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Coupe du monde féminine : pourquoi les USA font la loi dans le soccer ?
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L'équipe féminine des Etats-Unis félicite Julie Hertz lors du match contre le Chili en phase de groupes du Mondial 2019
L'équipe féminine des Etats-Unis félicite Julie Hertz lors du match contre le Chili en phase de groupes du Mondial 2019 ©Getty

Coupe du monde féminine : pourquoi les USA font la loi dans le soccer ?

Depuis le début de la Coupe du Monde, les États-Unis écrasent la compétition. Contrairement à leurs homologues masculins, les Américaines font la loi dans le "soccer" !

Championne du monde en titre, Team USA arrive en France dans l'optique de réaliser le doublé. Contrairement à leurs compatriotes masculins, les Américaines représentent une place forte du football mondial.  On parle ainsi de trois Coupes du Monde, quatre médailles d'Or olympiques et huit Gold Cup ! Bref, ces dames sont les taulières du football mondial. Pour vous faire une idée, sur les sept Coupes du Monde féminines disputées jusqu'à maintenant, Team USA est repartie avec une médaille... sept fois (trois titres, une deuxième place, trois troisièmes places). Retour sur ce phénomène qui dépasse le cadre du sport. 

Titre IX - la principale raison de la domination de Team USA

Parmi les raisons du succès du football féminin américain, on doit surtout noter le Titre IX. Voté en 1972, l'amendement interdit alors purement et simplement toute discrimination sur les sexes dans les programmes d'éducation financés par l'État (les fameuses bourses d’études). Karen Blumenthal, auteur du livre Let Me Play: The Story of Title IX: The Law That Changed the Future of Girls in America explique : « Parce que la possibilité de jouer au football au lycée existe, parce que la possibilité d'obtenir une bourse d'études au lycée existe, beaucoup plus de filles vont jouer. » Grâce à cela, les femmes ont pu massivement participer à des compétitions sportives, notamment dans les lycées et universités, là où les programmes sont les plus poussés. Selon la National Federation of State High School Associations, on est ainsi passé de 700 joueuses de football aux lycées en 1971... à 390 482 en 2018 ! Aujourd'hui, cette jeunesse américaine bénéficie des meilleures infrastructures au monde, avec des programmes éducatifs allant jusqu'à la fin du cursus universitaire. 

Ajoutons à cela les succès dans les compétitions internationales, qui crée nécessairement des vocations et on obtient un cercle vertueux inédit. Au lycée et dans les sports pratiqués par les femmes, le football est ainsi en croissance constante en termes de pratiquantes. Depuis 2014, il est même passé devant le baseball et le softball, véritables institutions au pays de l'oncle Sam. Sur le papier, la domination des Américaines sur le football mondial n’a donc aucune raison de s’arrêter à moyen terme. Pays ayant une véritable culture sur sport, les États-Unis ont su retranscrire cela dans le football féminin… qui tend à prendre la suite du basket-ball en tant que sport collectif féminin majeur, grâce à un système scolaire parfaitement huilé.

Une équipe féminine qui regarde les hommes droits dans les yeux

Si vous suivez le football, ne serait-ce que de loin, vous ne pouvez pas avoir échappé à la question des salaires. Nombreux sont ceux qui militent pour une égalité salariale des hommes et des femmes dans le football. Si l’argument se retrouve bien souvent caduc lorsque l’on prend les données économiques, tout est différent pour le football féminin aux États-Unis… en particulier pour les deux sélections nationales.  

Ainsi entre 2016 et 2018, les matchs de l'équipe nationale féminine ont généré 50.8 millions de dollars, principalement grâce à la billetterie. L'équipe masculine a de son côté généré 49.9 millions de dollars. L’effet de la victoire lors de la Coupe 2015 a nettement profité aux femmes, qui étaient distancées auparavant. Pour vous faire une idée du phénomène populaire, ce sont 25 millions d’Américains qui étaient devant leurs téléviseurs lors de la finale entre États-Unis et Japon en 2015. Un record d’audience pour un match de football, tous sexes confondus outre Atlantique.

Alex Morgan, la star de l’équipe américaine a fait de l’égalité salariale son principal combat. Elle envoyait même une pique à ses confrères : « Nous devons faire plus en général - nous devons être l'athlète, nous devons être l’exemple, nous devons montrer la voie à la prochaine génération. Les athlètes masculins font-ils cela ? Pensent-ils à quelqu'un d'autre qu'à eux-mêmes ? Je ne sais pas. Ce poste comporte bien plus d'un emploi et nous sommes beaucoup moins payés. »

Alex Morgan, l’icône mondiale attend son heure

Le 11 juin dernier, Alex Morgan s'est offert un quintuplé lors de la plus grande démonstration de l'histoire en Coupe du Monde. Les États-Unis ont en effet infligé une véritable correction aux Thaïlandaises à Reims, leur collant un cinglant 13-0. Jamais dans l'histoire de la compétition une équipe n'avait autant été dominée. Symbole de cette Amérique toute puissante et favorite à sa propre succession, Alex Morgan a régalé. Propulsée star de l’équipe américaine après la victoire aux JO 2012, elle est la « postergirl » de la sélection et véritable aimant à sponsors. Hommes et femmes confondus, elle était classée 36e athlète le plus marketable du monde en 2018 par SportsPro Media. 

Pour 2019 et selon Money.com, Morgan devrait ainsi toucher 1 million de dollars. Son salaire en club ne représentant « que » 56 000$, l’essentiel de ses revenus viennent de ce que lui apporte Team USA (entre 400 000$ et 500 000$ en cas de victoire finale en 2019) et ses sponsors. Si la somme est considérable pour le football féminin, on est très loin de ce que touchent les hommes.

« Nous nous battons pour cela tous les jours. Ce n’est pas seulement l’équipe nationale, ce sont les femmes partout dans leurs industries. Je pense qu’aujourd’hui, les disparités entre les sexes sont de plus en plus prises en compte et reconnues. » - Alex Morgan à propos de son salaire et de la différence avec celui de ses confrères.

Ayant passé le cap des 100 buts en sélections cette année et figurant parmi les trois capitaines de Team USA, Morgan veut à tout prix rattraper l'échec des JO 2016. Si les Américaines restent une grande puissance du football mondial, ces olympiades restent l'un de leurs plus grands échecs. Pour la première fois, les États-Unis ne se qualifiaient pas en demi-finales d'un tournoi international. Elle ne veut plus connaître pareille désillusion : « Je vois les Jeux Olympiques de 2016 comme une source de motivation et d'encouragement car je ne veux jamais ressentir ce que je ressentais après ce tournoi. »

Ayant connu trois Coupes du Monde pour le moment, elle espère pouvoir pleinement briller à titre individuel cette année. Remplaçante de luxe en 2011, elle devait tout écraser en 2015. Malheureusement, les blessures la handicaperont, pour la laisser spectatrice du show Carli Lloyd. Enfin à 100% pour une Coupe du Monde, elle veut donc briller en France et ramener une nouvelle fois la Coupe à la Maison en 2019. C’est (très) bien parti.