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S.Pri Noir : "Le Super Bowl 2020 ? Une très belle affiche et des équipes au jeu offensif"
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S. Pri Noir (Fifou /DR)
S. Pri Noir (Fifou /DR) ©Radio France

S.Pri Noir : "Le Super Bowl 2020 ? Une très belle affiche et des équipes au jeu offensif"

Le 54e Super Bowl, finale du championnat de football américain, aura lieu dans la nuit de dimanche à lundi. À cette occasion, Mouv’ a pu discuter foot US avec le rappeur S.Pri Noir, jadis deux fois champions de France de football américain avec le Flash de La Courneuve.

Le rendez-vous est pris, dans son studio situé non loin de Bastille (11e arrondissement de Paris), et dans lequel enregistre notamment son pote Still Fresh mais aussi Moha La Squale. On est à deux jours de la sortie du clip de Dystopia, le premier de son nouvel album dont la sortie est prévue au printemps 2020.

Ce n’est que dans le milieu d’après-midi que Malick Mendosa débarque. Ces temps-ci, entre toutes ses séances de mixage et autres préparatifs avant la sortie de son deuxième album, l’ancien receveur a plutôt tendance à vivre la nuit. Receveur ? Oui ! Vous l’ignoriez peut-être, mais S.Pri Noir a été deux fois champion de France de football américain avec le Flash de La Courneuve.

À la veille du 54e Super Bowl entre les Chiefs du Kansas emmenés par le célèbre quarterback Patrick Mahomes et les 49ers de San Francisco dans la nuit de dimanche à lundi à Miami, nous avons pu échanger avec lui sur sa passion pour ce sport peu pratiqué en France. Pour l’occasion, il est venu accompagné d’Anthony Mahoungou, un des rares espoirs français de la discipline, par ailleurs un de ses plus fidèles amis.

Mouv' : Avant de rentrer dans le vif du sujet, quels sont vos liens à tous les deux ?

Anthony Mahoungou : Déjà, avant même qu’on se connaisse S.Pri et moi, je dois dire que je suis fan de lui depuis le collège. J’écoutais Still Fresh parce qu’il avait presque mon âge et du coup S.Pri Noir parce que les deux étaient tout le temps ensemble. La première fois que j’ai rencontré S.Pri c’était dans le cadre de cours d’anglais proposés gratuitement par le Flash de La Courneuve. Les cours étaient beaucoup tournés vers la culture hip-hop. On a donc reçu la visite d'S.Pri. C’est la première fois qu’on se rencontrait. Je me souviens qu’il a même lâché un petit freestyle propre. Puis en fouillant un peu j’ai appris à ce moment-là qu’il connaissait mon premier coach, Steve Delaval, qui se trouve être un de mes mentors. Puis la relation a perduré jusqu’à mon départ aux Etats-Unis à l’été 2014. Dès que je suis en France on se voit !

A l’époque, S.Pri, tu confiais avoir commencé le foot US un peu dans un délire lifestyle, lorsqu’au lycée Diderot (XIXe arrondissement de Paris) tu voyais débarquer les joueurs avec tous leurs équipements. Peux-tu revenir sur ton histoire avec ce sport ?

S.Pri Noir : C’était à l’âge de 17 ans. J’avais deux potes qui en faisait dans ma classe. Je les voyais débarquer avec les épaulières et le casque. Je trouvais ça stylé, moi qui kiffe de base la culture américaine. Du coup un jour pour délirer on m’a dit "bah vas-y viens essayer !". J’ai répondu «"ok". C’est de là que tout a commencé. Au départ, quand tu débutes, tu n’as pas encore d’équipements, mais l’ambiance m’a plu. C’était aussi un moyen d’être avec mes potes donc je me suis engagé. 

Anthony Mahoungou : Moi à l’époque j’avais 12 ans. Avant de débuter le foot US, je faisais du soccer. Mais c’était plus de l’ordre du loisir. Je savais que je n’allais pas percer dans le foot. Puis un jour mon grand frère est venu me voir pour me dire qu’il avait commencé le foot US. Moi je ne savais pas vraiment ce que c’était. Si ce n’est qu’à l’ancienne, quand je terminais mes entraînements de foot, les gars du foot US allaient sur le terrain pour commencer leur entraînement. Je me souviens qu’avec mes potes on se moquait d’eux.

