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Dans la légende, Khabib Nurmagomedov est-il devenu le GOAT ?
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Khabib Nurmagomedov - annonce retraite après son combat contre Justin Gaethje (Josh Hedges)
Khabib Nurmagomedov - annonce retraite après son combat contre Justin Gaethje (Josh Hedges) ©Getty

Dans la légende, Khabib Nurmagomedov est-il devenu le GOAT ?

En main-event de l’UFC 254, sur la Fight Island d’Abu Dhabi, Khabib Nurmagomedov s’est imposé par soumission au deuxième round et pris sa retraite dans la foulée.

Magistral. Lors de l’UFC 254, Khabib Nurmagomedov a peut-être livré sa plus grande performance. Plus que dans les chiffres (26 sur 80 pour Khabib, contre 29 sur 46 pour Gaethje en frappes tentées), l’impression de maîtrise a été impressionnante lors de son combat contre Justin Gaethje. La conclusion de cette soirée pour l’histoire est tout aussi gigantesque avec l’annonce surprise d’une retraite, au sommet : bilan de 29-0 en carrière, et le statut de champion incontesté et invaincu de l’UFC en prime. Chapeau.

Le combat : Khabib a encore tout écrasé

Sur le papier, Justin Gaethje avait les armes pour déranger Khabib Nurmagomedov. Dans la cage, l’ogre daghestanais a été effrayant. Touché en leg-kicks, en uppercuts, il n’a jamais bronché et toujours continué son incessante pression. Ne sortant jamais de son plan de jeu, visant à pousser Gaethje contre la cage, pour ensuite faire parler sa lutte, le champion est passé à quelques secondes de sécuriser la clé de bras à la fin du premier round. C’est finalement au deuxième round, sur une « triangle choke » parfaitement maitrisée, qu’il a envoyé son adversaire au pays des rêves. Lui qui visait un étranglement, il a parfaitement réussi son pari. Pourtant, Gaethje savait exactement ce que Khabib allait faire, mais ça n’a pas suffi. La réalité de l’octogone et cette pression ahurissante, pour un striker qui aurait pu s’attendre à plus de crainte, se sont révélées fatales pour le challenger.

« Il n’a pas eu de respect pour la puissance de frappe de Gaethje__. » - Dana White, Président de l’UFC en Conférence de Presse d’après-événement

Après un bon premier round (jusqu’au takedown subi), Gaethje est passé en mode panique : oubliez les low-kicks, les variations de zone de frappe, c’était tout pour le KO. Problème pour lui : dans toute sa carrière, Khabib Nurmagomedov n’a jamais véritablement été sonné par personne. L’histoire s’est répétée sur la Fight Island. Alors qu’un travail de fond aurait certainement permis de récolter de précieux dividendes en fin de combat, l’Américain a tenté le tout pour le tout. Une aubaine pour le champion.

29-0, du jamais vu

Pour la première fois sans son père, décédé des suites du coronavirus, Khabib Nurmagomedov a révélé avoir fait une promesse à sa mère après trois jours de tractations : ce combat allait être le dernier pour lui. Il quitte donc le sport avec un bilan de 29-0 en carrière, personne n’a fait mieux. Surtout, il peut se targuer d’un triptyque de rêve sur ses dernières sorties : McGregor par soumission au 4e round, Poirier par soumission au 3e round et Gaethje par soumission au 2e round. Sa victoire de l’UFC 254 lui permet également d’égaler le record de trois défenses de ceinture lightweight, déjà codétenu par BJ Penn et Benson Henderson. Bref, la conclusion rêvée d’une carrière parfaite.

GOAT ?

Depuis hier soir, les superlatifs pleuvent. Certaines personnalités du MMA, comme Daniel Cormier (ancien double champion de l’UFC), Dana White (Président de l’UFC) ou encore Joe Rogan (commentateur de l’UFC) n’hésite pas d’ailleurs à considérer le Daghestanais comme le GOAT (Greatest Of All-Time, le plus grand de tous les temps – NDLR). Il faut savoir raison garder, en dehors du départ au sommet, il est aujourd’hui difficile de lui accorder ce statut, de manière indiscutable. À l’exception de son bilan parfait, certains des plus grands ont fait mieux.

Ainsi, Georges St-Pierre, Jon Jones, Anderson Silva et Demetrious Johnson, ont tous régné en maître sur leur catégorie avec de nombreuses défenses de ceintures, pendant de longues années et une grande activité (minimum deux combats par an). Johnson et Silva n’ont ainsi jamais permis la présence d’un champion intérimaire. Pour Khabib, deux de ces trois défenses auront été face à un champion « bis »… Titré depuis avril 2018, Khabib n’a donc défendu son titre que trois fois, avec des sorties toujours plus rares. Il lui manque la longévité pour véritablement s’asseoir à la table des champions précédemment nommés.

Khabib n’a pas non plus été champion dans deux catégories différentes comme Amanda Nunes, Henry Cejudo, Georges St-Pierre, Daniel Cormier et Conor McGregor. S’il a toujours réfuté l’idée de monter en welterweight, la capture du titre chez les -77kg aurait un peu plus cimenté son statut. 

Toutefois, et ça personne ne pourra jamais le lui enlever, Khabib part avec le « perfect ». À l’heure actuelle, un seul homme peut aller chercher cela : Israel Adesanya (20-0). Tous les autres champions ont déjà perdu une fois. Khabib ne s’est lui jamais incliné en carrière. En MMA, c’est immense. Il ne traîne pas non plus de casseroles extrasportives façon Jon Jones. En dehors de son pétage de câble suite à sa victoire contre Conor McGregor lors de l’UFC 229, le Daghestanais aura été exemplaire. 

Culturellement, l’impact est colossal et c’est peut-être là que la place de GOAT se joue le plus. Aujourd’hui, Nurmagomedov est une véritable icône. Aucun autre combattant, pas même l’infiniment respecté Georges St-Pierre, ne peut prétendre à ce statut. Personnalité globale à la manière de Conor McGregor, le côté polarisant en moins, Khabib a réussi à devenir une véritable figure populaire. Sa victoire sur l’Irlandais y a bien évidemment énormément contribué, mais cette fin de carrière en apothéose, et ces images de célébration après l’UFC 254, d’une machine à broyer enfin devenue humaine, resteront gravées dans les mémoires. 

Alors GOAT ou pas ? Sportivement, certainement pas ; mais culturellement, Khabib a su devenir plus grand que son sport et surtout mettre tout le monde d’accord contre Gaethje.