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Tony Yoka : 2020, l'année pour changer sa relation avec le public français
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Tony Yoka après sa victoire contre l'Américain Jonathan Rice à Paris en octobre 2017
Tony Yoka après sa victoire contre l'Américain Jonathan Rice à Paris en octobre 2017 ©Getty

Tony Yoka : 2020, l'année pour changer sa relation avec le public français

Ce samedi 28 septembre à Nantes, Tony Yoka fait son retour sur les rings avec la promesse d’une démonstration face à l’Allemand Michael Wallisch. L'occasion de redorer son image auprès du public français ?

Champion du monde amateur en 2015, Tony Yoka est ensuite devenu une véritable star en France lors des Jeux Olympiques 2016. Ramenant la médaille d’Or, il est devenu l’une des révélations pendant la Grande Messe du sport mondial. Passé professionnel l’année suivante, Yoka se heurte depuis à l’intransigeance du public français. Remplissant des salles à Paris et en Province, le boxeur reste malgré tout décrié. Si sur le ring, il assure, il paie quelques « erreurs » de communication et un franc-parler aussi rafraîchissant que déconcertant pour certains.

« Je l’ai rencontré après les championnats du monde amateurs, et il m’a dit ‘moi, je veux être champion olympique’. Est-ce de la prétention ? Non, il affiche ses ambitions. Il sait ce qu’il veut. Il a des objectifs, il se donne les moyens et il a gagné les Jeux Olympiques. Une carrière pro est longue. Malgré le fait qu’il soit main-event à chaque fois, on devait respecter le calendrier. On n’allait pas faire différemment des autres et se précipiter du fait de la pression médiatique. » - Jérôme Abiteboul, manager de Tony Yoka

Des ambitions élevées assumées

Tony Yoka a donc toujours affiché clairement ses ambitions. Dès le titre mondial de 2015, il disait vouloir chercher la Médaille d’Or aux Jeux et tout le monde était OK avec ça. La mission a été accomplie avec succès et lui a permis d’effacer l’échec de Londres (élimination au premier tour). Celui qui a « la chute n’est pas un échec, l’échec c’est de rester là où on est tombé » tatoué sur le bras, souvenir des Jeux de 2012, n’a toutefois pas reçu le même accueil lorsqu’il a clairement affiché ses ambitions pour sa carrière professionnelle : le titre mondial. Avant même son premier combat pro, il annonçait la couleur : « il y a un engouement autour de cette carrière chez les professionnels parce que j'ai annoncé que je veux devenir le premier champion du monde français des poids lourds. »

Une nouvelle fois, Yoka posait le tableau. Problème pour lui : dans la boxe professionnelle, un boxeur de son statut choisit ses adversaires. Après ses grandes déclarations, le public français, loin d’être biberonné à la boxe professionnelle, est donc tombé de haut lors de l’annonce du premier adversaire du champion olympique : Travis Clark. Le physique peu avantageux de l’Américain, combiné à sa carrière d'ouvrier, a laissé les supporters surpris. Depuis ce combat rapidement expédié, Yoka enchaîne les victoires face aux seconds couteaux… tout en continuant de clamer haut et fort ses ambitions mondiales. Une partie du public français n’approuve pas.

Le public français

En effet, il y a un sentiment d’incompréhension général autour de Tony Yoka. Pourtant, ce début de carrière est tout à fait logique pour un boxeur avec de telles ambitions. Chez les professionnels, il est important de construire sa carrière sur la durée, enchaîner les victoires convaincantes, face à des adversaires toujours mieux classés pour ensuite arriver dans les meilleures dispositions contre le champion du monde. 

La gestion d’une carrière est donc primordiale et le choix des adversaires est crucial. Dans le cas contraire, et même avec un bilan d’invaincu, et des KOs à la pelle, on peut être ignoré par les meilleurs et ronger quasi-éternellement son frein (cf. le cas Luis Ortiz, qui a fini par avoir son combat pour le titre… à 40 ans face à Wilder, alors qu’il était à 28-0 dont 24 KOs). Tony Yoka doit donc passer par ces combats quasiment gagnés d’avance avant d’avoir droit aux tauliers de la boxe mondiale. À propos de son combat à venir face à Michael Wallisch (90e mondial), il dit d’ailleurs : « C’est une marche supplémentaire. Cette année on est parti sur 3 combats pour permettre d’atterrir dans le top 10-15 mondial. » Le cap est maintenu malgré les critiques. Un combat pour le 7 décembre prochain à l’AccorHotels Arena, face à Christian Hammer, 16e mondial, a déjà été annoncé.

