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Atletico Madrid : l'art de se réinventer pour atteindre les sommets
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L'Atletico Madrid contre le Real Madrid le 27 juillet 2019 dans le New Jersey
L'Atletico Madrid contre le Real Madrid le 27 juillet 2019 dans le New Jersey ©Getty

Atletico Madrid : l'art de se réinventer pour atteindre les sommets

Cette saison, l'Atletico Madrid a encore perdu l'un de ses joyaux, pourtant, et comme depuis le début de l’ère Diego Simeone, l’autre club de la Capitale ne va pas du tout plaisanter.

Depuis plus de 7 ans, l’Atletico Madrid réussit l’exploit d’exister face aux deux plus grands clubs de football de la planète : le FC Barcelone et le Real Madrid. Avec des moyens limités en comparaison avec ceux des deux géants d’Europe, les Colchoneros parviennent à se mêler à la course à la Ligue des Champions et surtout à la Liga. Plus que des poils à gratter, en témoignent leurs deux saisons de suite devant le Real, les joueurs de Diego Simeone ont su devenir une alternative crédible. Pourtant, le club doit faire avec un prestige inférieur à celui de ces concurrents européens, et avec les envies de grandeur de ses joueurs. Malgré cette relative instabilité, l’esprit de guerrier insufflé par l’entraîneur des Rojiblancos demeure et l’équipe reste compétitive.

"Gagner la Liga lorsqu’on est en concurrence avec le Real Madrid et Barcelone est presque impossible. Au cours de la dernière décennie, ils ont eu une force de frappe incroyable et des joueurs incroyables. Mais avec un travail acharné, de la continuité et de la persévérance, nous l’avons remporté aussi avec de grands joueurs, car sans eux, nous n’aurions pas pu le réaliser." - Diego Simeone sur la victoire en Liga, en 2014

L’inévitable perte de la superstar

L’éternelle fuite des talents, voilà le mal qui frappe l’Atletico Madrid depuis de nombreuses saisons. Pour le moment, le club a su se relever à chaque fois par de judicieux recrutement. En 2013, Radamel Falcao alias "Monsieur 34 buts en 41 matchs"  part contre 60 millions d'euros pour Monaco. Pour pallier à son départ, l'Atletico mise sur la continuité en responsabilisant Diego Costa. Un an plus tard, le même Costa, fort d'une saison remarquable faite de 36 buts en 52 matchs, s’en va pour Chelsea. Cette fois, les Colchoneros n’ont d’autre choix que de mettre main à la poche et s’offrent un certain Antoine Griezmann contre 30 millions d’euros. Ce même été, Madrid perd son brillant portier Thibaut Courtois, qui revient de prêt pour Chelsea. Une perte colossale, elle aussi compensée avec succès grâce à la signature de Jan Oblak. Cet été, l’Atletico Madrid a perdu son leader offensif : Antoine Griezmann. Au club depuis maintenant 5 ans, le Français a signé au FC Barcelone en échange de 120 millions d’euros, le montant de sa clause libératoire. Malgré une belle armoire à trophées, l’attaquant a cédé aux sirènes du rival catalan. En effet, si l’Atletico est aujourd’hui un club qui compte en Europe, il lui manque ce qui fait la marque des grands : la Coupe aux Grandes Oreilles. 

Un léger manque

La fameuse Ligue des Champions, Zlatan en fait encore des cauchemars. Véritable obsession pour toutes les superstars du football mondial, le plus prestigieux trophée en club sert aujourd’hui de validation populaire. Si hier Chelsea dépensait des millions pour se constituer une équipe taillée pour la compétition, ce sont aujourd’hui Manchester City et le Paris St-Germain qui font de cette quête européenne un objectif, presque une obligation. À l’opposée de ces "nouveaux riches" du football, l’Atletico Madrid a vu ses ambitions européennes monter graduellement, logiquement. Malgré des résultats probants ces dernières années, on s’étonne presque de voir les Rojiblancos tutoyer de tels sommets.

Vainqueur de l’Europa League pour sa première saison sur le banc en 2012, Simeone a depuis fait des compétitions continentales l’un de ses terrains de jeu favoris : Finales de Ligue des Champions en 2014 et 2016 et nouvelle Europa League en 2018. Malheureusement, ces belles épopées (demi-finales en 2017 également) n’ont jamais été concrétisées par une victoire finale dans la plus prestigieuse des compétitions. Si le club connaît sa période la plus faste, avec 9 trophées sur les 10 dernières saisons, il manque cette fameuse Coupe aux Grandes Oreilles pour valider le travail titanesque d’un Simeone. Malheureusement tant qu’elle fera défaut aux Colchoneros, la fuite des (super)talents continuera… Les stars finissent par partir pour des clubs leur offrant plus de garanties sportives (et souvent financières). À Barcelone, Griezmann arrive dans une équipe où il n’est pas la star, et qui figure comme favorite annuelle à la victoire finale en Champions League. Pour un joueur de cette classe, avec cette ambition, le choix est logique.

