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Big3 : comment Ice Cube a imposé sa ligue de basket en seulement deux ans
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Yakhouba Diawara s'apprête à shooter devant Ricky Davis lors d'un match de la Big 3 entre Tri State et Ghost Ballers, le 3 août à Chicago
Yakhouba Diawara s'apprête à shooter devant Ricky Davis lors d'un match de la Big 3 entre Tri State et Ghost Ballers, le 3 août à Chicago ©Getty

Big3 : comment Ice Cube a imposé sa ligue de basket en seulement deux ans

Aux États-Unis, l’été est généralement calme pour le sport. Hormis le baseball, les fans n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Mais ça, c’était avant la Big3.

Après sa très intense saison, la NBA prend une pause bien méritée entre mi-juin et octobre. Les fans de la balle orange sont privés de leur sport favori pendant plus de 3 mois. Face à ce constat, la Big3 a décidé de servir d’alternative pour les mordus de basket-ball, ajoutant une dose de show en plus. Fondée il y a deux ans par Jeff Kwatinetz et Ice Cube, la ligue monte outre-Atlantique. Pour en savoir plus sur cette fameuse Big3, nous avons pu bénéficier des précieuses explications de l’un des joueurs de l’organisation : le Français Yakhouba Diawara. Arrivé non-drafté en NBA après un cursus universitaire aux États-Unis, il y aura joué de 2006 à 2010. Restant « le premier joueur de la banlieue française en NBA », Yakhouba Diawara évolue aujourd’hui dans la Big3. Resté aux États-Unis après la fin de sa carrière dans la prestigieuse ligue américaine, il ne dirait pas non à un retour et profite de l’été pour se montrer.

Qu’on ne s’y trompe pas : même s’il y a surtout des anciens, la ligue n’est pas non plus une maison de retraite : « Le 3 vs. 3 c’est beaucoup plus physique. Sur demi-terrain, il faut des décisions rapides. Tu dois shooter en moins de 14 secondes. Dès que t’as le rebond tu dois revenir à la ligne à trois-points. T’enchaînes au fur et à mesure. Tu n’as pas le temps de prendre le temps par rapport au 5 vs. 5. C’est plus dynamique pour les supporters. C’est sur demi-terrain donc les fans sont plus proches. Le match dure moins d’une heure donc les gens n’ont pas à rester assis pendant 3 heures et voir un match de basket. »

Pourquoi la Big3 est différente du reste ?

Dans la Big3, les matchs se font en 3 trois 3 et non en 5 contre 5. On retrouve aussi l'esprit du street dans ce qui se veut être un véritable show. En ce sens, la ligue a développé trois zones à 4-points ! Au sein de la ligue, qui cible les anciens joueurs NBA en priorité, l'âge minimum est de 27 ans. Lors du lancement de la Big3, la limité fixée était à 30 ans. Face au succès de l'organisation et au turnover des effectifs observés en NBA, l'âge a donc été abaissé. 

Pour le recrutement des joueurs, le Big3 a imité le système NBA en organisant sa propre draft. Celle-ci permet de remplir les effectifs des différentes équipes. Yakhouba Diawara nous a expliqué son fonctionnement : « ils font des essais au mois de mai. Ils m’ont invité. C’est à toi de faire tes preuves sur place. Le soir, il y a la draft. Les 12 équipes peuvent sélectionner trois joueurs. Il y a donc trois tours. J’ai été sélectionné au premier tour, en sixième position. »

Composée de 12 équipes, la ligue compte autant de coachs de prestige servant d'ambassadeurs à l'organisation. Ceux-ci n'ont pas spécialement les compétences ou d'expérience dans le domaine, mais permettent de prolonger le show et/ou de rendre la ligue crédible. Gary Payton, plus grand trashtalkeur de l'histoire de la NBA,Charles Oakley, légende des Knicks, Lisa Leslie, légende WNBA, sont ainsi tous en poste.

« Ils ont su faire une bonne promo. Ils ont aussi su ramener les anciens joueurs que les gens voulaient voir. La première année, ils ont signé Allen Iverson, une grande figure du playground à l’époque. Comme les fans connaissaient le joueur, ils se sont intéressés à la ligue. Le patron c’est Ice Cube ; souvent les rappeurs aiment les basketteurs et réciproquement. Le concept s’est bien développé. Aujourd’hui, on remplit des salles de 18 000 places. Au niveau marketing, ils ont très bien travaillé. » explique Diawara. Le joueur ajoute que le show est crucial, surtout dans le marché américain suralimenté : « Le basket est un spectacle. Il y a des matchs, à la mi-temps, il y aura un concert ou un show de dunks. Ils iront chercher des supporters pour tirer à la ligne à 4-points. Les gens aiment le basket, mais viennent aussi voir un spectacle ; c’est pour ça qu’en deux ans la Big3 s’est imposée. »

Quand Ice Cube se charge de mettre l’ambiance...

