir plus facilement. Nous ça se limitait au quartier et par extension à notre ville.

Quand est-ce que tu as commencé l’athlétisme ?

A peu près en même temps que le rap, aux alentours des 13 ans.

Quelle place prenait la musique dans ton quotidien de sportif ?

Le rap c’était un hobby. Après les cours certains vont jouer au foot, nous on rappait. On allait tous chez celui qui avait un ordinateur pour pouvoir enregistrer. Quand j’ai commencé l’athlétisme, ça ne changeait rien à ma routine. Même pendant ma carrière sportive je prenais le temps d’écrire. A aucun moment j’ai mis la musique en pause pour ma carrière de sportif de haut niveau. Certes je ne sors plus de sons, mais aujourd’hui, si je regarde dans mon tel, j’ai au moins 100 à 150 sons de côté.

Quelle place prend le rap dans ta vie aujourd’hui ?

La musique a toujours une place importante dans ma vie. J’écris toujours. Je suis très actif. Des choses vont sortir pendant ce troisième confinement. D’ailleurs, à la fin de "Champion", il y a un petit son de 15 secondes. C’était une petite intro du prochain son sur lequel je voulais enchaîner à l’époque. Mais maintenant j’ai vraiment envie de rentrer dans le rap. Croyez-moi, je ne dors pas. La suite arrive…

Tu as eu une manière pour le moins particulière de faire ton coming-out artistique en 2011, puisque c’était pour régler tes comptes avec la presse dans "Joyeux Noël." Peux-tu revenir là-dessus ?

Je sais être provocateur. Je savais que le nom et la date de sortie allaient faire parler en termes de communication. C’était sûr qu’en sortant ce son je n’allais plus rien avoir à faire derrière. Comme dit Rohff "qu’on parle de moi en bien ou en mal ça me fait de la pub." En plus, pour la petite histoire, je l’ai fait vite ce son. 15 minutes pas plus ! J’ai surtout mis l’accent sur tout ce qui est jeux de mots plus que sur le flow en lui-même. Vraiment ça a dû me prendre 15 minutes pour l’écrire et j’ai posé en one shot. Quand tu connais comment marche le game, tu sais comment tirer la couverture en ta faveur. Je me revois sur BFM en boucle la veille du jour de l’an. C’était marrant, car c’est tout ce que je voulais. Après attention, c’est certes un son plutôt fort et agressif, mais je fais toujours en sorte à ce qu’il n’y ait pas de grossièreté. Faut que demain ma mère puisse écouter ma musique sans être choquée.

"Joyeux Noël" et "Champion" sont toujours tes deux seuls titres aujourd’hui…

En effet oui. "Champion" c’est sorti 3 ans après "Joyeux Noël." J’ai fait ça avec OGB, l’homme au grec dans "Pour ceux." Il m’a conseillé de commencer avec une musique qui s’adresse à ma communauté sportive. Comme je disais à la fin de "Champion" il y a une instru qui dure 15 secondes environ, c’est celle d’un autre son que je voulais sortir et qui s’appelle "Triple flow." Puis je me suis blessé et je n’ai pas eu le temps de me concentrer dessus donc il n’a finalement jamais vu le jour. En 2015 c’était au moment de ma rupture du tendon. J’avais d’autres préoccupations, plus grandes. Maintenant j’aimerais vraiment revenir dans la musique. Avant la fin des quatre semaines de confinement des choses sortiront.

Comment est-ce que tu aimerais revenir ?

J’aimerais prendre tout le monde à contrepied. Faire un truc que personne n’attend. Je compte sortir quelque chose de complètement différent. Je ne fais jamais rien de manière conventionnelle. Une chose est sûre, c’est que si je reviens cette fois-ci c’est pour enchaîner les sons. Il ne s’agit plus d’attendre. Je vais envoyer la sauce. Il faut que je regarde comment on peut procéder avec un cousin à moi qui m’aide sur ce coup. Ça va être quelque chose d’inattendu pour les gens, car de manière générale, si tu veux faire du bruit, il faut surprendre.

Comment tu trouves l’inspiration ?

Je prends tout de mon environnement pour m’inspirer. Le sport, Sevran, la musique, le Cameroun dont je suis originaire. Je m’inspire de tout. Mais je ne peux pas trop en dire pour l’instant sinon le public va trop comprendre ce que je compte sortir.

Tu peux au moins nous parler de tes influences dans le rap ? Ceux qui ont fait que tu as eu envie de te lancer un moment…

J’aime les classiques Kaaris et Booba. Même s’ils ne s’aiment pas tous les deux, tu es obligé de les écouter. Dans un rap plus "actuel", aujourd’hui j’aime ceux qui vont me divertir. J’aime les hits, donc forcément j’aime Ninho. Pour moi, c’est le numéro 1 dans son registre. Par ailleurs, j’ai ce côté conceptuel et profond dans la manière de dire les choses, un peu comme un Damso. Pour le côté "décalé", j’écoute SCH. Pour moi, ce sont tous des leaders dans leur domaine. Après j’écoute vraiment beaucoup d’artistes. Je ne peux pas tous les citer. Il y a par exemple Niro, Leto, Frenetik, Gazo, Bosh que je préférais avant, mais aussi Maes ou encore Kalash. Des rappeurs de chez moi qui font du très bon boulot !