« On a choisi de ne pas faire les premiers combats à l’étranger. On attend de rentrer dans le top 20-30 mondial pour stimuler les TV étrangères afin d’acheter le combat. Après 2019, on aura une visibilité plus grande et les télés à l’étranger seront intéressées. On a fait le choix d’être main-event à chaque fois depuis le début. C’était ambitieux et il y a eu beaucoup de médiatisation. Avant, on n’avait pas de grandes stars capables de remplir de grandes salles. On le voit aujourd’hui, il n’y a que Tony et Souleymane (Cissokho – NDLR) qui peuvent faire ça. Avec plus de 6000 personnes à Nantes, c’est un pari réussi. » explique Jérôme Abiteboul, manager de Tony Yoka

Problème pour le boxeur, l’amateur de sport tombant sur une soirée Canal+, pas nécessairement conscient de cet aspect gestion de carrière, peut se retrouver surpris du différentiel de niveau entre Yoka et l’opposant. Si le champion olympique fait le show lors de ses apparitions sur le ring, certains trouvent cela déplacé au regard de l’adversité. Évidemment, faire la même chose contre un Wilder ou un Joshua aurait un autre effet… mais nous n’en sommes pas là. 

Pour le moment, Tony Yoka est resté fidèle à lui-même, il a conservé le même discours, la même attitude et le même niveau de performances face à des membres du Top 10 mondial et les nombreux détracteurs retourneront rapidement leurs vestes. 

2020, on va (vraiment) savoir

Pour 2020, Tony Yoka nous l’a dit : _« je boxe tout le monde. » P_lus le temps de jouer. Si tout se passe bien, il fera alors partie du top 20 mondial et pourra viser des joutes intéressantes. Il devra aussi faire ses débuts à l’étranger, indispensable en vue des prochaines grandes échéances. Outre la gestion de carrière évoquée précédemment fait partie et est même indispensable. Même si Yoka est le roi de la boxe en France, cela ne pèse pas bien lourd face à un Wilder qui remplit le Staples Center de Los Angeles ou le Barclays Center de Brooklyn et un Joshua qui bat des records à Wembley. Pour regarder ces stars dans les yeux, au-delà des accomplissements sportifs, il faut une notoriété internationale.

Pour le moment, Yoka est le visage de la boxe en France. Malheureusement pour lui, le choix d’avoir exclusivement combattu dans l’Hexagone lui a fait prendre du retard à l’international. C’est simple, même s’il s’entraîne en Californie, personne ne le connaît encore aux États-Unis. Alors qu’il aura 28 ans en 2020, il est donc grand temps pour lui d’être découvert dans le premier marché du monde. « Je boxerai au moins une fois à l’étranger », annonce-t-il pour 2020. De très bon augure pour la suite.

Surtout, alors qu’il connaît une grande difficulté à sécuriser des combats sportivement intéressants, Tony Yoka va enfin pouvoir retrouver l’excitation. En 2020, Dominic Breazeale, David Price, Joe Joyce, Hughie Fury, Kubrat Pulev ou Dereck Chisora seront accessibles. Le champion olympique, qui ronge son frein depuis 2016 va donc enfin savoir de quel bois il est fait. Pour la boxe en France, comme pour lui, l’année prochaine va donc être déterminante. 2020, ça passe… ou ça passe.  

Abiteboul est revenu sur ces quelques rendez-vous manqués, face à des boxeurs prestigieux : « Oui, il y a des difficultés pour lui trouver des adversaires. C’est parce qu’il y a des divergences sur les façons de voir les choses. C’est pour ça que les combats franco-français ne se sont pas faits. Les sommes demandées n’étaient pas forcément justifiées. Sachant que ces gens là, quand ils boxent sur d’autres cartes, vous enlevez un zéro. »