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Pascal Martinot-Lagarde : "En ce moment ? Popopop à fond dans la maison"
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Pascal Martinot-Lagarde
Pascal Martinot-Lagarde ©Radio France

Pascal Martinot-Lagarde : "En ce moment ? Popopop à fond dans la maison"

En pleine pandémie de coronavirus, comment les athlètes de haut-niveau vivent-ils cette situation ? Plutôt bien du côté de Pascal Martinot-Largarde, champion d’Europe en titre sur 110m haies et recordman de France de sa discipline.

Au départ, il s’agissait de faire le portrait de sportifs influencés par la culture hip-hop dans leur préparation à quelques semaines des Jeux Olympiques de Tokyo qui devaient se tenir cet été. Ces derniers auront finalement lieu du 23 juillet au 8 août 2021. Car depuis, le coronavirus est passé par là. Mettant complètement à l’arrêt le monde du sport... 

Comme tous les Français depuis le 17 mars, Pascal Martinot-Largarde (PML) est confiné chez lui dans le sud de la région parisienne avec sa femme et ses quatre enfants. Pas facile pour un champion de sa trempe qui, il n’y a pas plus tard qu’octobre, décrochait la médaille de bronze à Doha pour sa première médaille mondiale sur 110m haies. Une victoire synonyme de renaissance pour le hurdler français de 28 ans, auteur jusqu’ici d’une saison galère après avoir été touché par une mononucléose en début d’année 2019.

Depuis, il se préparait sans relâche pour les Jeux de Tokyo initialement prévus du 24 juillet au 9 août prochain avant d’être finalement reportés du 23 juillet au 8 août de l’année suivante pour cause de Covid-19. Une décision jugée tardive au regard des annulations d’événements sportifs qui pleuvent depuis que l’épidémie frappe l’Europe de plein fouet. Mais là n’est pas la question pour PML. "Je suis plus dans une réflexion de ‘c’était la bonne chose à faire plutôt que de mettre les sportifs en danger’. Avant que la décision ne tombe, je pensais plus à un report en fin d’année. Mais peu importe. Ce qu’il fallait c’était repousser ces JO pour éviter toute inégalité dans la préparation des athlètes__. En Europe c’est une vraie galère, mais quid de l’Afrique par exemple. Des Jeux dans ces conditions ça aurait été plus inégalitaire qu’autre chose", argumente-t-il avec conviction.

Lui s’était déjà préparé à une telle issue. En effet, l’athlétisme fut un des premiers sports touchés. Dès janvier la Fédération internationale (WorldAthletics) annonçait repousser d'un an les Championnats du monde en salle qui étaient prévus du 13 au 15 mars à Nankin, en Chine. Une décision prise en accord avec les organisateurs chinois en raison de l'épidémie de coronavirus dont l’épicentre était en Chine. "Le plus chiant ce n’est pas le report des Jeux, mais c’était d’être dans l’attente d’une réponse claire. Si on avait su plus tôt que ça allait être repoussé à l’année prochaine, on aurait anticipé tout ce qui est stages de préparation etc", regrette Pascal. Et de préciser, "même s’il faut avouer qu’on ne savait pas encore comment le virus allait évoluer. Ils ont tardé (le Comité International olympique (CIO), ndlr) c’est vrai, mais on a une belle marge."

Maintenir une forme physique avec les moyens du bord

La préparation justement. Si PML affirme que cette période de confinement n’entache en rien ses ambitions olympiques pour 2021, reste qu’il est compliqué de s’entraîner sereinement dans le contexte actuel. "Je fais deux heures de sport par jour essentiellement au poids du corps car je n’ai pas eu le temps de m’équiper. Ça passe par des abdos, du gainage, des étirements__... Puis je fais mon footing un jour sur deux à proximité de chez moi. Avec un peu de fractionné également. Je précise que j’habite un endroit désertique. Voilà pourquoi je me permets de sortir tout en respectant les règles. Ça change des allers-retours salon/jardin", s’amuse-t-il. Ce besoin de se justifier apparaît important pour le hurdler. En effet, à l’instar d’autres sportifs, lui aussi se sent investi d’une mission. Celle d’inciter les gens à rester chez eux. Il explique, "je partage grave de vidéos de gens qui restent à la maison. On n’en sait rien, mais si on avait été disciplinés dès l’apparition de l’épidémie, peut-être qu’on aurait pu sauver les Jeux. Alors j’essaye vraiment de montrer qu’on peut faire du sport tout en restant à la chez soi."

Le sport, mais pas que…

Outre les entraînements, rester à la maison c’est aussi l’occasion de vaquer à ses occupations. "Je suis quelqu’un de naturellement positif. Je vis le confinement comme une anecdote qu’on racontera à nos enfants. Puis sur Internet, les gens sont inventifs. Ça fait plaisir à voir." PML profite de son temps libre pour consommer davantage de rap. "J’aime beaucoup la culture hip-hop", confie-t-il. "J’écoute de tout mais quand je dois me mettre en mode compétition j’ai ma playlist spéciale avec du Method Man, du Redman ou encore du DMX__. C’est vraiment en compétition que le rap rythme ma vie. Ce fameux moment où tu es dans ta bulle comme on dit entre athlètes. A ce moment-là ta musique devient extrêmement importante." Et ce n’est pas le manque de compétition qui aura raison de sa passion. "A la maison, surtout en temps de confinement, il y a toujours un passage ménage avec musique à fond. En ce moment c’est Popopop de Gambi."

Côté séries, rien sur l’univers rap. Validé de Franck Gastambide sur myCanal ? "Pas encore eu le temps d’y jeter un œil. De manière générale j’ai un problème avec les séries. Je trouve qu’il y en a trop. Ma femme regarde Empire, mais moi mon type, si je devais choisir, c’est plutôt Altered Carbon (science-fiction ndlr)." Enfin impossible d’évoquer la vie d’un sportif sous confinement sans parler jeux vidéo. "Je joue à peu près tous les jours sans être un hardcore gamer non plus. En ce moment je suis à fond dans Call of Duty Warzone sur Xbox. Mais je vais lever le pied car je joue dans le salon et j’aimerais plutôt jouer à un jeu où ma femme peut regarder. J’hésite à recommencer un Star Wars. C’est toujours bien quand la personne à côté de toi a l’impression de regarder un film."

Pour le moment la situation reste gérable et plutôt cool car inédite. Comme le dit PML lui-même, le quotidien d’un sportif se résume à se "lever, manger, s’entrainer et dormir." Le confinement ne change presque rien. Si ce n’est que parmi ces étapes, les cases "manger" et "s’entrainer" sont tout de même quelque peu chamboulées. Ainsi, nombreux sont les sportifs professionnels à avoir adapté leur alimentation en réduisant par exemple leur consommation de féculents pour se prémunir face à cette soudaine sédentarité. Mais combien de temps encore pourront-ils tenir ce rythme ? Quid des entraînements si le confinement venait à perdurer ? "Pour ma part je le vis très bien. Simplement il est possible que je perde la motivation de m’entraîner dur. Les entrainements d’un sportif de haut niveau c’est se mettre minable tous les jours__. Or ma crainte, c’est de finir par m’entraîner uniquement pour motifs de santé." Autrement dit comme un sportif lambda. Et ce au risque de perdre du terrain physiquement…