Plus tard quand j’ai demandé à mon frère ce que c’était son nouveau sport il m’a dit, "tu vois les gars avec leurs casques et épaulières ? Bah c’est ça que je fais." Ma première réaction a été de me dire "ah ouais c’est la merde un peu." Puis je suis allé voir son premier match, et comme S.Pri, j’ai kiffé l’ambiance. L’année d’après, en 2007, je me suis lancé à mon tour. Depuis je n’ai pas lâché…

Tu as remporté deux fois le Casque de Diamant (nom donné au titre de champion de France) en 2006 et 2007. Tu te souviens de ces années ?

S.Pri Noir : Ouais carrément j’étais en junior. Il y a notamment un truc qui m’a marqué. Je me souviens de la première fois où on a eu les équipements. Ce jour-là, j’ai été pris en guet-apens par mes potes. En fait comme je ne connaissais pas encore le contact physique et que mes coéquipiers voulaient que je sois performant au plus vite, ils m’ont fait passer l’épreuve de l’Oklahoma. En gros tu as les défenseurs d’un côté et les attaquants de l’autre avec une séparation de quelques mètres entre les deux. Si tu essayes de mettre une feinte pour passer en finesse tu dois recommencer. Le but c’est clairement de se rentrer dedans. Avec les équipements bien sûr. C’est une manière d’éliminer tous les peureux ! Quand je parle de guet-apens, c’est parce que pendant l’Oklahoma, tu fais la queue pour attendre ton tour. Donc tu peux anticiper contre qui tu vas passer. Moi j’ai tout fait pour me retrouver face à quelqu’un de moins imposant que moi. Sauf qu’une fois mon tour arrivé, le coach a appelé le plus balaise. Mon cœur battait fort. Au moment de l’impact j’ai fermé les yeux puis en fait ça s’est bien passé (rires).

Anthony Mahoungou : Il y en a beaucoup qui viennent au foot US pour le flow. Mais il y a la réalité du sport aussi. Et cet exercice permet de faire le tri.

Vous avez tous les deux joué pour le Flash de La Courneuve mais pas dans la même équipe ?

Anthony Mahoungou : Non jamais. Je suis plus jeune que S.Pri (sourire)

S.Pri Noir : Moi je ne donne pas mon âge en tout cas (rires).

Anthony tu as aussi été champion avec le Flash ?

Ouais toutes mes années sauf une. Ma première année en cadet en moins de seize ans on a terminé invaincus, ma deuxième année de cadet on perd en demi-finale et les années junior toujours invaincus.

Vous avez encore des relations avec vos anciens coéquipiers du Flash ?

S.Pri Noir : Ouais carrément ! Quand je disais que l’Oklahoma m’avait marqué je me souviens aussi très bien du discours du coach, Samyr Hamoudi (ancien joueur français de football américain désormais journaliste sportif. Il a évolué en tant que professionnel de 1999 à 2003 au sein du programme NFL Europe), la deuxième fois où j’ai été champion. Avant le match il disait, "peu importe si vous gagnez ou pas aujourd’hui, mais sachez que vous serez liés à jamais." Au final j’ai des potes dont je suis devenu très proche grâce au football américain. Même ceux avec qui j’ai le moins de contacts on arrive à se fait des messages de temps en temps.

Anthony Mahoungou : Samyr a été mon entraîneur quand j’ai commencé le foot US. Pour le coup c’est une figure assez emblématique du foot américain en France et même en Europe. Comme S.Pri, je suis très lié à mes anciens coéquipiers du Flash. Depuis j’ai connu les Etats-Unis et pourtant ces mêmes gars sont venus me voir jouer là-bas. Ça ne bouge pas !

Ça vous arrive d’aller voir les matchs de La Courneuve de temps en temps ?

Anthony Mahoungou : Pour ma part oui. A chaque fois que je reviens en France je me réinvesti dans le foot. Maintenant que j’ai une certaine image, il est de mon devoir de participer au développement du football américain en France. Alors tout le temps où je suis là, j’entraîne les receveurs du Flash Elite. C’est pour ça que je suis confiant quand je dis qu’on va gagner le titre et pas Asnières (rires).

