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La Super Ligue déchire le football européen
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Florentino Perez - conférence de presse du Real Madrid en 2019
Florentino Perez - conférence de presse du Real Madrid en 2019 ©Getty

La Super Ligue déchire le football européen

Lancé ce dimanche soir, le projet de Super Ligue a reçu les foudres des instances du football européen et des supporters.

Alors que l’UEFA vient tout juste d’adopter sa réforme de la Ligue des Champions, douze des plus grands clubs européens ont décidé de faire sécession avec l’instance et de créer leur propre compétition privée. Le Real Madrid, l’Atletico de Madrid, le FC Barcelone, La Juventus, l’AC Milan, l’Inter Milan, Liverpool, Manchester United, Manchester City, Chelsea, Tottenham et Arsenal sont les membres fondateurs de la Super Ligue. À eux seuls, ils ont remporté quarante fois la C1. Évoquées à maintes reprises pendant des années mais sans jamais voir le jour, les rumeurs de ce projet se sont intensifiées pendant le week-end. Dimanche 18 avril, la Super Ligue voit le jour.   

Un projet colossal

Portés par Florentino Pérez (président du Real Madrid) et Andrea Agnelli (président de la Juventus), ces cadors européens veulent à tout prix s’affranchir de l’UEFA. Une société concurrente et propriétaire de la Super Ligue, The European Super League, a déjà été créée pour en gérer les droits audiovisuels et marketing. Elle sera présidée par le président du Real de Madrid. La banque américaine JPMorgan a déjà annoncé qu’elle financerait le projet à hauteur de 4 à 6 milliards d’euros. 

Malgré sa réforme, les douze clubs sécessionnistes reprochent à la Ligue des champions son manque d’attraits, notamment durant la phase de groupe dans laquelle, selon eux, les matchs manquent de réel enjeu. Ce désintérêt a entrainé une baisse des audiences qui devrait mener à la chute du prix des droits TV. Même si Florentino Pérez affirme que le but est de remettre le foot "à la place qu’il mérite" et de "satisfaire les attentes des supporters", c’est bien pour des raisons financières que ces clubs ont créé la Super Ligue. 

Pas de PSG ni de Bayern dans la Super Ligue

Cette nouvelle compétition a pour objectif de réunir au total vingt clubs chaque saison. Une compétition quasi-fermée qui regrouperait les quinze clubs fondateurs (il en manque encore trois à ce jour) et cinq autres équipes autorisées à rejoindre la ligue selon des modalités encore très floues. Selon l’AFP, deux clubs français pourraient faire partie de la Super Ligue chaque année. Le Paris Saint Germain s’est clairement prononcé contre… pour l’instant. Aucun autre club de Ligue 1 n’a annoncé sa participation au projet dissident. Même chose de l’autre côté du Rhin, où la Bundesliga, Bayern Munich et Dortmund en tête, n’a pas voulu participer au putsch contre l’UEFA. 

L'Europe du foot se déchire

Même si Greg Dyke, l’ancien président de la fédération anglaise de football, estime que le projet de Super Ligue "n’arrivera pas", le football européen est en train de se déchirer. La Fifa, l’UEFA, les fondations espagnole, italienne et anglaise, ainsi que la Liga, la Premier League et la SerieA ont annoncé dans un communiqué que "les clubs concernés [par la création de la Super Ligue] se verront interdire la participation dans toute autre compétition au niveau national, européen ou mondial, et leurs joueurs pourraient se voir refuser la possibilité de représenter leurs équipes nationales". Une déclaration d’une sévérité à la hauteur de la colère des instances européennes et qui résonne comme un séisme sur tout le continent. Imaginez l’Équipe de France privée d’Antoine Griezmann, Ousmane Dembélé, Paul Pogba, Hugo Lloris, N’Golo Kanté, Adrien Rabiot ou encore Raphaël Varane.

Une bataille juridique s’annonce également. Dans une lettre adressée aux dirigeants de l’UEFA et de la Fifa, The European Super League a annoncé avoir "lancé une procédure devant les juridictions compétentes pour assurer l'instauration et le fonctionnement sans accroc de la compétition". En réponse, L’UEFA a qualifié la Super Ligue de "crachat au visage des amoureux du football" et de "proposition honteuse" de clubs "uniquement guidés par l’avarice".

La Super Ligue est un crachat au visage des amoureux du football

Les clubs divisés et les supporters déçus 

La majorité des coachs des clubs fondateurs de la Super Ligue interrogés à ce sujet ne se sont pas exprimés ou ont préféré botter en touche. D’autres entraineurs ont fait part de leurs craintes. Ralph Hasenhuttl, manager de Southampton, a considéré que "ce qu’il se passait en coulisse est absolument inacceptable". Il pense "que personne ne veut de la Super Ligue, surtout pas les supporters". Hans-Dieter Flick, entraineur du Bayern a également fait savoir qu’une "Super Ligue ne serait pas bonne pour le football européen".

Autre chamboulement, avec le départ des douze clubs dissidents de l’Association des clubs européens (ECA), c’est Nasser al-Khelaïfi qui en prend la tête. Le président du PSG, un des seuls "gros" d’Europe à ne pas avoir rejoint la Super Ligue, sera chargé de trouver un terrain d’entente entre toutes les parties pour remettre de l’ordre dans la maison. 

Les joueurs ont également fait entendre leur voix. Le milieu de terrain du PSG Ander Herrera et l’ancien joueur d’Arsenal Mesüt Ozil se sont désolés de la création d’une telle compétition guidée par des intérêts financiers qui retirent tout son charme au football. La Fifpro, le syndicat des joueurs, s’est dit très inquiet par cette nouvelle ligue qui "pourrait causer des dommages irréparables". Le syndicat ajoute par ailleurs qu’il regrette que les joueurs soient "utilisés comme actifs et leviers dans ces négociations" et qu’il "s’opposera vigoureusement aux mesures des deux parties qui pourraient entraver les droits des joueurs, tels que l’exclusion de leurs équipes nationales".

Enfin, les supporters des douze clubs fondateurs se disent extrêmement déçus. Le réseau Football Supporters Europe dit se sentir trahi. La Fondation des supporters de Chelsea regrette une "décision motivée par la cupidité pour garnir les poches des dirigeants et prise sans considération pour les supporters loyaux, notre histoire ou l’avenir du football dans ce pays". Les supporters de Manchester United, de Liverpool et d’Arsenal ont aussi indiqué qu’ils s’opposaient aux décisions de leur club. 

La suite au prochain épisode !