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Une semaine en enfer : la boxe face à ses fléaux
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Maxim Dadashev VS Subriel Matias (Scott Taetsch)
Maxim Dadashev VS Subriel Matias (Scott Taetsch) ©Getty

Une semaine en enfer : la boxe face à ses fléaux

La semaine du 15 au 21 juillet a été particulièrement violente par la boxe anglaise. Le noble art se retrouve en effet face à fléaux.

Si l’été est habituellement une période creuse pour les sports, la boxe anglaise ne s’arrête pas. Le Noble Art, sport de combat roi dans le monde, est cependant loin d’être parfait et les sept derniers jours ont montré tous les progrès que la discipline se doit de réaliser. Entre dopages et décès suite à des combats, la semaine écoulée a été aussi terrible que tragique. 

Maxim Dadashev et Hugo Santillan – morts pour leur rêve

Si les gants épais en boxe sont vus par beaucoup comme un avantage, notamment en défense de striking, il n’en est rien. Ils permettent certes de protéger bien plus les offensives adverses, contrairement au MMA, mais s’avèrent terribles sur la durée. Si les mitaines de quatre onces en MMA facilitent les KOs spectaculaires et surtout rapides, les gants de huit onces en boxe favorisent parfois des punitions sur 12 rounds. Pour le cerveau, l’accumulation des coups puissants est bien plus terrible qu’un KO instantané. Malheureusement, cette semaine a été tragique puisque non pas un, mais deux boxeurs sont décédés suite à leurs combats professionnels. Les deux boxeurs sont morts après avoir souffert des mêmes blessures, à savoir des saignements au cerveau. À respectivement 28 et 23 ans, Dadashev et Santillan avaient encore beaucoup à donner au sport. Si le Russe fut complètement dépassé pendant son combat, Santillan termina lui sur un match nul ! Rien ne laissait présager de tels drames.

Pour le combat de Maxim Dadashev, c’est son entraîneur McGirt qui se décidait à arrêter le combat : « Je vais arrêter le combat Max. Max, tu te prends trop de coups. » Ayant déjà pensé à jeter l’éponge à la neuvième reprise, le coach finissait par rependre ses responsabilités même si cela coûtait le combat pour le titre à son protégé, et une première défaite en carrière. Mené 109-100, 108-101 et 107-102 au moment de l'arrêt du combat, Dadashev n'aurait pu s'imposer que par KO. Peinant à se lever de son tabouret pour quitter le ring, le Russe finissait par s'écrouler, juste avant de pouvoir rejoindre les vestiaires. 

Ayant été victime de saignement de nez dès le quatrième round de son combat, Hugo Santillon s'est écroulé lors de l'annonce du résultat du combat... pour ne jamais se réveiller. À la différence du combat de Dadashev, la prise en charge est ici plus inquiétante et surtout critiquable. Si le pedigree de Santillan n’avait rien à voir avec celui de Russe, comment expliqué le temps pris par son équipe avant d’enfin se préoccuper de la santé du boxeur. Le combat était fait, les juges avaient déjà donné les résultats à l’annonceur, il n’y avait plus rien à jouer. 

Si ces deux décès pour des athlètes a priori dans la fleur de l’âge sont évidemment terribles, ils servent de brutale piqûre de rappel sur la nature du sport. On pouvait difficilement prévenir de tels drames, et ceux-ci nous disent que le combat n’est pas un sport comme les autres. Pour reprendre les mots de Georges St-Pierre, ancien champion UFC, « on joue au football, on joue au basket-ball, mais on ne joue pas à se battre. »

Une piste peut toutefois être creusée pour éviter que ces drames se réintègrent : les pesées. Comme en MMA, les boxeurs peuvent s’infliger des weight-cuts violentes (processus visant à perdre du poids rapidement afin d’être « au poids » le jour de la pesée – mon article sur le sujet ici). Elles ont des conséquences désastreuses sur les organismes en particulier sur le foie, les reins et le cerveau. André Ward, légende de la boxe et analyste, a proposé deux solutions : « L'un des plus grands changements que nous pouvons apporter à la boxe est le processus de contrôle du poids__. Soit on revient à la pesée le jour du combat (contre 36h avant aujourd’hui, ce qui favorise les weight-cuts importantes – NDLA), soit on autorise les administrations intraveineuses dans tous les États. Le manque de liquide dans le cerveau augmente le risque de saignement. » On ne peut qu’être d’accord avec ces propositions, pleine de sens.

