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Le cannabis dans le sport : une interdiction bientôt levée ?
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Sha'Carri Richardson au Met Gala (Septembre 2021)
Sha'Carri Richardson au Met Gala (Septembre 2021) ©Getty

Le cannabis dans le sport : une interdiction bientôt levée ?

Le plus grand championnat du monde de basket, la NBA, a repris cette semaine. L’organisation sportive a également annoncé qu’il n’y aura pas de dépistage du cannabis cette saison. Une substance véritablement dopante ? Mouv’ fait le point sur la question.

Elle devait être l’une des grandes favorites du 100m olympique l’été dernier à Tokyo. Mais Sha’Carri Richardson, pourtant championne des Etats-Unis de la spécialité, n’a pas pu faire le voyage au Japon. Non pas à cause d’une blessure mais… pour avoir fumé un joint. La coureuse justifie cette prise de substance par un “état émotionnel douloureux” après avoir appris la mort de sa mère biologique.

Testée positive au cannabis le 25 juin 2021, elle a été suspendue à compter du 28 juin 2021 pour un mois. Un événement qui a entraîné un réexamen de la place du cannabis dans la liste des produits interdits par l’Agence mondiale antidopage (l’AMA).

Un sportif dont l'analyse d'un échantillon révèle la consommation de cannabis encourt deux ans de suspension explique Jérémy Roubin, le secrétaire général de l’Agence française de lutte antidopage (l'AFLD) :

"Mais depuis cette année, cette durée peut être ramenée à trois mois quand la substance a été consommée dans un but récréatif, dans une période hors des compétitions et sans relation avec la performance. La sanction peut même être diminuée à un mois, comme pour Sha'Carri Richardson, si l'athlète montre qu'il ou elle suit un traitement contre l'addiction__."

L’histoire du dopage à travers le sport de haut niveau

Depuis le 28 avril 1998, le Comité International Olympique a inclus le cannabis et la marijuana sur sa liste des produits interdits. Six ans plus tard, l’Agence mondiale anti-dopage (WADA) l’imite en indiquant dans l’article 4 de son code que ces substances sont interdites si elles répondent à au moins deux des trois critères : une amélioration des performances sportives, un risque pour la santé, une violation de l’esprit du sport.

Des cannabinoïdes très présents lors des contrôles (2e substance en 2008-2009 après les anabolisants). Dès lors, pour éviter des tests positifs après un usage dit "récréatif" plusieurs jours/semaines avant la compétition, la WADA a augmenté son seuil de tolérance en 2013, en passant de 15 à 150 nanogrammes par millilitre de sang.

L’agence estime ainsi qu’avec ce nouveau seuil, seuls 10% des cas testés restent positifs. Quant à lui, le Dr Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport spécialisé dans le dopage, considère :

"Qu'il y avait trop de cas, donc on a augmenté le seuil afin d’avoir moins de personnes positives. C’est une manière astucieuse d’éliminer l’ensemble ou la majorité des cas positifs au cannabis."

Les effets du cannabis sur les performances sportives

Le principe actif du cannabis (THC) s’adresse au système nerveux central. Il peut être utile pour certaines activités comme les sports extrêmes : il améliore la relaxation musculaire et la vision ainsi que la réduction de l’anxiété. 

Le THC à faible dose (selon certaines études) est un anxiolytique (peut aider contre les souvenirs anxiogènes), il augmente le temps de sommeil et la récupération, il améliore la fréquence respiratoire, le rythme cardiaque, et l’oxygénation des tissus. Il peut également être analgésique (permet aux athlètes de travailler même en cas de blessures, ou douleurs). Malgré tout, il reste mauvais et risqué pour la santé : réduction de vigilance, prise de décision difficile, risques accrus d’accidents ou de blessures.

Ces dernières années, le seuil de détection de la positivité au cannabis a déjà été relevé, et, les sanctions sont parfois allégées pour des consommations récréatives.

Le principe de la lutte antidopage c’est de montrer qu’elle lutte mais il ne faut pas avoir beaucoup de personnes positives sinon ça donne une mauvaise image au sport.

Critique le Docteur De Mondenard par rapport à cet allégement. 

Vers un réexamen de la place du cannabis comme substance dopante

La communauté scientifique reste, en tous cas, divisée sur le sujet.

"Certains estiment qu'une consommation régulière, par des personnes qui ont dépassé l'effet endormant (sic), accentue l'agressivité et agit donc comme un produit dopant dans les sports de combat. D'autres défendent le fait que le cannabis agirait comme un anti-stress."

Note Jérémy Roubin, secrétaire général de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD).

Pour d'autres, comme le docteur William Lowenstein, président de SOS Addictions, une révision de la liste des produits interdits par l'AMA "serait la bienvenue". Il estime que le cannabis est interdit sans fondement :

Son interdiction n'a pas de fondement scientifique et on a l'impression qu'elle est davantage due à des questions morales et politiques.

Mais le Dr Jean-Pierre de Mondenard n’est pas du même avis :

"Il n’y a aucune raison que le cannabis ne figure pas dans la liste des produits interdits, de nombreux sportifs l’utilisent pour améliorer leurs performances. En agissant sur le système nerveux central, il vous permet d’affronter des situations, que sans le cannabis, vous ne pourriez affronter."

Même si le cannabis venait à ne plus être considéré comme une substance dopante, il ne serait pas légalisé pour autant en France :

"Les deux débats sont distincts. Si l'AMA autorise le cannabis, on retomberait dans un débat purement national et d'un point de vue juridique je ne pense pas que la loi pourrait être modifiée pour permettre aux sportifs d'obtenir des dérogations"- affirme le secrétaire général de l'AFLD.

Contactée par Mouv’, l’agence mondiale antidopage ne souhaite pas s’exprimer avant la conclusion de l’examen scientifique sur le statut du cannabis qui sera lancé en 2022.