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Tony Parker à l’américaine : joueur star et businessman
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Tony Parker le 26 novembre 2016
Tony Parker le 26 novembre 2016 ©AFP

Tony Parker à l’américaine : joueur star et businessman

Ce lundi 10 juin, Tony Parker a annoncé sa retraite. Le plus grand basketteur français de l’histoire laisse derrière lui un héritage immense et n’aura jamais eu à rougir face aux cadors américains.

À 37 ans, Tony Parker a donc décidé de mettre un terme à son immense carrière de joueur. En NBA depuis 2001 (!), le meneur français a marqué l'histoire de son sport. Oui, il est le plus grand basketteur français de l'histoire, mais il est aussi une légende NBA à part entière. Préférant arrêter en ses termes avant d'être poussé vers la sortie, il a su une nouvelle fois dicter le tempo. Businessman, Tony Parker n'a rien à envier à ses confrères également présents dans l’entrepreneuriat. Hors du basket, le petit Frenchie a réussi là où beaucoup ont échoué en préparant soigneusement son après-carrière.

« Beaucoup de choses différentes m'ont conduit à cette décision, mais en fin de compte, je me suis dit, si je ne peux plus être Tony Parker et si je ne peux plus jouer le titre, alors je ne veux plus jouer au basket-ball. » a expliqué Tony Parker à The Undefeated.

San Antonio, son équipe de (presque) toujours

Arrivée en NBA en 2001, Tony Parker est sélectionné en 28e position de la Draft par les San Antonio Spurs. Une place anecdotique qui ne laisse en rien présager la glorieuse carrière qui l'attend. Il débute d'ailleurs dans la peau de remplaçant. Mais très vite, Gregg Popovich, le place titulaire. Pour sa première saison, TP joue ainsi 77 matchs pour des moyennes tout à fait honorables de 9.2 points, 4.3 passes et 2.6 rebonds en 29.4 minutes de jeu. Cela lui permet même d'être sélectionné au sein de la meilleure équipe des débutants. Cette distinction fait de lui le premier meneur étranger à avoir un tel honneur. Désormais solidement installé, il connaît son premier titre NBA dès sa deuxième année au sein de la ligue. Si les playoffs sont loin d'être une partie de plaisir pour lui, il apprend et repart avec le trophée suprême. Aux côtés de Tim Duncan et Manu Ginobili, il remportera trois titres de plus. 

De plus en plus important dans le jeu des Spurs, Parker connaît sa première sélection au All-Star Game, le match des étoiles, en 2006 (cinq autres suivront). En 2007, pour son troisième titre avec les Spurs, il est même élu meilleur joueur des Finales NBA. L'éternel lieutenant de Tim Duncan est devenu un taulier bis.

Son pic individuel se situe assurément entre 2009 et 2014. Désormais leader offensif de sa franchise, il est aussi reconnu par les journalistes avec 4 sélections au sein des trois meilleures équipes NBA de la saison et 4 sélections au All-Star Game sur la période. Une fois l'éclosion de Kawhi Leonard venue lors des Finales NBA 2014, Parker a l'intelligence, comme Duncan avant lui, de se mettre un retrait. Après le titre cette même année, la franchise semble alors partie pour un nouveau cycle victorieux. Malheureusement, les années commencent à faire leur effet les tauliers n'ont plus le même jus. En 2016-2017, après la retraite de Tim Duncan, les Spurs repartent donc derrière deux nouveaux leaders clairs : Kawhi Leonard et LaMarcus Aldridge. Tony Parker et Manu Ginobili sont désormais des éléments du collectif. Par ailleurs, le trio qu’ils auront formé avec Duncan reste à ce jour le plus victorieux de l’histoire de la NBA.

Très bien parti dans ces playoffs 2017, les Spurs perdent leur meneur lors du Game 2 face aux Houston Rockets. Pour la première fois de sa carrière, à 34 ans, TP connaît une grave blessure : rupture du tendon au quadriceps gauche. Après un record de 221 matchs de playoffs NBA de suite, il est contraint de laisser les siens. Malheureusement, cette blessure marque un véritable tournant dans la carrière du meneur. 

De retour 5 mois plus tard, en novembre 2017, il a perdu son statut de titulaire et n'est plus le même joueur. Après cette saison sans saveur, Parker tente alors un dernier challenge : il va retrouver Nicolas Batum aux Charlotte Hornets. Toujours dans la peau d'un remplaçant (de Kemba Walker), il réalise une saison 2018-2019 solide. En 56 matchs, il apporte ainsi 9.5 points, 3.7 passes et 1.5 passe par match. Malheureusement pour lui, il connaît une première en carrière et c'est sans doute le plus impressionnant : sa franchise ne se qualifie pas en playoffs. Tony Parker aura dû attendre sa 18e saison pour regarder les phases éliminatoires à la télé. Ayant une deuxième année de contrat à Charlotte, il a préféré arrêter : « Je n'ai jamais joué au basket-ball pour de l'argent et je n'ai jamais joué au basket uniquement pour m'amuser. Je veux gagner. » Les Hornets ne pouvaient pas lui offrir de garanties sportives à ce niveau.

Le patron de l’Équipe de France

Outre la NBA, Tony Parker n'a jamais oublié de mouiller le maillot pour l'équipe de France. Pourtant, on sait à quel point il est compliqué pour les joueurs de la Grande Ligue d’être disponibles avec leurs sélections. En effet, les assurances en cas de blessure ne couvrent généralement pas ces matchs-. Avec les contrats à huit ou neuf chiffres que signent les stars NBA, cela pose généralement problème… mais pas pour Tony qui se sera donné corps et âme pour le maillot bleu jusqu’à sa retraite internationale après les JO 2016.