Tu as déjà eu des retours artistiques sur ta musique ?

Quand j’ai sorti mon premier son, tout mon entourage a rigolé. Ils me prenaient pour un malade. Pour "Champion", bah bizarrement, le titre a été bien apprécié des sportifs. Encore aujourd’hui certains l’écoute avant une grande compétition. Parfois, en y repensant, je me dis qu’à cette époque j’aurais dû enchaîner les sons. Avec le recul, il y avait un début d’engouement mais je n’ai pas surfé dessus. Très vite, le soufflé a fini par retomber. Mais bon, je me dis que les priorités étaient ailleurs. Mais aujourd’hui, maintenant que je fais l’unanimité auprès de mon entourage, je ne veux pas laisser passer ma chance une deuxième fois. Jusqu’ici, j’ai toujours continué la musique pour m’amuser mais mes proches se sont mis à m’embrouiller pour que je sorte mes sons. Alors à un moment donné je me suis posé, j’ai réfléchi, et je me suis dit : cette fois-ci on va le faire.

Ça veut dire que tu as déjà pensé à faire une double carrière à l’époque ?

Je pense que je n’avais pas assez de recul. Je faisais surtout de la musique par passion. Mais à un moment donné, il faut choisir. Si la vie ressemblait tout le temps à celle du confinement, l’idée d’une double carrière rap/sport serait plus qu’envisageable. Or, pour percer dans la musique, il faut tourner des clips, faire ta promo… Et ça, c’est très difficile à concilier avec les entraînements et la compétition. Puis imaginons que demain ta musique marche. Derrière, il faut l’assumer la double carrière… En fait, je pense qu’on peut faire du rap et du sport de haut niveau, mais si on parle de double carrière où tu veux exceller dans les deux domaines, je pense que ça n’est pas possible. C’est pour ces raisons que je ne me suis pas lancé. Quand on fait de la musique, on voit trop le bon côté du métier. Mais la vérité, c’est que ça n’est pas de tout repos.

Maintenant que tu as pris ta retraite sportive, tu vas enfin pouvoir te lancer ?

Là oui. Je sais qu’aujourd’hui, je n’ai pas de problème à devoir dormir tôt pour assumer les entraînements. J’ai le temps pour faire les choses sérieusement. Et si ça doit marcher, j’ai plus de possibilités de temps à investir.

Dirais-tu que le rappeur Tamgho est comme l’athlète qui a marqué l’histoire de son sport ?

Non différent parce que quand tu fais mon type de sport, il n’existe qu’un numéro 1. C’est très objectif. Demain tu peux faire un sondage pour savoir qui est le plus fort entre Ninho et Niska par exemple. Dans mon sport c’est le plus fort qui est le meilleur et il n’y a pas débat. D’un point de vue personnalité je reste le même, car j’ai un profil plutôt hybride. Dès que je peux, j’innove. Je prends toujours à contrepied, les gens. J’arrive là où on ne m’attend pas. Je ne suis pas une stat. En musique comme dans le sport, j’aime beaucoup tenter des choses. Il y a pas mal de similitudes entre le Tamgho triple sauteur et le Tamgho rappeur. Notamment sur les côtés passion, créativité, effort, et investissement.

En vrai tu aurais préféré être rappeur plutôt que triple sauteur ?

Si ça fonctionne dans la musique, c’est que l’enchaînement aura été bon. Au fond, j’aurais bien fait les deux, mais le dans sport pro il faut se donner à fond tant que tu es jeune.

Tu évoquais tout à l’heure des perspectives d’avenir plus facile dans le rap aujourd’hui avec les réseaux. Comment est-ce que tu vois le succès de rappeurs qui ont aussi cette étiquette de sportifs de haut niveau comme Topas ou Dinor par exemple ?

Ce qui est compliqué, c’est de ne pas être vu comme un sportif d’abord. On est en France pas aux États-Unis ou la culture de l’entertainment est tellement fort que peu importe ce que tu fais, tu seras reconnu tant que tu es bon. Dans le cas de Dinor et Topas c’est différent. Dinor personne le connaissait vraiment en tant que footballeur. Topas, moi, je l’ai connu avec « En Brrr » mais personne ne savait que c’était un footeux. A l’inverse, si tu prends Earvin et moi, on nous voit d’abord comme des sportifs qui font de la musique car on est connu essentiellement dans notre sport. Dinor, si on regarde bien, il a communiqué le côté "je fais du foot" pour susciter de l’engouement. Moi j’étais déjà un sportif reconnu avant que le public découvre que je sais aussi rapper. C’est aussi pour ça que je parlais de contrepied juste avant. En France, on va très vite t’enfermer dans la case du sportif qui fait de la musique. Si tu veux être vu différemment, il faut surprendre.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

Continuer d’entrainer avec brio, que ma musique explose, et la santé évidemment.