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Scottie Pippen, le super-sidekick, dans l’ombre de Jordan
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Pippen et Jordan - match Chicago Bulls VS Washington Bullets en 1992 (Focus On Sport)
Pippen et Jordan - match Chicago Bulls VS Washington Bullets en 1992 (Focus On Sport) ©Getty

Scottie Pippen, le super-sidekick, dans l’ombre de Jordan

Parmi les meilleurs joueurs de l’histoire de la NBA, Scottie Pippen a pourtant toujours évolué dans l’ombre imposante de Michael Jordan.

Avec la série documentaire The Last Dance, de nombreuses personnes découvrent le légendaire joueur des Chicago Bulls Scottie Pippen. Oui, même le grand Michael Jordan n’a pas gagné ses six titres en six finales seul. Scottie Pippen est le seul coéquipier du GOAT à avoir été des six campagnes victorieuses… et cela ne doit rien au hasard. Sans ce véritable lieutenant de luxe, il n’y aurait vraisemblablement jamais eu de domination de la franchise de l’Illinois. Pourtant, Pip’ reste encore et toujours sous-estimé, car dans l’ombre ô combien imposante du GOAT tout au long de sa carrière. 

"Quand Michael Jordan est parti en 1993, ScottiePippen était le meilleur joueur du monde__. Si les gens ne le savaient pas, il menait l'équipe dans toutes les catégories statistiques. Chaque catégorie. Scottie a gagné ses galons en 1991 quand les Bulls ont battu les Detroit Pistons. Lorsque Michael est parti, Scottie a pris la relève et il était le meilleur joueur du monde. Les gens ne le savent pas."  déclarait Dennis Rodman, coéquipier de Jordan et Pippen de 1995 à 1998.

La pièce qui manquait au puzzle Bulls

Avant l’arrivée de Scottie Pippen aux Chicago Bulls, MJ martyrisait déjà la ligue, mais cela ne se traduisait pas en domination collective. L’arrivée de Pippen en 1987, conjuguée au recrutement de Phil Jackson prônant un jeu plus collectif en 1989, a définitivement propulsé les Bulls parmi les meilleures équipes de la ligue. Pourtant, Scottie Pippen partait de très loin.  

Venant d'une famille pauvre de l'Arkansas, il est le seul de ses onze frères et sœurs à avoir été à l'université, faute de moyens. À l'université, et contrairement aux autres futurs grands joueurs NBA, il ne faisait pas partie du prestigieux circuit NCAA mais NAIA… et ne bénéficiait pas de bourse d’études non plus. Personne à son arrivée à Central Arkansas n’aurait misé sur un futur en NBA pour lui. Et pourtant ; passant d'1m85 à 2m03 en quatre années là-bas, il vit aussi une importante croissance dans son apport statistique, allant de 4.3 à 23.6 points par match ! En 1987, sa versatilité, combiné à des capacités athlétiques rares intéressèrent les scouts NBA... Vous connaissez la suite. 

Moteur du jeu en triangle voulu par l’entraîneur Phil Jackson avec Michael Jordan, qui le prendra rapidement sous son aile, Pippen est aujourd’hui considéré comme l’autre symbole des Chicago Bulls. "Quand on parle de Michael Jordan, on devrait parler de Scottie Pippen. Tout le monde dit que j'ai gagné tous ces championnats. Mais je n'ai pas gagné sans Scottie Pippen__. C'est pourquoi je le considère comme mon meilleur coéquipier." dira Michael Jordan.

Parfait complément de Jordan, Pippen se concentrait sur la défense (ralentir le grand Magic Johnson lors des Finales de 1991, c’est lui) et le collectif pendant que le numéro 23 martyrisait les adversaires en attaque. Les best-of des meilleures actions des deux phénomènes montrent d’ailleurs souvent Pippen à l’initiative sur un exceptionnel exploit défensif, ou à la passe, avec MJ à la conclusion, non moins exceptionnelle.

