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Topas : "J’aimerais bien que mon buzz revienne"
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Hamidou Sene alias Topas sous le maillot de Valenciennes (Doriane Michalak)
Hamidou Sene alias Topas sous le maillot de Valenciennes (Doriane Michalak) ©Radio France

Topas : "J’aimerais bien que mon buzz revienne"

Comme Dinor, certains sportifs professionnels partagent leur vie entre le studio d’enregistrement et les terrains avec plus ou moins de succès. Parmi eux, Hamidou Sene alias Topas, 22 ans, est un des pionniers de la double carrière foot et rap. Rencontre.

Hamidou Sene a 22 ans. Si son nom ne vous dit rien, vous connaissez peut-être son sobriquet : Topas. À l’époque, grâce à son morceau "En Brr" (dont le clip totalise plus de 2 millions de vues), il est repéré par MHD, qui fait de lui sa première signature sur son label. L’année suivante Topas apparaît dans un documentaire de Canal+ intitulé "Foot et rap, nés sous la même étoile ." Car dans la vraie vie, Hamidou Sene joue attaquant. Quelques clubs à Aulnay, le Red Star et maintenant Valenciennes. À l’heure où les projecteurs sont braqués sur Dinor, Topas est un des premiers à avoir revendiqué cette double casquette de rappeur/footeux. S’il semble avoir disparu des radars aujourd’hui, le foot et le rap font toujours partie intégrante de sa vie. Quid de sa double carrière, qu’est-ce qui a changé depuis son passage télé  ? Rencontre avec l’infatigable Topas.  

En 2018, tu nous disais sur Mouv': "foot ou rap, pourquoi pas faire les deux ? " Qu’en est-il aujourd’hui ? 

Je suis toujours sur la même longueur d’onde. Mais le foot prend beaucoup de place. Surtout en ce moment. Du coup c’est compliqué d’enregistrer à Paris ou de tourner des clips car je peux rentrer uniquement les weekends où je n’ai pas match. En général, je charbonne grave pendant les vacances pour compenser. Voilà pourquoi depuis quelques mois le foot prend plus de place que le rap. Au Red Star c’était plus simple. J’avais plus de temps. Les entraînements avaient lieu le soir de 20h à 22h. J’allais au studio juste avant, ce qui me permettait même d’arriver en avance aux entraînements (rires). À Valenciennes c’est la première fois que je connais une ambiance centre de formation, qui plus est loin de chez moi. Donc naturellement le rap est passé au second plan.  

À l’époque, toujours au micro de Mouv’, tu disais vouloir percer dans le foot en priorité car c’est ce que tu fais de mieux depuis tout petit. C’est toujours le cas ? 

Ça ne changera jamais. Puis en vrai, par rapport au rap, ça ne me dérange pas que le foot prenne autant de place dans ma vie pour le moment, car la musique ça a toujours été quelque chose de secondaire pour moi. Je vis plutôt bien la situation même si de l’extérieur les gens peuvent croire que j’ai échoué à faire les deux.  

Ce qui laisse penser cela, c’est que tu avais l’air bien au Red Star et pourtant tu as fait le choix de t’engager avec Valenciennes. Comment est-ce que cela s’est fait ? 

Il était temps de partir. À Valenciennes je suis en contrat apprenti. C’est mieux pour ma progression. Puis l’équipe réserve est en N3 (deux catégories au-dessus) là où celle du Red Star était en R2... Le projet que VA me proposait allait me permettre de progresser. C’est un club qui fait signer beaucoup de jeunes joueurs en général. Alors quand ils sont venus vers moi, je n’ai pas trop réfléchi. C’était une opportunité en or. Là, c’est déjà ma dernière saison (Topas a signé un contrat de deux ans, ndlr). J’espère être prolongé et intégrer le groupe pro (actuellement huitième de Ligue 2, ndlr).  

Côté rap tes dernières sorties remontent aux " Afro’N’Trap ." Le dernier en date, le numéro 4, est sorti le 11 novembre 2020 et depuis plus rien. 

Je suis focus sur le ballon. Officiellement le dernier titre sorti sur lequel je pose c’est "Figo " dans l’album "Mental de bâtard"» de mon gars Malty ASB. Il a été enregistré en août, peu avant la reprise du foot. Après il y a effectivement les Afro’N’Trap. Pour tout vous dire, au début, à mon arrivée à Valenciennes, on m’a demandé d’arrêter la musique. J’étais d’accord car ma priorité c’est le foot. Puis un nouveau directeur grave plus ouvert est arrivé. Il nous a fait comprendre que la vie ne se réduisait pas au foot et que si on avait des passions hors des terrains, on pouvait les pratiquer. Je l’ai vu dans son bureau pour lui parler de ma musique. Il a fait écouter à son fils qui est carrément devenu fan de mon rap. On a convenu d’un protocole qui stipule que trois fois par semaine je peux me rendre à Paris pour enregistrer. Au départ, quand il m’a autorisé à reprendre la musique, j’enregistrais à Lille. Mais sans automatismes avec l’ingé son ce n’était pas pareil. J’ai quand même balancé quelques freestyles sur Instagram en attendant de pouvoir enregistrer à Paris.  