En peu de temps, la Big3 a donc réussi à s'imposer dans le paysage américain. Diffusée sur la puissante CBS et sponsorisée par Adidas, la ligue peut aussi compter sur des joueurs de prestige au sein des effectifs (Allen Iverson, Corey Maggette, Joe Johnson, Nate Robinson, Amar’e Stoudemire). Offrant un salaire confortable (10 000$ par match au minimum, paiement après chaque match, les joueurs sélectionnés à la draft touchent au minimum 100 000$), la Big3 est vue comme une opportunité de pige dorée ou de plateforme pour ceux qui souhaitent un retour en NBA : « C’est une opportunité pour les joueurs et pour les gens. Hormis le baseball, il n’y a rien l’été aux États-Unis. Pour les joueurs qui veulent tenter un retour, c’est une opportunité pour se montrer auprès des scouts NBA. Ça peut ouvrir des portes. » 

Cette saison, s’il y a bien un joueur qui a impressionné, c’est Joe Johnson. Pour son premier exercice dans la Big3, le joueur a terminé meilleur marqueur, meilleur passeur et premier au nombre de quatre-points (4). Pour Diawara, c’est simple : « Joe Johnson est le seul qui est au-dessus du lot. » À 38 ans, l’ancien des Hawks a tellement impressionné qu’il ferait des entraînements pour des franchises NBA en vue de la saison prochaine. Les Clippers, 76ers et les Bucks seraient intéressés selon le journaliste Marc J. Spears. Avec ce joueur, la ligue a servi de parfaite plateforme.

Yakhouba Diawara, la vie d’un ancien NBAer français aux États-Unis

Pour sa première saison à la Big3, avec l’équipe Tri-State, Yakhouba Diawara ne repart qu’avec de bons souvenirs. En jouant aux États-Unis, il est visible : « Je suis à la Big3, je continue de jouer, j’ai toujours cette faim. Si une équipe NBA vient me voir et me demande de faire un workout, il n’y a pas de problème. Je pense que cette ligue est un tremplin aussi. Les gens qui ne t’ont pas vu depuis longtemps te voient à la Big3 et se disent ‘OK, il est en forme’. La porte est toujours ouverte tant qu’on ne la ferme pas. »

S’il enchaîne les piges en Europe depuis son départ de la NBA en 2010, le Français ne se voit pas quitter les États-Unis : « Mes enfants sont nés ici. Je suis arrivé ici en 2000. J’ai fait les universités. La vie me plaît énormément. On fait moins de différence ici par rapport à l’Europe et ça me plaît aussi. La NBA est un business. Quand t’es fort, on t’aime bien. Sinon on te ferme la porte pour pousser les plus jeunes. On essaye d’avancer. »

Aux États-Unis pour de bon, il apprécie aussi la mentalité autour de son sport aux pays de l’oncle Sam. Par rapport à la France, le sport est roi et les performances priment sur le reste : « T’es un Européen, tu viens aux États-Unis, tu viens prendre leur place. C’est à toi de te faire respecter. Tu dois arriver et avoir les crocs. Tu te donnes à fond et l’objectif est de ne pas avoir de regret. C’est ce que j’ai fait. En étant européen, même si tu ne t’imposes pas aux États-Unis, tu peux toujours revenir en Europe. On a deux chances. »

« Aux États-Unis, que tu sois noir, vert, jaune ou blanc, tant que tu fais le boulot, on te respecte. »

Si les salaires sont aussi élevés outre-Atlantique, c’est parce qu’il y a une solidarité rare. La NBA reste un business, mais les joueurs sont prêts à faire grève pour que les salaires minimum soient augmentés. Impensable dans d’autres sports : « Le basket est le seul sport où les joueurs contrôlent. En NFL, ce sont les propriétaires. Dans le syndicat des joueurs, il y a des anciens et ils se serrent beaucoup les coudes. C’est ce qui fait notre force. »

Pour la suite, s’il garde le rêve NBA dans un coin de la tête, il s’attend surtout à revenir en Europe pour des piges : « Je m’entraîne tous les jours. J’attends les propositions en Europe pour les mois de septembre/octobre et faire une saison. Ensuite, on reprend la Big3 pour l’été. Tant que mon corps me dit oui et que je prends du plaisir, je vais continuer à jouer ! »