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Andy Murray : des victoires, des défaites et une sacrée personnalité
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Andy Murray aura remporté 45 titres dont 3 Grands Chelems durant sa carrière
Andy Murray aura remporté 45 titres dont 3 Grands Chelems durant sa carrière ©Getty

Andy Murray : des victoires, des défaites et une sacrée personnalité

Plombé par les blessures Andy Murray dispute selon toute vraisemblance sa dernière saison. Le Britannique laissera un grand vide dans le tennis mondial.

Illustre membre du Big Four composé de Rafael Nadal, Roger Federer, Novak Djokovic et de lui-même, Andy Murray va être le premier à raccrocher sa raquette. Perturbé depuis bien trop longtemps par une blessure à la hanche, le Britannique va vraisemblablement opter pour une opération. Pas une opération pour revenir au plus haut niveau, mais une opération pour vivre mieux tout simplement. C’est lors d’une conférence de presse émouvante que Murray a annoncé sa décision. Wimbledon devrait être son tout dernier tournoi :

« Je me bats depuis longtemps__. Je souffre beaucoup depuis probablement environ 20 mois. J'ai pratiquement fait tout ce que j'ai pu pour que ma hanche soit mieux. Cela n’a pas aidé pour les entraînements. Je suis dans un meilleur état qu’il y a six mois, mais je souffre toujours beaucoup. Ça a été dur. []  Vers la mi-décembre, quand je m’entraînais, j’ai parlé à mon équipe et je leur ai dit : ‘Je ne peux pas continuer comme ça’. J’avais besoin d’un point final car je jouais sans avoir la moindre idée du moment où la douleur allait s'arrêter. J'avais envie de prendre cette décision. J’ai dit à mon équipe : ‘Écoutez, pense que je pourrai traverser ça jusqu’à Wimbledon. C’est là que je voudrais arrêter de jouer’. Mais je ne suis pas certain d’être capable de le faire. »

Éliminé au premier tour de l’Open d’Australie après une énorme bataille en cinq sets contre Roberto Bautista Agut, l’Écossais quitte Melbourne avec panache. Jamais vainqueur à la Rod Laver Arena, il s’en va avec un record : 5 finales perdues à l’Open d’Australie. S’il n’a pas le palmarès le plus ronflant du jeu, celui qui a bien failli être un éternel loser est une légende à part entière. D’ailleurs, le double vainqueur du tournoi de Wimbledon aura droit à sa statue au prestigieux All England Club.

Toujours placé, rarement gagnant 

Comme un certain Ivan Lendl, Andy Murray a d’abord brillé par sa capacité à perdre en finale. Ayant pour malheur d’évoluer en même temps que trois joueurs qui figurent parmi les meilleurs de tous les temps, le Britannique a longtemps été barré par eux aux portes du sacre. Avec un pourcentage de victoires en carrière à 77.63%, celui-ci tombe à 27.27% en Finale de tournoi du Grand Chelem. Murray perdit même ses quatre premières finales et sembla, à l’époque, être un joueur maudit. En tout, il joua onze finales pour trois victoires. Battu par Djokovic (5 fois) et Federer (3 fois), l’Écossais n’a pas à rougir de ces défaites cruelles, mais logiques. En dehors de ces tournois, il est à souligner que le Britannique a toujours été bien plus tranchant. Toutes compétitions confondues, il est ainsi à 67% de victoire en finale, dont 67% en finale de Masters 1000 (les tournois les plus prestigieux derrière les Grands Chelems). Plutôt solide pour un perdant.

Un palmarès plus que sérieux 

Au-delà des défaites, Andy Murray c’est donc aussi des victoires, beaucoup de victoires.  Au moment où j’écris ces lignes, on est très précisément à 663 en carrière. Déterminé à enfin remporter un tournoi du Grand Chelem après ses trois premières finales perdues, le Britannique engagea la légende Ivan Lendl en 2012. Vainqueur de huit tournois du GC, le Tchèque aura perdu onze finales en tout... dont les quatre premières disputées. Autant dire que le goût amer de la défaite, il connaît. Après huit mois sans entraîneur, le Britannique recruta la légende pour passer ce cap fatidique et cela porta ses fruits ! Après une finale perdue à Wimbledon cette année-là, Andy s'imposa à l'US Open. Face à Novak Djokovic, il remportait un véritable combat de cinq sets pour s'offrir son tout premier tournoi du Grand Chelem en cinq finales. La malédiction était vaincue, mais le plus dur restait à faire : remporter « son » Wimbledon. 

