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Le Parkour, un sport en voie de féminisation
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Le Parkour s'est féminisé grâce au freerun, une branche de cette discipline qui inclue les acrobaties
Le Parkour s'est féminisé grâce au freerun, une branche de cette discipline qui inclue les acrobaties

Le Parkour, un sport en voie de féminisation

Alors que le football féminin séduit un public de plus en plus large, d’autres pratiques sportives plus marginales attirent beaucoup de filles comme le Parkour. Anciennes gymnastes, cascadeuses ou anciennes danseuses adoptent cette discipline héritée des Yamakasi.

Il y avait Prince of Persia puis Assassin’s Creed, véritables as du déplacement furtif. Aujourd’hui, il y a les traceuses et les traceurs qui sillonnent les rues pour interagir avec l’environnement. Un banc ne sert plus uniquement à s’asseoir, un muret ne fait plus que séparer deux espaces, l’espace public devient très amusant quand on le perçoit différemment. Longtemps assimilé à un sport d’athlète de haut niveau musclé et fort, le Parkour séduit aujourd’hui de nombreuses femmes qui voient dedans une promesse de liberté et d’absence de code. Bienvenu dans un monde où la capuche d’Assassin’s Creed cache des femmes agiles et expertes dans l’art de se déplacer ! 

Quand j’ai commencé le Parkour, il y avait une fille pour neuf gars mais ça ne me gênait pas.

Il en faudrait plus pour affoler Estelle Piget, 28 ans, qui a commencé ce sport à Rennes où les filles étaient quasi inexistantes. D’autres traceuses sont du même avis qu’Estelle et ne prêtent pas trop d’attention au fait qu’il y ait peu de filles : "J’étais la seule traceuse dans mon club d’Evry pendant deux ans mais les mecs étaient comme des grands frères protecteurs avec un bel esprit familial", raconte Sheona, 22 ans, à Mouv’. Aujourd’hui, il y a une dizaine de pratiquantes dans son club. La pratique évolue, son public aussi.

Mais cette présence masculine prépondérante peut parfois être un frein pour certaines femmes qui se sentent stressées et confrontées à un esprit de compétition... "Il y a quelques années, nous étions confrontées à des situations où il n’y avait qu’une fille dans un groupe de garçons très protecteurs. La traceuse voulait simplement être considérée comme un pratiquant à part entière avant d’être perçue comme une femme", se souvient Charlotte Dequevauviller, traceuse et professeur de Parkour depuis 12 ans. C’est pourquoi plusieurs structures proposent des cours non-mixtes pour accueillir un public féminin plus à l’aise.

La création de cours non-mixtes pour donner confiance aux filles

A Paris, l’association Pink Parkour a imaginé des cours destinés aux femmes au Centr’Halles Park, dans le 1er arrondissement. Créée en 2010, la structure sportive donne la possibilité aux filles de tout âge de s’entraîner à travers des sessions en petit comité de cinq personnes. 

"Je trouve ça bizarre de dire qu’un sport est masculin ou féminin, dans l’image grand public que tout le monde se fait de ce sport, on imagine un athlète au physique impressionnant alors que tout le monde peut en faire." Estelle Piget, traceuse, se souvient d’un événement en Angleterre où certaines sportives avouaient avoir peur de s’entraîner avec les hommes. Non pas qu’ils soient méchants ou désobligeants avec elles, mais plutôt par crainte de ne pas être à la hauteur : "Elles disaient être stressées quand elles sont avec les mecs, comme si elles se sentaient inférieures…" La jeune femme de 28 ans se rappelle également d’un entraînement dans la rue où elle s’est faite aborder par un homme qui prétendait que ce n’était pas un sport fait pour elle, "Les gens ont plus de mal à associer le danger pour les femmes que pour les hommes.". 

A Parkour Paris, il y a 30% de femmes et un cours destiné exclusivement au public féminin. Robin Pereira, coach là-bas, explique avoir créé ce créneau après une demande importante : "Aujourd’hui, on sent bien que la place de la femme dans la société n’est pas évidente, certaines femmes ont peur du regard des hommes ou ont été confrontées au harcèlement de rue. Elles sont plus à l’aise entre elles pour pratiquer le Parkour ou tout simplement discuter.". L’entraînement de Parkour Paris destiné aux femmes reste cependant le même qu’un cours classique. Il permet tout de même aux amatrices qui se remettent doucement au sport d’appréhender la pratique avec plus de sérénité. "Après, le cours reste identique, elles vont autant en chier que les autres !" Néanmoins, Robin Pereira aimerait pouvoir engager deux coaches féminins pour ces cours. "On est deux gars pour 30 nanas, je pense que ça serait mieux d’avoir des entraîneurs femmes pour que les adhérentes puissent plus facilement s’identifier.". 