Topas en plein enregistrement studio (Thamikh)
Topas en plein enregistrement studio (Thamikh)

Donc tu ne renonces pas à l’idée d’une double carrière, mais le choix du foot se fait naturellement ? 

J’ai toujours été concentré sur le foot mais comme j’avais plus de temps libre je rappais aussi beaucoup. Là j’ai un peu moins de temps pour le rap, mais je suis toujours dedans même si je ne sors rien pour le moment.  

Qu’est-ce que la crise sanitaire a changé pour toi ? 

Je vis avec. Un peu comme tout le monde je pense. Le virus m’a freiné dans le rap car je me déplace moins, mais aussi dans le foot avec tous les protocoles, les matchs amicaux... Le sport amateur est très touché en général. Mais il ne faut absolument pas relâcher la pression.  

Quelle place prend le rap dans ton quotidien de sportif ? 

J’écris toujours lorsque j’ai du temps. J’ai plein de textes de prêts, et des morceaux enregistrés. Je prépare un projet que j’aimerais sortir à l’arrivée des beaux jours.  

Le grand public t’a découvert dans le documentaire de Canal+ "Foot et rap, nés sous la même étoile ." Qu’est-ce qui a changé dans ta vie depuis  sa diffusion ? Il y a eu cette signature sur Senso Music (label de MHD) par exemple… 

Les gens ont découvert mon univers. Ils ont validé le personnage. On me reconnaît dans la rue, encore aujourd’hui. Le documentaire m’a apporté de la crédibilité. Canal+ ce n’est pas rien quand même (rires). Maintenant la petite notoriété c’est une chose, mais je ne dois pas lâcher le foot même si parfois c’est dur. Il faut se donner à fond. Je savais que c’était un milieu compliqué avant VA mais j’en ai vraiment pris conscience en arrivant dans le nord. La R2 à Saint-Ouen c’était plus facile. Ici, en N3, les équipes nous attendent au tournant. La charge de travail que je m’impose dans le foot a changé. Je travaille deux fois plus aujourd’hui. Côté musique mon rendement a changé. Avec le temps je suis devenu moins actif. Je revendique toujours ce mode rappeur/footeux, mais avec une tendance foot plus prononcée en ce moment. D’autant plus avec la fin de contrat qui approche. Je dois mettre les bouchées doubles. Mais que mon public se rassure. Je prépare un projet. Je vais commencer par balancer quelques singles, puis un clip quand il fera beau avant la sortie de l’album. C’est juste une question de temps.  

Avec ton recul, où est-ce qu’il est le plus facile de percer selon toi ? 

Dans la musique je pense. C’est un milieu ou même si tu n’es pas un crack tu peux tout casser avec un hit. Regarde le mec de Gangnam style. Le foot c’est sur la durée que ça se joue. Par exemple tu vas jouer un match où il y a plein de recruteurs. Même si t’es globalement un joueur moyen, ils vont se baser sur ce qu’ils auront vu le jour J. Sauf qu’après il faut confirmer. Donc soit t’as le mental et tu progresses, soit c’est mort. Imagine demain en N3 je tape dans l’œil d’un recruteur. S’il s’avère que je suis un joueur moyen ça va me poursuivre pendant longtemps. Alors que dans la musique tu peux marquer les esprits une fois. Une chose est sûre, c’est que quoi qu’il arrive, il faut beaucoup travailler dans les deux.  

Si tu pouvais revenir en arrière, qu’est-ce que tu ferais différemment ? 

Déjà je ne regrette rien. Mais avec le recul, concernant ma musique, j’aurais peut-être été plus ouvert aux feats dès le début. Je voulais trop me faire tout seul pour avoir une base solide avant de me lancer dans les featurings. Aujourd’hui je me dis que j’aurais pu commencer par des collaborations pour me constituer une base de fan solide.  

Finalement c’est peut-être toi qui a inspiré Dinor. Quel regard tu portes sur lui ? 

C’est vrai que ce qu’il fait je le fais depuis longtemps même si j’ai tardé à revendiquer cette double casquette. Dinor il est lourd de fou. Grosse force à lui. Il ne fait pas n’importe quoi en plus. Il est actif, il gère bien son buzz, et ne salit pas l’image du rappeur/footeux.  

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ? 

Dans le foot j’espère prolonger et passer pro à Valenciennes pour rendre tout ce qu’on m’a donné durant ces deux années. Si ça ne se fait pas ça sera le destin. J’essaierai de trouver un nouveau projet. Côté musique j’aimerais bien que mon buzz revienne. J’ai envie de faire bouger les gens et qu’ils écoutent mon projet.   

On a compris que tu n’avais pas lâché l’affaire bien qu’on entende moins parler de toi. Qu’as-tu prévu si rien ne fonctionne comme prévu ? 

C’est une option à laquelle je pense malheureusement. Si ça ne marche pas je ne sais pas quoi faire d’autre pour le moment. Toujours est-il qu’en ce moment je vis à 200% foot et à 100% musique. Je me donne à fond car s’il y a bien quelque chose que je déteste, c’est avoir des regrets.