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Kevin Tillie : "Je redécouvre des artistes depuis le début du confinement"
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Kevin Tillie
Kevin Tillie ©Getty

Kevin Tillie : "Je redécouvre des artistes depuis le début du confinement"

Dans un monde du sport complètement à l’arrêt, comment les athlètes vivent-ils cette période inédite ? Le réceptionneur-attaquant de l'équipe de France de volley Kevin Tillie (1,98 m, 29 ans) s’est confié à Mouv’ depuis Varsovie (Pologne) où il évolue avec le Verva Warszawa Orlen Paliwa.

D’emblée, il ne cache pas sa déception. “C’est dur mentalement”, confie Kevin Tillie à propos du report des Jeux de Tokyo à l’été 2021.On se prépare spécialement pour ça depuis la qualification en janvier. Cette qualification c’était déjà énorme. Surtout qu’on n’était pas vraiment favoris pour y aller. On pensait qu’aux Jeux… Y compris pendant la saison en club. C’était le but ultime de ces quatre dernières années”, insiste encore un brin déçu l’attaquant de Team Yavbou. 

Pourtant, de son propre aveu, il avait peu d’espoir quant à la tenue de ces Jeux. “Ça a commencé en Italie où il y a eu quelques annulations d’événements. Au départ on pense que c’est juste des suspensions et que tout va rapidement rentrer dans l’ordre. Mais voyant que ça empirait, on s’est très vite dit que c’était clairement terminé. Il n’y avait pas d’autre espoir”. L’emploi du “on” fait notamment référence à ses coéquipiers en Bleus. “On en a beaucoup parlé sur le groupe Whatsapp de l’équipe de France. C’est dur à réaliser. Ce qui arrive en ce moment c’est comme dans un film de zombie__. Le plus difficile, c’est au niveau du mental. C’est compliqué de trouver la motivation quand il ne se passe plus rien. L’été blanc qui se profile pour les athlètes s’apparente à du chômage forcé”. 

Mais pas de quoi annihiler les ambitions du champion d’Europe 2015. S’il espérait au fond que les JO soient reportés au maximum en fin d’année, la décision du Comité International Olympique (CIO) de les repousser d’un an n’entache en rien sa détermination pour 2021. Simplement, à l’instar de ses pairs, il navigue à vue, et va devoir composer avec l’ambiance (particulière) du moment. 

Confinement en exil

Kevin Tillie fait partie de ces sportifs confinés à l’étranger. En Pologne, c’est encore le début. Ça faisait déjà deux semaines que certains commerces étaient fermés. Là, on est dans une sorte de confinement par quartiers. C’est moins strict qu’en France__. On peut encore se balader pour prendre l’air et pas uniquement pour aller faire ses courses même si personnellement, j’évite de sortir. Je suis à la maison avec ma femme et notre bébé de trois mois. J’ai l’impression de changer des couches tout le temps”, s’amuse-t-il. 

Côté entretien physique, Kevin connaît le chemin pour se maintenir en forme. En effet, depuis 2017, le réceptionneur a subi trois opérations. Deux aux genoux (nettoyage des tendons) et une à l’épaule gauche. Il a donc l’habitude des entraînements sans ballon. Aussi il a la chance d’être équipé en outils de musculation contrairement à d’autres comme Pascal Martinot-Largarde qui nous confiait devoir s’entraîner au poids du corps faute de matériel. 

“Ma femme venait d’accoucher et voulait retrouver une forme physique. J’ai donc un vélo d’appartement pour le cardio et d’autres machines”. Il peut aussi s’appuyer sur les conseils du préparateur physique de son club qui a concocté un programme pour toute son équipe, ainsi que sur les avantages du confinement : la solidarité des marques pour nous forcer à rester à la maison. C’est ainsi que Kevin Tillie utilise l’application de training d'une célèbre marque de sport allemande pour se maintenir en forme. 

Musique et jeux-vidéo, ou la panoplie du sportif confiné

“La Tille” profite également du confinement pour s’évader. Parmi ses passions : le rap. “J’écoute de la musique à chaque séance de musculation. Ça me motive bien comme il faut. En ce moment, je suis à fond dans Stormzy, AJ Tracey, Wiley ou encore Drake.__” Sans pour autant dire que sa consommation rap a pris de l’ampleur depuis le début du confinement, il reconnaît néanmoins découvrir des rappeurs qu’il n’écoutait pas beaucoup. « Je redécouvre des artistes depuis le début du confinement”. Lui qui a toujours ou presque vécu à l’étranger dont en Italie, en Turquie et en Chine, se recentre en ce moment sur la France. Comme par nostalgie. “J’écoute beaucoup Ninho, Damso mais aussi Gradur et Heuss l’Enfoiré ‘Ne reviens pas’, alors que d’ordinaire je suis plutôt rap US. Le rap français, c’est surtout quand je suis en équipe de France. 

En ce moment, Earvin Ngapeth (réceptionneur star de l’équipe) confiné ça donne lieu à pas mal de chansons qu’il partage parfois sur notre groupe Whatsapp”, s’esclaffe-t-il. De quoi mettre un peu de baume au cœur entre quelques parties de Call of Duty Warzone et NBA 2K20. “J’ai acheté 2K en début de confinement. J’ai créé un joueur qui ressemble à mon petit frère. Je me suis fait drafter dans le jeu. J’espère qu’il en sera de même pour lui, même si ça va être dur avec toutes ses blessures”. 

Malgré les divertissements, les interrogations refont surface. Outre son sort à lui, quid de celui de son frère Killian Tillie, 22 ans, basketteur à la fac de Gonzaga (État de Washington). Dans sa dernière année universitaire l’ailier fort de 2m08 devra se présenter à la draft 2020 après une saison NCAA écourtée pour cause de Covid-19 et des blessures qui ne jouent pas en sa faveur. 

Quid également du père, Laurent Tillie, qui a peut-être dirigé sans le savoir son 250e et dernier match à la tête de l’équipe de France de Volley. “Je n’ai pas trop échangé avec lui encore. Ce que je sais c’est qu’il a laissé un message à tous les joueurs en disant que ce sont des choses qui arrivent, mais que la santé restait le plus important”. 

La santé donc. Tel un leitmotiv le mot revient dans la bouche de Kevin Tillie. C’est le cas lorsque nous l’interrogeons sur un éventuel allongement de la période de confinement. “Franchement, en Pologne, ça ne se passe pas trop mal. On peut encore sortir prendre l’air. Mais si ça venait à se prolonger d’un mois, ça risque de devenir compliqué. Mais bon, la santé avant tout comme on dit”