Dilian Whyte – pris par la patrouille

Dans cette semaine noire, le dopage a refait surface dans la boxe anglaise. Dillian Whyte s’est ainsi fait prendre par la patrouille en amont de son combat contre Oscar Rivas. S’il devrait recevoir une suspension (une fois l’échantillon B analysé - NDLA), le cas du récidiviste (suspendu deux ans en 2012) montre encore tout le chemin que la boxe anglaise doit parcourir pour devenir plus éthique et plus juste. En effet, s’il apparaît que Whyte a triché (un athlète qui se dope, ça arrive malheureusement), il aurait bénéficié de la souplesse, sinon de la complicité de certaines organisations investies dans le combat. L’annonce du contrôle positif aurait ainsi été faite à Whyte et à son camp le 17 juillet… or le combat était prévu et s’est déroulé le 20. Problème, les agences antidopages VADA, UKAD (l’agence antidopage britannique - NDLA) et le British Boxing Board of Control, fédération qui gère la boxe professionnelle au Royaume-Uni ; ont tous autorisé Whyte à combattre (selon le promoteur de l'anglais Eddie Hearn). Il s’est ensuite imposé par décision unanime pour devenir challenger obligatoire à Deontay Wilder. Et Oscar Rivas dans tout ça ? Imaginez s’il lui était arrivé quelque chose de grave.

Champion du Monde WBC, Deontay Wilder a évidemment réagi à l’annonce du contrôle positif du champion intérimaire. Dans cette semaine difficile, la boxe n’avait tout simplement pas besoin de ça : « Putain, nous venons d’avoir un combattant mort dans le ring parce qu’il avait reçu trop de coups à la tête et vous avez des idiots comme Dillian Whyte qui veulent tricher juste pour maintenir leur carrière à flot parce qu’ils ne sont pas assez bons pour y arriver seuls. »

On attend maintenant de connaître la suspension de Dillian Whyte. Selon la BBC, Whyte risquerait 8 ans de suspension. Toutefois, ces dernières années, Tyson Fury, Alexander Povetkin ou Canelo Alvarez ont tous été contrôlés positifs… et cela n’a ni atténué leur statut ni même durablement perturbé leurs carrières sur le plan sportif.

Manny Pacquiao – (presque) pas de patrouille

Quand on écrit que le dopage est un fléau dans la boxe anglaise, c’est presque un euphémisme. Si Dillian Whyte a été contrôlé positif, c’est parce qu’il y avait des tests antidopage. Pourtant, ceux-ci n’ont rien d’obligatoire même au plus haut niveau. Seule la WBC a fait le choix de rendre les contrôles obligatoires lors des combats au sein de la fédération internationale. Ces contrôles sont effectués par la VADA. Si ces tests ont le mérite d’exister, ils n’ont ni la rigueur ni l’intransigeance du système mis en place par l’USADA (l’agence antidopage américaine - NDLA) à l’UFC. Tout athlète signé par l’organisation de MMA peut être contrôlé 365 jours par an (à n’importe quelle heure) et doit notifier à l’agence antidopage sa localisation à tout moment. La VADA ne peut généralement officier que lorsque le promoteur souhaite sa présence autour d’une réunion (fenêtre de 3-4 mois) ou lorsque la WBC est la fédération référente. Cela limite donc beaucoup le champ d’action.

Le week-end dernier par exemple, la superstar Manny Pacquiao affrontait le champion du monde welterweight WBA Keith Thurman. Le Philippin s’est imposé par décision après un combat émérite. À 40 ans, il devient le cinquième champion du monde le plus âgé de l’histoire de la boxe anglaise. Sa performance, face à un boxeur plus grand et de 10 ans son cadet relève de l’exceptionnel. On ne peut cependant s’empêcher de noter que les contrôles antidopage ont été effectués de manière surprenante. Si l’USADA n’a pas officié pour le combat, la VADA aurait commencé ses tests trois semaines avant l’événement ! Un peu juste…

Si les boxeurs sont aujourd’hui libres ou non de mettre en place des contrôles antidopage dans le cadre de l’organisation de leurs galas, il est surprenant de voir que cela est, ne serait-ce que possible… et que tout le monde s’en accommode. Quand on connaît les conséquences dramatiques que peuvent avoir certains combats (voir quelques paragraphes plus haut), il paraît impensable de ne pas faire barrage au dopage avec beaucoup plus de véhémence. En effet, au-delà des produits qui rendent plus forts et plus puissants, ceux qui sont plébiscités permettent surtout un gain d’endurance. Comme écrit précédemment, ce sont les coups puissants et répétés à la tête qui sont les plus dangereux…