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Walide Khyar : "Un an de plus pour être le meilleur"
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Walide Khyar (Crescendo Management)
Walide Khyar (Crescendo Management) ©Radio France

Walide Khyar : "Un an de plus pour être le meilleur"

Après plus d'un mois de confinement, comment les athlètes de haut-niveau vivent-ils cette situation ? Le judoka français Walide Khyar, 24 ans, s’était préparé au pire. Alors 11 mai ou pas, pour lui, ce confinement, c’est une occasion de se rendre utile.

Ce mercredi 22 avril, Walide Khyar (WK) brave pour l’une des toutes premières fois le confinement auquel tous les français sont astreints depuis le 17 mars. En cette matinée ensoleillée, muni de son attestation de déplacement, le médaillé d’or au championnat d’Europe 2016 à Kazan dans la catégorie des -60 kg quitte son domicile de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) pour venir en aide à des jeunes de Grigny (Essonne). 

Avec la société Ippon Technologies, un cabinet de conseil en Cloud, Data et Digital fondé par l’ancien judoka international, membre des équipes de France de 1990 à 1999, Stéphane Nomis, Walide Khyar est venu distribuer une centaine d’ordinateurs pour tenter de pallier le manque d’accès à Internet révélé par la crise du coronavirus. "Ippon Technologies me sponsorise depuis mes débuts. Avec sa fondation, Stéphane Nomis travaille depuis plusieurs années à la réduction de la fracture numérique en Afrique via différentes opérations au Maroc et au Togo notamment. Quand il s’est rendu compte pendant le confinement qu’on retrouvait les mêmes problématiques à vingt kilomètres de Paris, il s’est dit qu’il fallait faire quelque chose", confie le natif de Bondy (Seine-Saint-Denis). 

Ainsi, une cagnotte a été lancée permettant de récolter près de 26 000 euros servant à l’achat de matériel informatique : "On a distribué des ordinateurs à La Grande Borne__, quartier où a grandi Stéphane. Sur place, on a pris le temps d’échanger avec les familles. Des enfants me disaient faire les devoirs dans les escaliers. D’autres depuis le téléphone de leurs parents", se désole le philanthrope du jour. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Walide Khyar joue les bons samaritains. Outre la distribution d’ordinateurs, le judoka organise avec son club, le Flam91 (Force Longjumeau Alliance Massy 91), des séances de sport à distance avec l’outil de téléconférence Zoom, très largement prisé en ces temps de télétravail forcé. "C’est entre autres des séances prévues pour les meilleurs judokas du club", précise WK.

"Je me suis pris de passion pour la corde à sauter"

Quid de son cas à lui ? Si au début du confinement Walide Khyar faisait des longues sorties à vélo, il a rapidement pris la décision de rester chez lui. "Je rentrais essoufflé comme jamais. Ça commençait à me rendre parano", s’amuse-t-il. Il décide alors de s’entraîner chez lui. "Je vis dans une maison avec jardin et la veille du confinement je me suis équipé pour ne manquer de rien. Vélo, cordes ondulatoires, élastiques, plots… J’ai retiré tout ce qu’il y avait dans mon salon pour m’aménager une salle de sport de 15m2 environ." Le judoka tourne à deux entraînements par jour à l’exception du mercredi et du dimanche où il ne s’entraîne qu’une seule fois. 

"J’essaye de garder un rythme sans trop me lasser. Il faut prendre du plaisir sinon ça ne sert à rien. C’est pourquoi je me fixe des objectifs personnels comme ce qu’on a pu voir avec les deux minutes du peuple par exemple, où le but est d’effectuer le maximum de répétitions d’un exercice dans le temps imparti. Il faut voir ce confinement comme une l’occasion de travailler des choses sur lesquelles d’habitude on fait l’impasse. Je me suis pris de passion pour la corde à sauter par exemple." S’il avoue avec du recul avoir pris une grosse "patate" à l’annonce du report des Jeux de Tokyo à l’été 2021, reste que son projet olympique tient toujours. "Quand tu te prépares pour un objectif et que celui-ci est repoussé d’un an, tu es forcément déçu. En plus pour ma part je suivais en parallèle un BTS Muc (Management des unités commerciales, ndlr) que j’ai arrêté spécialement pour préparer les Jeux… Ce sont les aléas du sport. J’ai maintenant un an de plus pour être le meilleur.". 