S.Pri Noir : J’avoue que je n’ai pas trop le temps maintenant …

Vous êtes tous les deux receveurs, mais qui est le meilleur ?

S.Pri Noir : Anthony ! De loin !

Plus sérieusement vous pouvez nous expliquer en quoi consiste ce poste ?

S.Pri Noir : Franchement, du temps où je jouais, je ne me suis pas penché sur toutes les règles. Je maîtrise celles de base, mais je me concentrais surtout sur mon job en tant que receveur. J’apprenais mes tracés, mon placement sur le terrain etc. En fait il y a tellement de choses à assimiler dans ce sport que c’était déjà bien de savoir ce que moi j’avais à faire. Après tu es obligé de comprendre un minimum le jeu car finalement tout est lié. Ce qui se passe autour de toi sur les autres postes sert notamment à te mettre dans de bonnes dispositions pour faire ton job sur le terrain. Après de là à dire que je connais tous les cahiers de jeu... Disons que je sais ce qu’il faut savoir.

Anthony Mahoungou : Tous les postes ont un lien. Quand tu commences tu essayes de te focaliser sur ce que toi tu as à apprendre et c’est normal. Sauf qu’arrivé à un certain niveau, il faut comprendre pourquoi tu exécutes les choses de telle ou telle manière. Par exemple si moi je dois courir de telle façon c’est parce que le receveur à côté de moi fait une course en particulier. Il convient donc de respecter une certaine distance pour ne pas empiéter sur son tracé à lui. Il faut également regarder comment la ligne offensive bloque les défenseurs adverses qui essayent d’attraper le quarterback (aussi connu sous le nom de QB) car en fonction celui-ci aura tendance à se déplacer d’un côté ou de l’autre du terrain ce qui aura une incidence sur la passe qu’il va faire par exemple. Bref petit à petit, et parce que tu veux comprendre entièrement ton job sur le terrain, tu es amené à connaître le jeu dans son ensemble.

Justement, si vous deviez nous expliquer le foot US, quels seraient les fondamentaux à absolument connaître pour apprécier ce 54e Super Bowl ?

S.Pri Noir : Pour quelqu’un de lambda à qui les cahiers de jeu ça ne parle pas, il faut au moins savoir qu’au sein d’une même équipe il existe en réalité deux équipe : une défensive et une offensive. Il y a des receveurs sur le côté qui font des tracés plus ou moins longs en attaque pour essayer d’attraper la balle lancée par le QB. Le but c’est d’avancer, de gagner le plus possible de yards (1 yard = 0, 9144 mètres) pour aller mettre un touchdown. Pour conserver la possession, l'équipe en attaque doit parcourir au moins 10 yards en quatre tentatives (appelées "down"). Si déjà tu as compris ça un match sera beaucoup plus agréable à regarder.

Anthony Mahoungou : Souvent pour expliquer le foot US aux non-initiés, je compare ça à un jeu d’échecs spectaculaire. Quand tu regardes un match de rugby, basket, ou soccer, le jeu est continu. Au foot américain le jeu s’arrête constamment pour mettre en place des tactiques. De ce point de vue c’est semblable au jeu d’échecs, mais en bien plus spectaculaire car tu vois des gros plaquages, des longues passes, des chevauchés...

On imagine que vous regardez beaucoup de matchs de NFL ?

S.Pri Noir : Moins qu’avant ! D’abord parce que j’ai moins le temps, et aussi parce que je trouve qu’il y a moins de joueurs charismatiques qu’à l’époque où je pratiquais. Il existe bien une nouvelle génération de QB comme Lamar Jackson (QB des Ravens de Baltimore) mais ça n’est pas pareil. Il s’est écoulé un long moment sans joueurs marquants à qui m’identifier type Michael Vick (ancien joueur professionnel de football américain, qui a évolué pendant treize années au poste de quarterback en NFL), ou encore Jerry Rice (considéré comme le meilleur receveur et l'un des meilleurs joueurs de l'histoire de son sport). Après mon approche du foot américain n’est pas la même que celle d’Anthony qui connaît mieux le jeu que moi qui a encore cet œil du mec lambda. Je comprends ce qu’il se passe sur un terrain, mais j’aime avant tout le spectacle. C’est comme ceux qui ne suivent pas particulièrement le football mais qui sentent que les Zidane, Ronaldinho et Mbappé sont des bons joueurs. Bah moi c’est pareil avec la NFL.

