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Nathan Paulin : une vie qui tient sur un fil
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Nathan Paulin sur un fil suspendu à 150 m de hauteur à La Défense le 22 novembre 2019
Nathan Paulin sur un fil suspendu à 150 m de hauteur à La Défense le 22 novembre 2019

Nathan Paulin : une vie qui tient sur un fil

Le 22 novembre dernier Nathan Paulin marchait sur un fil suspendu à 150 m de hauteur entre deux gratte-ciel du quartier de La Défense. Une performance filmée qui sera diffusée lors de la 33e édition du Téléthon qui débute ce vendredi. L’occasion évoquer avec lui la pratique de la Slackline.

Vous les avez peut-être déjà aperçus dans des parcs en train de marcher sur un fil d’une quinzaine de mètres de long tendu entre deux arbres. Ils sont ce qu’on appelle des "Slackliners", du mot "Slackline", comprenez "ligne lâche" en anglais. Comme eux, Nathan Paulin, 25 ans, a lui aussi commencé au ras du sol avant de rapidement prendre de la hauteur. "Quand j’ai débuté, c’est parce que je m’ennuyais. J’ai découvert ce sport grâce à un copain sans jamais vraiment essayer. Puis un jour, j’ai tendu un fil derrière chez moi. Plus j’essayais et plus j’étais piqué. J’avais envie d’y arriver sans tomber de la sangle." Sans le savoir le Haut-Savoyard (1m97) met le doigt dans l’engrenage. "Sur le coup je n’ai pas analysé pourquoi ça me plaisait autant. Mais avec du recul, ma grande capacité d’attention m’aide lorsque je suis en hauteur à me concentrer sur un seul objectif", confie-t-il. 

Les semaines passent et Nathan Paulin réussi ses traversées. Six mois seulement après avoir commencé la Slackline, le spleen le guette déjà. Il décide donc de prendre de la hauteur en pratiquant la Highline. Comme pour la Slackline il s’agit de marcher sur un fil à l’exception que celui-ci est suspendu à plusieurs centaines de mètres de hauteur. "Le passage de l’un à l’autre fut difficile, car ce sont des pratiques totalement différentes. Bien qu’il ne faille pas d’entraînement physique particulier pour pratiquer ce sport où le mental y est pour beaucoup, en Highline le vide change la donne. Ça a pris une année le temps que je m’adapte. Mais à chaque fois que je réussissais, j’allongeais la distance. Ça devenait difficile certes, mais il fallait que ça devienne une habitude", détaille Nathan Paulin. 

Sa première grande expérience a lieu aux Trois Pucelles, près de Grenoble. "Je me souviens être tombé assez rapidement. Je me suis dit que ce n’était pas pour moi." Nathan revoit ses ambitions à la baisse. Il revient à la Slackline pour gagner en expérience et en sérénité avant de faire son come back en Highline. "J’avais un bon niveau au ras du sol qui comblait mon flippe." Car aussi bizarre que cela puisse paraître, Nathan a peur. Le jeune homme n’a pas d’aisance particulière avec le vide. Il avoue même, "J__’ai déjà pleuré en montagne quand j’avais 14-15 ans. J’ai toujours détesté ce truc de ne pas être à l’aise dans quelque chose. Avec la Highline j’ai pris confiance en moi et en mes aptitudes en montagne. C’est aussi ça qui m’a motivé." 

Un travail d’équipe dont il arrive à vivre

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la Highline ne se pratique pas seul. Les gros projets comme le record du monde en 2017 au cirque de Navacelles dans l’Hérault sont le fruit d’un travail d’équipe. Niveau sécurité d’abord. "On voit qu’un seul mec sur la ligne, mais pour le record à Navacelles on était vingt pour toute la mise en place. Techniquement on envoie un drone qui connecte les deux encrages. On met toujours deux sangles plus une en back up qui nous rattrape en cas de rupture d’une des autres sangles. Tout est doublé. On ne prend aucun risque", assure Nathan. Outre l’aspect sécurité, sur les événements type Navacelles, une équipe de plusieurs personnes travaille sur toutes les démarches administratives nécessaires à la réalisation d’une traversée. "Il faut que l’aviation civile soit au courant. Un avion pourrait très bien se prendre la sangle. L’aviation militaire également en fonction des régions", explique le jeune funambule. 

Aujourd’hui, ce genre de traversées spectaculaires lui permettent de faire parler de lui. À tel point que Nathan Paulin est l'un des rares pratiquant de Highline dans le monde à vivre de sa passion. Certes, il n’existe pas de compétitions comme en Jumpline (où les participants s’affrontent lors de battles dans lesquelles ils doivent exécuter des figures sur un fil), mais le professionnel est appelé pour des traversées spéciales. Ce fut le cas en 2017 au stade Michel-d'Ornano à Caen par exemple. Il arrive parfois que cela se passe à l’étranger, notamment en Chine. "Ce sont les démonstrations spectacle de ce type, avec un côté artistique dans les jeux de lumières, costumes et autre qui me font vivre. Les événements d’entreprise fonctionnent bien aussi. Ça permet aux boîtes de faire un parallèle entre ce que je fais et le monde du travail. Notamment dans l’audace et la prise de risque.'"

Quid de son lien avec le Téléthon ? "Faire de la highline pour le Téléthon ça donnait un autre sens à mes traversées au-delà de l’aspect méditation personnelle", affirme Nathan. L’aventure associative commence lorsque la boite de production de l’émission "Riding Zone" sur France Ô, un magazine dédié aux sports extrêmes, le met en relation avec le Téléthon. Une première traversée se fait en 2017. "L’idée c’était d’avoir un temps fort pour le Téléthon afin de générer de l’audience et donc des dons. Après ma première participation, je suis devenu en mars 2018 parrain de l’association ‘Eclas’. Puis pour nombre d’entre eux, ils m’ont senti proche de leurs enfants disparus pour certains. Aussi parce que je ne tiens qu’à un fil comme la vie des enfants pour qui ils se battent chaque jour", explique Nathan. 

C’est donc tout naturellement que Nathan a accepté de revenir pour la 33e édition du Téléthon. Et il espère cette fois-ci que la mayonnaise prendra davantage. En effet, en 2017, l’événement avait lieu au même moment que la mort de Johnny Hallyday, tandis qu’en 2018 la traversée de l’artiste prévue non loin de la Concorde a dû être annulée pour cause de Gilets jaunes. "Cette année, j’espère enfin que ça va faire un bon buzz pour les associations." En tout cas sur Twitter le 22 novembre dernier, ça faisait déjà son effet … 

Mathieu Aït-Lachkar