Mercato 2019 : nouvelle passation

Comme à chaque fois que l’Atletico connaît une perte de cette ampleur, le club ne s’est pas reposé sur ses lauriers. Il a même grandement investi. En effet, Griezmann n’a pas été le seul cadre à quitter le navire madrilène cet été. Lucas Hernandez (vendu 80 millions au Bayern Munich) et Radri (vendu 70 millions à Manchester City), Filipe Luis (parti libre à Flamengo) et Diego Godin (parti libre à l'Inter) ont suivi. Le club a dû faire sa petite révolution d’effectif… et casser sa tirelire ! Depuis quelques saisons en effet, le club n’hésite plus à dépenser pour maintenir ses résultats sportifs. Si la balance reste dans le positif grâce aux ventes, l’Atletico sait qu’il est indispensable de réinvestir pour compenser les pertes des talents. Ces dernières saisons, Thomas Lemar (70 millions), Diego Costa (66 millions), Alvaro Morata (56 millions) ou Jackson Martinez (40 millions) ont ainsi tous été achetés au prix fort.

Fort de ses trois ventes colossales de 2019, l’Atletico a battu son record cet été en s’arrachant la pépite portugaise du Benfica Lisbonne Joao Félix pour 127.2 millions d'euros ! À 19 ans, le joueur a été verrouillé à double tour par les Colchoneros avec un contrat de 7 ans (!). Remplaçant d’Antoine Griezmann en tant que leader offensif de l’équipe, il porte également le numéro 7 précédemment porté par le Français. Au regard des matchs amicaux, il semble que Madrid a misé sur le bon cheval. Capable de créer le jeu, mais aussi de finir, cet hybride risque de faire des dégâts en Liga !

Lors de la saison passée, celle de l'éclosion, il a apporté 20 buts et 8 passes décisives en 44 matchs. Déjà complet, le milieu offensif est présenté comme l’héritier de Rui Costa. La légende portugaise ne tarit d’ailleurs pas d’éloges à l’égard du jeune homme : "Certains l’appellent mon héritier. Ou le nouveau Kaká. La vérité est que Felix est juste Felix. Il a un sens extraordinaire du jeu et une capacité rare : il peut deviner à l'avance ce qui se passera devant le but__. C'est un numéro 10 moderne, un deuxième attaquant avec un sens remarquable du but." Le quatrième joueur le plus cher de l’histoire s’apprête maintenant à faire le bonheur de l’Atletico. Ayant déjà pensé à la revente avec une clause libératoire à 350 millions d’euros selon AS, le club touchera le jackpot que finira par partir… comme tant d’autres joyaux Rojiblancos avant lui.

Simeone, quand la star est sur le banc

Si Joao Felix finira inéluctablement par partir, l’Atletico espère sans aucun doute que Diego Simeone restera pour encore de très longues années. Le bouillant entraîneur de Madrid, au club depuis 2011 a transformé l’équipe (et les joueurs) ; en témoigne son pourcentage de victoires impressionnant (61.31% en 429 matchs). Convoité de toutes parts, il a prolongé en février dernier jusqu’en 2022 pour devenir le coach le mieux payé au monde selon France Football. Véritable garant de l'identité d’un club où il a longtemps évolué en tant que joueur, l'Argentin est aujourd'hui le véritable leader de l'Atletico. 

Jouer, c'est amusant, mais pour défendre, il faut avoir des couilles. 

- Diego Simeone, après le match nul 1-1 de ses joueurs en Angleterre, en infériorité numérique pendant 80 minutes, contre Arsenal. Il avait été expulsé lors de la rencontre.

Souvent à la limite, ce coach à l'esprit guerrier a rendu possible l'effectif riche de ses dernières années. Ayant la pleine confiance de ses joueurs, Simeone a été l'un des éléments clés de la conservation de l'ossature Godin-Koke-Griezmann lors des derniers exercices. Si aujourd’hui l’Atletico propose une alliance efficace de physique et de talents, l’Argentin est loin d’y être étranger. Connu pour ses coups de sang et déclarations fracassantes, sa culture de la gagne et de l’effort séduisent. En bref, l’icône de l’Atléti, c’est bien lui… Et pour 2019-2020 comptez encore sur ses guerriers pour donner des poux dans la tête au Real et au Barça.

La saison où nous avons remporté la Ligue Europa à Fulham en 2011, il avait un lien très fort entre le public et les joueurs. C'était le début d'un nouveau cycle. Dès le début, nous savions ce que nous voulions. 

- Diego Simeone, sur le moment-déclic pour l’Atletico