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Diandra Tchatchouang : confinée mais engagée
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Diandra Tchatchouang sous le maillot de Lattes-Montpellier (crédit Hervé Bellenger)
Diandra Tchatchouang sous le maillot de Lattes-Montpellier (crédit Hervé Bellenger)

Diandra Tchatchouang : confinée mais engagée

Alors qu’un déconfinement progressif doit débuter ce lundi 11 mai, comment les athlètes de haut-niveau vivent-ils cette situation ? L’ailière de l’équipe de France de basket et de Lattes-Montpellier Diandra Tchatchouang reste fidèle à elle-même. À savoir une femme engagée bien au-delà du sport

On s’accroche.” C’est en ces mots que Diandra Tchatchouang (28 ans, 1m89), trois fois médaillée d’argent à l’Euro avec l’équipe de France de basket (2013, 2015 et 2017) nous évoque son confinement à Montpellier. Et de nuancer, “je n’ai pas à me plaindre. Il fait beau et j’ai une terrasse. Puis cette situation inédite c’est l’occasion de faire des choses qu’on n’aurait pas l’habitude de faire en temps normal.Comme lancer son propre podcast par exemple. La native de Villepinte (Seine-Saint-Denis) n’est pas encore retraitée des parquets qu’elle pense déjà à son après-carrière.Super Humain”, le nom de son podcast, présente des sportifs de haut niveau au parcours semé d’embûches, d’épreuves, de désillusions, voire parfois de drames. Écrit et produit par l’internationale héraultaise (87 sélections), ce nouveau format a pour but d’inspirer en mettant en lumière des hommes et des femmes qui ont su faire des difficultés de la vie une force.

Ainsi, dans le premier épisode sorti le 23 avril et enregistré avant le début du confinement dans des locaux de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Diandra s’entretient pendant près d’une heure avec Aristide Barraud, ex rugbyman du Stade Français, qui a reçu trois balles de Kalachnikov lors des attentats du 13 novembre 2015. Avec lui, elle revient sur son parcours depuis son enfance afin de mieux comprendre comment le sport l’a aidé à faire face à ce drame et à envisager sa reconstruction. Parmi les autres grands thèmes à venir, les prochains épisodes aborderont les questions de la guerre en Afghanistan et de l’exil avec Nadia Nadim joueuse au PSG et chirurgienne, la place de l’homosexualité dans le monde du sport avec le joueur de volley Loïc Alphonse, ou encore le combat des sportives pour revenir après une grossesse en compagnie cette fois-ci d’Estelle Mossely.De nombreux podcasts ont émergé pendant le confinement. ‘Super Humain’ devait voir le jour dans ces eaux-là quoi qu’il arrive même si le confinement a un peu accéléré les choses”, confie Diandra.

Ce projet a été pensé il y a un an.J’ai été contacté en mai 2019 par des proches de ma famille qui souhaitaient créer une plateforme pour que les sportifs s’expriment sur des sujets en lien avec le sport. J’étais intéressée par l’idée, mais je voulais surtout qu’il y ait un angle extra-sportif. Mon ambition c’est de raconter des histoires au-delà du sport pour permettre aux personnes qui écouteraient le podcast d’être inspirées par les vies de mes invités.” C’est aussi une manière pour elle de sortir de son quotidien de sportive professionnelle pour évoquer autre chose que la pratique du sport qui rythme sa vie depuis plus d’une dizaine d’années déjà.

