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MMA : aux mondiaux amateurs, la Russie assure et la France déçoit
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Axel Sola déçu après son élimination en 1/4 de finale du Mondial amateurs de MMA (© Guillaume Duseaux)
Axel Sola déçu après son élimination en 1/4 de finale du Mondial amateurs de MMA (© Guillaume Duseaux)

MMA : aux mondiaux amateurs, la Russie assure et la France déçoit

A l'occasion des championnats du monde amateurs de MMA marqué par une domination russe, Mouv' a pu suivre l'équipe de France durant toute une semaine à Bahreïn.

Tout d’abord, il convient de présenter le MMA Amateur, gouverné par l’IMMAF, la fédération internationale du MMA. Ce que l’on note immédiatement (et à la différence du MMA chez les professionnels) est que l’intégrité physique des combattants est bien plus protégée chez les amateurs. Dans ce sens, les coudes, genoux à la tête, heel hook et tentatives de soumission impliquant une pression à la colonne vertébrale sont purement et simplement interdits.  

Dans ce cadre, il est surtout question de gagner en expérience, de combattre régulièrement et aussi de se montrer. Bref, hors de question d’avoir des punitions dans la cage, et au moindre doute, les combats sont rapidement arrêtés. Comme l’explique Aldric Cassata, head-coach de l’équipe de France de MMA, "avec le même écart de niveau entre deux combattants, les règles en amateur protègent bien plus les athlètes." Aussi, les rounds durent trois minutes (cinq chez les pros) et il y en a trois au maximum. Avec ces règles, les lutteurs sont donc évidemment favorisés… 

Pour la 6e édition des Mondiaux amateurs, ce sont 520 athlètes de plus de 50 pays, dont 20 Français, qui ont participé à la compétition à Bahreïn. Les pays du Caucase ont trusté les premières places avec une écrasante domination russe. Quant aux Bleus, qui arrivaient à Bahreïn avec une certaine ambition, ils sont arrivés bredouilles ou presque. En effet, en dehors de Jordan Zebo et Rayane Suaze chez les juniors, tous les deux médailles de bronze, les athlètes sont revenus les mains vides.  

Axel Sola, la déception 

Numéro 1 mondial toutes catégories et élu athlète de l’année lors de la cérémonie de l’IMMAF (bilan de 19-4 cette année), Axel Sola était la plus grande chance de médaille de la délégation française. Vice-champion du monde en 2017 et 2018, champion d'Europe en 2019, champion d'Océanie et Pan-Am 2019 et vice-champion d'Afrique 2019, le Frenchie arrivait dans la peau d’un favori. Il ressentait même « une obligation de gagner ». 

Lors de son quart de finale, et après un premier round bien géré face au russe Iusup Magomedov, Sola a connu une inexplicable baisse de régime physique. Contre un adversaire en constante recherche du contact, dans l’optique de la mise au sol et d’un simple contrôle des positions, cela s’est révélé rédhibitoire. Perdant les deux derniers rounds, il quitte la compétition par la petite porte. Son entraîneur Cassata, très touché par cette élimination, parle d’une « déception immense ». À Bahreïn, bien plus que le porte-drapeau de l’Équipe de France, Sola était tout simplement l’une des stars de la compétition. Une victoire finale aux Mondiaux aurait validé pour lui tout le travail effectué au cours de ses dernières années et servi de superbe tremplin pour son passage chez les professionnels. En dernière année de STAPS, il vise 2020 ou 2021 pour devenir professionnel. Dans l’immédiat, Sola souhaite rapidement revenir à la compétition afin d’oublier cet échec et continuer à faire parler de lui auprès des promoteurs et autres dirigeants internationaux… 

Avec Nicolas Ott, entraîneur de l’équipe de France, nous avons pu faire le point sur cette campagne 2019, les perspectives pour l’avenir en vue de la normalisation du MMA prévue pour 2020 en France… mais surtout sur les raisons de la domination russe.  

Mouv' : Quel bilan tires-tu de la campagne ? 

Nicolas Ott : On part avec le plus grand groupe de l’histoire de l’équipe de France, un très beau staff avec des experts venant des meilleurs gyms de France. On a par exemple un physiothérapeute, on a un kiné. Ils peuvent aider les athlètes sur le terrain. Même si nous sommes loin de certaines nations, on a vraiment un gros staff avec une excellente cohésion d’équipe. Malheureusement, on a des moyens temporels et techniques limités. On a fait deux rassemblements, ce qui est peu, et il n’y avait pas tout le monde.  

Plus globalement, le championnat est somptueux : quatre cages en même temps, des conditions dignes des plus prestigieuses organisations au monde. Quand on regarde qui domine, à savoir la Russie, ce n’est pas de l’amateurisme. Les mecs ils ont fait deux stages d’oxygénation. Ils ont des championnats interrégionaux, régionaux et nationaux. Ces compétitions leur permettent de sélectionner les meilleurs. Ils ont une vision sur le long terme avec des amateurs qui restent entre 2 et 4 ans. Avec les Juniors désormais, ça ajoute encore de la vision sur le long terme. Les gars gagnent en junior et enchaînent chez les seniors ensuite. On est dans une hypocrisie de l’amateurisme. Dans ces pays, les athlètes peuvent se permettre de rester amateurs, car ils ont une rente de l’état, des moyens et une position sociale favorisée.  

Quand j’ai fait les championnats du monde en 2015, le mec qui m’a battu en Finales était depuis deux mois avec Conor McGregor à Las Vegas pour s’entraîner. Il avait la possibilité de faire son camp d’entraînement avec le plus haut niveau. Un moment donné la frontière entre le monde amateur et professionnel est extrêmement fine. 

Mouv' : Pourquoi ne voit-on pas ceux qui gagnent ici à l’UFC ? 

Nicolas Ott : La réalité c’est que l’UFC ne veut pas de ces gars-. L’UFC n’a pas intérêt à prendre des Russes qui font systématiquement avoir le même schéma de combat. Ce n’est pas très vendeur pour l’UFC, qui est avant tout un business. Aujourd’hui on a quelques Russes, ce qui permet d’asseoir la position de l’organisation à l’international. L’UFC a les moyens de recruter beaucoup plus de Russes et de Kazakhs, mais elle ne le fait pas.  

Mouv' : Comme expliques-tu, sur le plan sportif, la faible récolte française sur la compétition ? 

Nicolas Ott : La différence c’est l’anti-lutte. On n’est pas encore à un niveau technique, tactique et de gestion psychologique de stress qui nous permet de ne pas accepter la moindre forme de lutte. La moindre accroche c’est un début de lutte. La moindre accroche, c’est leur donner l’opportunité d’amener le combat là où ils le veulent. Pour arriver à ce niveau d’anti-lutte, il faut un énorme travail… et une grosse confiance en soi. Il faut pouvoir se dire à n’importe quel moment : "OK, je ne vais pas rentrer dans son jeu. "