Il y parviendra un an plus tard, là encore contre Novak Djokovic. 77 ans après, le Britannique Fred Perry avait enfin un héritier. Le statut de légende du royaume était ainsi pleinement validé. L’Angleterre pouvait alors oublier la sortie médiatique remarquée pré-Coupe du Monde 2006 : « je supporterai qui vous voudrez sauf l’Angleterre » avait-il dit. Les tabloïds s’en étaient donné à cœur joie. Toujours en 2012, il remporta même les Jeux Olympiques de Londres. Bref, l'image de loser qui lui collait à la peau n'était plus qu'un lointain souvenir… et c’est désormais celle de héros national qu’il adoptait. En 2016, il connaîtra sa meilleure campagne avec trois finales de Grand Chelem pour un titre, à Wimbledon. Murray remporta également les Jeux Olympique et les ATP Finals cette année-. C'est donc un joueur avec quatorze Masters 1000, trois tournois du Grand Chelem, deux médailles d'or Olympiques et quarante-cinq titres en tout qui quitte le tennis. Ce n’est pas pour rien qu’il est le tout premier tennisman à être fait chevalier. 

Des préoccupations au-delà du court de tennis

Au-delà des titres, Sir Andrew Barron Murray était une véritable figure du circuit ATP. N’hésitant pas à s’exprimer sur des sujets forts, il a souvent mis son statut au service de causes nobles. Le Britannique est par exemple un fervent défenseur du tennis féminin. Engageant Amélie Mauresmo comme coach en 2014 ou demandant à Wimbledon de mettre plus de femmes sur le Court Central, il est presque seul à s’exprimer vigoureusement en faveur des femmes dans son sport. Murray va aussi au-delà de sa discipline sur cette question. On se souvient ainsi de son coup de gueule après le traitement médiatique suite au titre de Katarina Johnson-Thompson aux championnats d'Europe : « Pourquoi le sujet sur la médaille d'or de Johnson Thompson est en 22e position sur la page d'accueil de BBC Sport ? C'est une vaste blague ». 

Il y eut aussi sa fameuse correction auprès d’un journaliste à Wimbledon en 2017. Suite à la qualification de Sam Querrey en demi-finale du tournoi, le reporter interpella le Britannique : « Sam est le premier joueur Américain à arriver en demi-finale d’un Grand Chelem depuis 2009. Comment décrieriez-vous… » Murray reprendra aussitôt le journaliste « joueur masculin ». Une petite référence aux accomplissements d’une certaine Serena GOAT Williams.

Si je suis féministe ? Si être un féministe, c’est se battre pour qu’une femme soit traitée comme un homme, alors oui, je suppose que je le suis - Andy Murray à L’Equipe en 2015

Alarmé par le nombre de suicides au Royaume-Uni, Andy Murray invita aussi les hommes à parler de la dépression et de la santé mentale dans un long article pour The Huffington Post. Il n’hésita pas à revenir sur un moment difficile de sa carrière, à savoir sa défaite contre Federer en finale de Wimbledon : « Quand j'ai pleuré sur le court central de Wimbledon après avoir perdu face à Roger Federer, certaines personnes m'ont vu différemment. Les gens ne riaient pas ou ne pensaient à moi négativement, c'était le contraire. C'était comme s'ils me respectaient davantage. Ils m'ont respecté pour avoir laissé le masque tomber__. Malheureusement, beaucoup d'hommes ne pensent pouvoir réussir à le faire. De nombreux hommes expriment leur stress et leurs émotions de manière autodestructrice et parfois mortelle. » Pour un sportif et à l’époque (en 2016), c’était très rare de parler de ce sujet assez tabou (Kevin Love et DeMar DeRozan ne s’étaient pas encore exprimé). Il espérait ainsi changer les mentalités sur ces épineux problèmes masculins. Cette année-là, lors de son sacre au All England Club, il pleura à nouveau, mais de joie. 

Un sportif attachant et à part dans le tennis mondial

Ayant su se faire une place parmi les meilleurs de son époque, Murray brilla aussi par sa personnalité. Capable d'un rare sens de l'autodérision pour un sportif de son envergure (élu plusieurs fois athlète de l'année au Royaume-Uni tout de même), l’ancien numéro un mondial est hilarant. Après ses cinq finales perdues en Australie, il posta une photo de lui posant à côté de la coupe de l’Open en question avec en légende : « Je n'aurais jamais été aussi proche du trophée de l'Open d'Australie #5foisperdant. »

Ayant dû cravacher pour gagner le soutien de l'Angleterre, il porta le tennis britannique sur le toit du monde en remportant Wimbledon (deux fois), les JO (deux fois) et la Coupe Davis (une fois) … avec son fort caractère.  Alors oui, il était régulièrement grincheux et râleur sur le court, mais sa détermination forçait le respect. Dans une étude réalisée par IBM sur quasiment trente ans de données, Andy Murray est même apparu comme le joueur montrant le plus de passion. Pas un hasard donc si l'annonce de sa retraite bouleversa autant les fans. Bien moins lisse que le tennisman moderne, Andy Murray manquera cruellement.