Kansas vs San Francisco, c’est l’affiche rêvée non ?

S.Pri Noir : C’est une très belle affiche car ce sont deux équipes qui pratiquent un beau jeu offensif. Il y aura donc beaucoup de spectacle ce qui est très cool. Surtout pour un néo spectateur. Nous à la limite on peut se satisfaire d’un match serré, tactique, avec peu de touchdown (l’année dernière le score était de seulement 13-3 en faveur des New England Patriots contre les Los Angeles Rams), mais pour un mec qui regarde pour la première fois c’est compliqué.

Anthony Mahoungou : On dit souvent dans le foot que l’attaque gagne des matchs et ramène les spectateurs au stade, mais que ce sont les défenses qui ramènent les titres. Du coup, l’avantage d’un Super Bowl avec ces deux équipes, c’est qu’elles ont des joueurs très rapides. Aussi bien côté Chiefs (Kansas) que 49ers (San Francisco) ils ont des receveurs et des running back qui courent extrêmement vite. Les coordinateurs offensifs de chaque équipe ont basé leur jeu sur la vitesse. Voilà qui promet du grand spectacle.

Vous serez devant le match alors ?

S.Pri Noir et Anthony Mahoungou : Oui évidemment comme tous les ans. C’est comme si tu ne regardais pas la finale de la Ligue des Champions…

En parlant de Ligue des Champions tu disais S.Pri Noir que le football américain était beaucoup plus physique que le Soccer. Pourquoi ?

Moi je me souviens d’entraînements de foot ou je pouvais arriver en dilettante en me disant "aujourd’hui il caille vas-y la flemme." Je trichais un peu et ça ne m’empêchait pas d’être titulaire. Au foot américain si tu y vas en dilettante tu te blesses directement. Les mecs en face sont déterminés. C’est la compétition en permanence. Ton poste est doublé voire triplé. Il y a toujours quelqu’un pour te mettre en concurrence. Alors tu ne peux pas faire le malin. Les plus grosses blessures que je ressens encore aujourd’hui c’est à cause du foot US. Je me souviens qu’en Junior on n’avait pas le droit de plaquer dans les jambes mais parfois on tombait sur des équipes qui ne savaient pas jouer et qui le faisait. Ça a provoqué pas mal de blessures. Mais plus généralement, si je dis que c’est plus physique que notre foot à nous c’est aussi parce que le jeu est très intense sur une courte période. Oui il y a plus de temps de repos, mais par contre tu dois être à 200% sur chaque action.

Ton rêve c’est toujours d’assister à un match de NFL ?

S.Pri Noir : Ouais mais j’attends (dit-il en fixant son pote Anthony Mahoungou).

En attendant c’est quoi tes projets du moment S.Pri ?

Il y a eu la sortie de "Dystopia" le 22 janvier, qui est le premier clip de mon nouvel album qui s’appellera « Etat d’esprit » et dont la sortie est prévue pour la première semaine d’avril. Sinon en ce moment c’est le rush du studio entre mix et arrangements. Mais on va faire une pause pour le Super Bowl évidemment.

A ce propos, tu ne fais pas du tout référence au football américain dans tes sons. Tu l’expliques comment ?

S. Pri Noir : Mon premier amour c’est le soccer. J’ai donc plus de facilité à trouver des phases en relation avec le football classique. Puis imagine si je fais des phases sur le foot US. Personne ne comprendrait. Plein de fois j’ai écrit des trucs stylés dans mes sons puis j’ai renoncé à les mettre pour ne pas perdre les gens. Après je me rappelle quand même d’un son que j’ai fait avec Rim’K (« No Future ») où je dis : « on plane comme les eagles ». C’était un double sens entre aigles et les Eagles de Philadelphie (champion NFL 2018). Dans ce cas-là ça passe mais sinon c’est trop compliqué.