"Scottie était un joueur de basket incroyable et je pense qu'il reste encore sous-estimé. Je pense qu'il aurait été extrêmement bon dans le jeu NBA moderne. Il aurait pu défendre à tous les postes chaque match. Il n’y a pas un pivot dans la ligue sur lequel il n’aurait pu défendre aujourd’hui, ou même un meneur sur les pick and roll. Scottie était un joueur de basket brillant ; et je pense que l'une des raisons pour lesquelles il était aimé, non seulement par Michael, mais par nous tous, est parce qu'il était un complément parfait à Michael." - Steve Kerr, ancien joueur des Bulls et actuel entraîneur des Golden State Warriors

La pause de 18 mois de Michael Jordan entre 1993 et 1995

L’espace d’un an et demi, Scottie Pippen eut la possibilité d’évoluer sans Michael Jordan aux Chicago Bulls. Pendant la première retraite du GOAT, l’habituel lieutenant de luxe est ainsi devenu le leader de la franchise. Bilan pour lui : 22 points, 8.7 rebonds, 5.6 passes et 2.9 interceptions par match, une sélection au sein de l'équipe type de la ligue et un titre de MVP du All-Star. Surtout, il terminait en troisième position des votes pour le MVP de la saison régulière ! Et le collectif dans tout ça ? Au cours de la saison régulière, les Bulls n’ont perdu que deux matchs de plus que la saison précédente. En playoffs, toutefois, la franchise passait de titre NBA à une élimination en demi-finale de Conférence par les New York Knicks… Si Pippen était grand, il ne l’était pas suffisamment pour porter seul Chicago sur ses larges épaules.

Si les performances collectives étaient donc moindres, Pippen prouvait définitivement en l’absence de MJ qu’il était bien un grand joueur ; pour celles et ceux qui en doutaient. 

Le salaire : symbole de la différence de traitement entre Jordan et Pippen 

Point important soulevé par The Last Dance, la question du salaire de Scottie Pippen, véritable symbole de la différence de statut avec Michael Jordan. Lors de la saison 1997-1998 des Chicago Bulls, le GOAT était payé 33.14 millions de dollars, un record à l’époque ! Pippen était lui à 2.78 millions de dollars ; dans la dernière année d'un contrat de 7 ans et 18 millions de dollars, qu'il avait signé en 1991... par peur de blessures. Avec un frère et un père handicapés moteurs, il ne voulait pas prendre le risque de se blesser durablement et perdre ces 18 millions de dollars en cas de blessures. 

Ne connaissant jamais cette blessure, ce contrat se révélait être une affaire en or pour les Bulls, et un véritable fardeau pour un Pippen figurant parmi les meilleurs joueurs de la ligue. Sélectionné au sein de la troisième meilleure équipe de la ligue en jouant la moitié des matchs... Il n’était que le 122e plus haut salaire de la saison 1997-1998. Évidemment sous-payé, Pippen se rattrapait en 1998 en signant un contrat de 5 ans et 67.2 millions de dollars avec les Rockets… avant de finir sa carrière chez des Bulls faisant amende honorable avec un contrat de 2 ans et 10.3 millions de dollars. Au total, Pippen aura touché 110 millions de dollars en salaire sur 18 saisons. Et Jordan ? 93.8 millions de dollars, en 16 saisons.

Défenseur ultime, passeur génial, Scottie Pippen aura été crucial pour les Bulls et Michael Jordan. Grâce à lui, MJ pouvait se concentrer sur l'attaque, mais aussi jouer plus de minutes. S'il reste aujourd'hui encore si sous-estimé, c'est bien parce qu'il fut dans l'ombre du meilleur joueur de tous les temps… et qu’après avoir goûté au rôle de leader, il se rendit compte qu’il préférait être le "sidekick" ; laissant de ce fait toute la lumière à son coéquipier.