Leader d'une génération dorée est finalement récompensé de ses efforts lorsqu’il remporte l'EuroBasket en 2013 en étant élu meilleur joueur du tournoi. N'ayant jamais lâché face à l'ogre Espagnol et après 6 campagnes infructueuses, il savoure ce titre comme rarement. Également présent aux Mondiaux et Jeux Olympiques, Parker n'a jamais réussi à porter les siens jusqu'au podium dans ces compétitions. Si ce n'est pas faute d'avoir essayé, les Bleus sont toujours tombés sur plus forts qu'eux. Lors du Mondial 2014, où la France termine à une magnifique troisième place, il n'est malheureusement pas du voyage. Après son titre NBA remporté quelques mois plus tôt, il préfère se reposer, à raison. À ce jour, Parker reste le deuxième scoreur de l'histoire de l'EuroBasket derrière son éternel rival Pau Gasol.

Le discours exceptionnel de Tony Parker à la mi-temps de France-Espagne lors de l’EuroBasket 2013. En seconde période, les Bleus inverseront la tendance.

Tony Parker, le style américain

Si dans les accomplissements sportifs Tony Parker fait partie du gratin, il a aussi multiplié les expériences hors des parquets. À la manière des Shaquille O’Neal, Michael Jordan, Magic Johnson ou encore LeBron James, le joueur s’est mué en businessman et homme d’images. 

S’inspirant de certains de ses confrères, il s’essaye notamment au rap. Si TP est loin d’être le meilleur dans le domaine, à l’image d’un Allen Iverson, il connaît un certain succès commercial. Pour son album, le frenchie collabore avec Jamie Foxx, Booba, Soprano ou encore K-Reen. Le single Balance-toi est même numéro 1 du top 50 en première semaine d'exploitation, il y restera onze semaines de suite. Malgré ce beau succès, l’album ne décolle pas et la critique est catastrophique. Il ne réitère pas l’expérience. Depuis, il s’est plutôt tourné vers le cinéma. Depuis 2016, TP a en effet produit huit films, le plus souvent américains, dont le remarqué The Birth of a Nation.

L’ASVEL, son grand projet

Souhaitant avoir des projets longs termes hors de sa carrière de joueur, il investit en 2009 dans le mythique club de l'ASVEL. TP achète ainsi 20% des parts. 5 ans plus tard, le joueur décide d’acheter le club en devenant actionnaire majoritaire.

« J'ai décidé de racheter tout le club. Maintenant je suis actionnaire majoritaire et à partir de fin mai je serai président de l'Asvel. Je pense que l'heure est venue. J'ai envie de profiter de la vague ultra positive qui porte le basket français depuis notre titre à l'Euro et de maîtriser tous les dossiers. » - annonce Parker en 2014.

Depuis l'ASVEL a bien évolué. Entre projet de nouvelle salle, participation à la prestigieuse Euroleague la saison prochaine et discussion avec Jean-Michel Aulas pour un rapprochement avec l'OL, les dossiers ne manquent pas. Visant également le basket-ball féminin, Parker a racheté l'équipe féminine de Lyon Basket en 2017. L'équipe, depuis renommée Lyon ASVEL féminin, est championne de France en titre et qualifiée pour l'Euroleague. Ayant pour objectif de faire de l’ASVEL « un des plus grands clubs en Europe », TP est bien parti. Son grand ami Nicolas Batum a même investi à hauteur de 5% dans la holding Infinity Nine Sports, qui gère l'ASVEL masculin et féminin, mais aussi la Tony Parker Academy.

Tony Parker, le businessman

Poursuivant sur le côté businessman, Tony Parker a lancé sa marque de vêtements Wap Two (un nom qui représente ses initiales William Anthony Parker II – NDLA) en 2013. D'abord disponible sur Internet et à la Halle (un de ses partenaires), l’entreprise prend ensuite son envol et double son chiffre d'affaire entre 2013 et 2015. Pour cette expérience, Parker fait encore contribuer ses potes du basket-ball. C’est ainsi Boris Diaw, coéquipier en Équipe de France et aux Spurs qui réalisera l’un des shootings photos. Aujourd’hui, la marque semble toutefois à l’arrêt. Ainsi, les derniers posts sur les réseaux sociaux datent de 2017 et le site n’est plus accessible.

Dans un tout autre domaine, Tony Parker est aussi propriétaire de la station de ski de Villard-de-Lans. C’est en 2019, et après un an de négociations, qu’il est devenu actionnaire majoritaire de la SEVLC (pour société d'équipement de Villard-de-Lans et de Corrençon-en-Vercors). L'entreprise gère notamment les 22 remontées mécaniques des stations. Dans cet investissement, il est à nouveau accompagné par Nicolas Batum. Désormais dans le business du loisir de montagne, TP a une vision long terme : « J'ai trouvé ce projet cohérent. Pour que la station ressemble à ce que je souhaite, il faudra six ou sept ans. »

Tirant un trait sur ses 5.25 millions de dollars pour sa dernière année de contrat, Tony Parker a prouvé qu'il ne jouait pas pour l'argent. Il faut dire qu’avec 165.8 millions de dollars empochés en carrière rien que par ses salaires NBA, le joueur s’est normalement mis à l’abri. En diversifiant ses projets, TP tente de prolonger le succès sportif sur un autre terrain. L’avenir nous dira si le Parker-businessman est aussi bon que le Parker-joueur. Autrefois aimant à sponsors, le meneur a fait un virage dans sa carrière comme le soulignait L’Équipe en mars dernier : « le Français a opéré une réorientation à la baisse de ses activités business, avec une réduction de son nombre de partenaires ‘visibles’ au profit de prises de participations et d'investissements importants dans des projets immobiliers d'envergure. » Il a tout de même empoché 13.3 millions d’euros en 2018.