Pour Charlottes Dequevauviller, si les femmes ne sont pas nombreuses dans cette discipline, cela tient à de vieux héritages sociaux : "Ce n’est pas dans l’imaginaire de voir des femmes faire beaucoup de sport et faire des figures dangereuses", nous raconte la jeune femme. Selon elle, il existe encore des abus de langage qui soulignent la place de la femme dans la société. : "J’entends parfois : Faites des pompes sur les genoux comme les filles alors qu’on devrait dire comme des débutants.". Pour contrecarrer cette réalité, elle organise des week-end de traceuses avec Les Traceuses de France. C’est l’occasion de se rassembler entre femmes et d’échanger autour de tables rondes, de manger et de s’entraîner ensemble. "On fait beaucoup de sensibilisation pour savoir comment se passe les entraînements avec les hommes et je constate que les filles sont beaucoup plus acceptées aujourd’hui !"

Les profils vont de l’ancienne gymnaste à la geek fan d’Assassin’s Creed

Dans les films mythiques comme Yamakasi ou B13, il n’y a que des héros parmi les sportifs, pas d’héroïnes. Alors, qui sont ces mystérieuses filles qui sautent les murets, montent sur les murs et font des acrobaties dans la rue ? Pour tenter de répondre à cette question, Mouv’ a sondé des coaches, des traceuses et des associations. Les profils qui en ressortent restent très variés, allant de l’ancienne gymnaste en passant par la geek adepte d’Assassin’s Creed.

"Dans notre public, on a d’anciennes gymnastes, des danseuses et même des geeks fans d’Assassin’s Creed", nous explique Estelle de Pink Parkour. Les membres de l’association ont vu le profil des adhérentes évoluer au cours des cinq dernières années. La présidente, Adélaïde, affirme qu’avant, elle voyait des filles qui avaient déjà pratiqué du sport à un bon niveau : "Elles avaient conscience de leur corps et étaient sportives !" Aujourd’hui, elle voit de plus en plus de profils moins sportifs qui ont peur du vertige et qui se lancent dans le Parkour pour vaincre leur crainte. 

Pink Parkour propose des cours non-mixtes destinés aux femmes.
Pink Parkour propose des cours non-mixtes destinés aux femmes.

Les gymnastes, nombreuses, se tournent vers cette discipline car plusieurs branches se sont développées dont le freerun qui inclue beaucoup d’acrobaties. L’art du déplacement (ADD) et le Parkour classique défendu par David Belle qui consiste à échapper à quelque chose, sont les autres branches de la discipline. Le freerun a réellement permis à ce sport de se démocratiser et à gagner en visibilité. Sike, ancienne gymnaste allemande, a participé au Redbull Competition en Italie."Je pense que ces athlètes ont choisi cette discipline pour la créativité qu’elle propose", analyse Estelle Piget.

Les compétitions et le début des contrats pro grâce aux réseaux sociaux

Pour perfectionner son style, il faut s’entraîner avec le maximum de personnes. "Au fond, on n’empêche pas les filles d’aller s’entraîner avec des garçons, bien au contraire ça permet de nourrir son style", raconte Adélaïde de Pink Parkour. D’un point de vue physiologique, les femmes ont moins d’épaules mais plus de hanches que les garçons. Elles sont donc souvent plus à l’aise en acrobatie mais moins agiles dans les passe-muraille qui nécessitent de la force dans les bras.

Pour enrichir son "flow", Orane Florinda, traceuse de 20 ans en Erasmus en Norvège, s’entraîne régulièrement avec des garçons : "Les gars te poussent à faire mieux, ils m’aident à créer des lignes intéressantes et à me dépasser.". La jeune fille a participé à la compétition World Urban Game à Budapest récemment : "C’était ma première compèt’, c’était excitant mais stressant ! Je suis arrivée 8e.". 

Ce qui a permis cette effervescence, c’est aussi Instagram. "Ça a donné une visibilité aux filles et ça leur a même permis de décrocher des contrats pro !", explique Adelaïde qui observe l’évolution des enjeux économiques du Parkour. Aujourd’hui, les compétences de ce sport sont très recherchées dans les films pour les scènes de cascades. C’est ainsi qu’Estelle Piget a suivi une formation cascade en 10 sessions de 12 semaines. La traceuse a donc travaillé les chutes, le fight et même le combat à l’épée : "J’ai fait plusieurs scènes d’esquives de scooter, de voiture et une chute dans l’eau.". La jeune femme est actuellement en pleine reconversion : "C’est un défi, j’étais commerciale et je veux maintenant devenir cascadeuse.". Les schémas de vie échappent aux droits chemins. A chacun son parcours.

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Little compilation of some cool stuffs ⚡️😈

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