Des entraînements avec masques

Désormais, il va falloir cravacher dur. Malgré tous ses efforts, Walide a déjà pris un peu de poids. Mais il tient à rassurer, "je suis toujours opérationnel. Au début, tu gonfles à vue d’œil. Ce n’est pas évident à gérer. Après franchement je n’ai pas l’impression d’être moins performant qu’avant." Malheureusement pour lui, il ne pourra en avoir le cœur net qu’à la reprise des entraînements avec ses partenaires. Et c’est là toute la problématique. Plus la date du déconfinement approche, plus les interrogations grandissent. En effet, comment va se passer le retour aux entraînements puis à la compétition ? "La Fédération ne sait pas trop encore, et personne n’a envie de s’avancer sur des choses dont nous ne sommes pas sûrs." Ce que l’on sait en revanche c’est que les Championnats d'Europe de judo, initialement prévus début mai à Prague et décalés une première fois à mi-juin, auront finalement lieu début novembre. Au sujet des entraînements, toutes pistes sont à l’étude pour les sports de contact. "Il se peut qu’on reprenne avec des masques et un seul partenaire par tapis sans en changer." Il se peut également que certains judokas partent en stage à défaut de pouvoir s’entraîner dans le dojo de l’Insep (Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance) qui s’est porté volontaire pour accueillir des malades du Covid-19.

Le rap et la lecture comme moyens d’évasion

Walide était en Chine au moment de l’apparition du Coronavirus. Si on lui avait dit que ce dernier aurait une telle incidence sur sa saison, il ne l’aurait sans doute pas cru. Puis les annulations d’événements se sont enchaînées. À commencer par le Grand Prix de judo de Rabat au Maroc puis celui d’Ekaterinbourg en Russie. "Je me sentais vraiment bien physiquement mais bon faut relativiser", insiste celui qui décrochait encore en octobre dernier la médaille d’argent dans sa catégorie lors du Grand Slam d'Abu Dhabi. Rongé un temps par les blessures WK en a vu d’autres. D’autant qu’il peut toujours se consoler avec sa qualification actée pour les Jeux de Tokyo.

Alors en ce moment, outre le sport, il en profite pour renouer avec ses passions. Le rap d’abord. "C’est ma musique depuis toujours. Ça a commencé à l’époque où je me rendais au pôle espoir à Rouen. Parfois je n’avais que trois sons que je faisais tourner en boucle dans mes oreilles. Au début j’écoutais de tout. Je ne vais pas faire l’ancien à dire que j’ai vécu l’époque NTM tout ça. Je suis arrivé un peu après en vérité. J’ai plutôt commencé avec Kery James et Diam’s. J’écoute encore beaucoup ‘Si c’était le dernier’ dans la navette avant chaque compétition. Ça me calme", affirme Walide. "En plus récent, sur les deux-trois dernières années, j’ai pas mal écouté Ninho, mais aussi Médine, RimK, Bosh, GLK, Fianso, S Pri. Noir…" Pendant le confinement, le sosie de Sneazzy en profite pour combler son retard. C’est ainsi qu’il nous confie avoir adoré le Mouv’ Hip-hop Symphonique avec Ninho. "Sur son morceau Goutte d’eau c’était une tuerie. Comment j’ai pu louper ça. D’ailleurs il y a Mouv’ dans la série Validé", balance-t-il de but en blanc au détour d’une conversation à propos d’une station de radio concurrente qui apparaît aussi dans la série originale Canal+. "J’ai avalé la première saison en une nuit. J’ai kiffé car ils ont vraiment réussi à montrer les côtés vicelards du rap. J’avais regardé ‘Empire’ mais là c’est plus proche de mes réalités. J’ai hâte de voir la saison 2."

Quand Walide a sa dose d’écran, c’est dans la lecture qu’il trouve refuge. Parmi ses bouquins du moment, "Sept vies"de Thierry Rey, un ancien judoka champion du monde en 1979 et champion olympique lors des Jeux olympiques de Moscou en 1980. "Il a une vie des plus passionnantes. Il a été homme de médias, conseiller à l’Elysée, et il demeure aujourd’hui le seul champion Olympique français dans ma catégorie." On ne peut lui souhaiter que pareille trajectoire. Première étape en 2021.