Lutter contre le coronavirus et bien plus encore

Diandra a grandi à La Courneuve. Elle est très fière d’être née dans cette “pépinière à talents” qu’est la Seine-Saint-Denis, au point d’avoir choisi le numéro 93 pour habiller ses maillots. Outre le symbole, elle joint le clin d’œil aux actes. En effet, depuis le début de l’épidémie de coronavirus en France la joueuse vient en aide à son département de naissance, le plus pauvre de France, et parmi les territoires les plus touchés. La double championne de France avec le Tango Bourges basket (2015, 2018) coordonne depuis Montpellier la fabrication et la livraison de masques pour les personnels soignants en Seine-Saint-Denis dans le cadre de l’opération “À vos masques citoyens”. Une façon pour elle de rendre au 93 ce qu’il lui a offert, malgré la distance.À la base, Impulsion 75 (organisme de formation et d’accompagnement dont le projet associatif s’inscrit depuis 2008 dans la lutte contre le décrochage scolaire et le chômage, notamment des plus jeunes, ndlr) avait déjà une action en faveur du personnel soignant et on a ajouté avec l'équipe ‘l'Impulsion du cœur’, représentée par pas mal de sportifs dont Teddy Riner et Martin Fourcade. On a lancé cette opération pour toute la Seine-Saint-Denis, mais elle démarré à La Courneuve”, confie Diandra. Et c'est là que le rôle de la basketteuse devient prépondérant. Passionnée de mode (elle fait sa première couverture avec le magazine américain Afropolitain en 2018), c’est par le biais de cette passion qu’elle réussit à contacter des personnes dans le monde de la couture afin de l’aider à mettre en place son projet.Tous ont accepté vraiment rapidement. Dès qu’on a eu leur feu vert, on s’est rapproché du maire de la Courneuve puis du préfet pour que les couturiers mobilisés puissent retourner au plus vite dans leurs ateliers afin de confectionner les masques. J’ai passé des heures au téléphone pendant deux semaines pour mettre tout cela en place.” Le résultat, c’est un réseau de trente couturiers parmi lesquels des mères de famille de Seine-Saint-Denis qui réalisent bénévolement des masques pour le personnel soignant du département.

Vous l’aurez compris, en plus d’être une basketteuse hors pair, l’internationale tricolore est une athlète et une femme engagée. Si en ce moment “A vos masques” occupe une bonne partie de son temps, situation sanitaire oblige, elle s’investit également beaucoup pour son département de naissance tout au long de l’année. Avec l’aide de son équipementier Nike, elle a lancé “Take Your Shot” pour accompagner les jeunes filles et les aider à atteindre leurs rêves. Son challenge ? Pousser les jeunes basketteuses de Seine-Saint-Denis à croire en leurs rêves, en se donnant les moyens de réussir. Voilà qui se traduit par une journée de sensibilisation à la pratique féminine du basket et aux parcours d’excellences, entièrement dédiée aux jeunes basketteuses. L’idée étant de dépasser les frontières du sport et du basket en faisant intervenir d’autres personnalités féminines.

Autre corde à son arc : “Study Hall” ou “salle d’étude” en anglais. L’utilisation de cette dernière langue renvoie aux années américaines de Diandra qui a évolué en NCAA à l’université du Maryland entre 2009 et 2011.C’est un dispositif de soutien scolaire proposé au sportif de La Courneuve. Le but est d’éloigner les enfants des mauvaises influences. Je me suis demandé ce que j’aurais aimé avoir à l’époque avant de lancer ce projet. Car sans le basket, on ne sait pas ce qu’il aurait pu arriver”, affirme-t-elle aujourd’hui. Le programme est en ce moment en pause pour ne pas exposer les bénévoles au coronavirus.

Et elle dans tout cela ?

Au détour d’une conversation sur la manière dont elle occupe ses journées pendant le confinement, Diandra nous avoue être très croyante et profiter des restrictions actuelles pour lire la Bible. C’est probablement de là que lui vient cette irrépressible envie d’aider son prochain. À tel point qu’elle en aurait presque du mal à parler d’elle. Or, comment fait-elle pour s’entraîner ? Comment juge-t-elle le report des Jeux de Tokyo à l’été 2021 ? Quid de l’Euro qui doit avoir lieu la même année ? Quelle pratique sportive à la sortie du confinement ?

Si elle continue de s’entraîner au poids du corps, elle ne nie pas avoir besoin de matériel spécifique pour aller plus loin. En revanche, concernant la reprise des entraînements c’est le flou le plus total.Aujourd’hui, comme dans beaucoup de sports, il est très difficile de se projeter__. Il n’y a pas de dates établies. On est dans l’attente. Je ne sais pas quand je vais pouvoir m’entraîner en individuel et j’en sais encore moins à propos des entraînements collectifs. Le déconfinement ça va changer pour les gens qui vont au boulot par exemple. Mais pour nous sportifs professionnels, on pourra simplement sortir plus longtemps et donc faire des séances plus longues.

Loin d’être abattue par le report des Jeux, elle préfère voir le verre à moitié plein. “J’ai pris cette décision de manière positive. La priorité n’est clairement pas au sport.” En attendant, elle en profite pour avancer dans sa formation à distance avec Sciences Po Paris qu’elle a débuté il y a deux ans. Elle rêve aussi de journalisme.C’est quelque chose qui me plaît. Est-ce que je veux faire que ça après ma carrière ? On verra.” Il lui reste encore un peu de temps pour y penser. Début avril Diandra Tchatchouang a prolongé son contrat avec le club vice-champion de France jusqu’en 2022.