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Israel-Palestine : "Le choix des mots rend un débat serein difficile"
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Israel-Palestine : "Le choix des mots rend un débat serein difficile"

Jean Claude Lescure, historien et professeur à l'Université de Cergy Pontoise a récemment publié "le conflit israélo-palestinien en 100 questions". Pour Debattle, il s'est confié sur cette opposition qui dure depuis plus de 70 ans.

Comment le conflit a commencé ?

Il a débuté en novembre 1947.  Il éclate au lendemain d’une décision de  l’assemblée générale  l’ONU de créer sur le territoire de Palestine - que les britanniques dirigeaient – deux états.  L’un juif et l’autre arabe. Suite à cette mesure, des heurts éclatent entre des habitants juifs et des habitants arabes sur le territoire de Palestine.

La société israélienne est-elle pour la création d’un État palestinien ?

L’électorat israélien a très peur de voir l’émergence d’un État palestinien. Ils sont minoritaires dans la société israélienne à le souhaiter. C’est lié à l’année 2007 où il y a une division très forte du camp palestinien entre l’OLP (organisation de libération de la Palestine, organe politique et paramilitaire) et le Hamas (un parti politique constitué d’une branche politique et d’une branche armée). Ces deux mouvements ne communiquent plus. Ils se posent donc la question pour les israéliens de savoir avec qui négocier. Une situation qui arrange les membres de la droite israélienne et leur permet d’avancer leurs pions notamment dans l’extension des implantations juives en Cisjordanie.

Quels sont les différences entre l’OLP et le Hamas ? 

L’OLP c’est l’organisation historique crée en 1964 qui met la religion au second plan. Elle obtient dix ans plus tard le statut par l’ONU d’être le représentant légitime du peuple palestinien. En face, il y a le Hamas fondé en 1987 avec une idéologie plus religieuse. L’OLP reconnait l’État d’Israël tandis que le Hamas malgré quelques avancées reste sur l’idée d’une disparition totale de l’État d’Israël. De son côté, l’OLP a renoncé à la logique des attentats et de la guerre directe avec le pays voisin, tandis que le Hamas poursuit ses actions militaires. 

Ces organisations ont-elles un dialogue avec l’État Hébreu ?

Entre Israël et l’autorité palestinienne, il y a un dialogue mais il s’est détérioré depuis la décision de Donald Trump de bouger son ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Il y a des discussions et négociations autour de la sécurité, de l’approvisionnement en eau et en électricité. Le dialogue est compliqué mais se passe sans heurts.  Avec le Hamas il n’y a pas que des discussions indirectes via des intermédiaires comme l’Arabie Saoudite, le Qatar ou de temps en temps menées par  l’Égypte.

Pourquoi il est difficile d’instaurer un débat serein ?

Le vocabulaire est l’un des éléments. Celui qu’on utilise est souvent un vocabulaire piégé. Il y a plusieurs exemple. En France on parle du mur des lamentations, en Israël l’appelle le mur de l’Occident, les américains le nomment le mur de l’Ouest, tandis que les arabes disent le mur du bouraq. Autre exemple, le mot colonie employé par les palestiniens pour citer les constructions israéliennes en Cisjordanie. L’état Hébreu parle lui d’implantation. Selon les mots que vous utilisez dans un débat cela peut montrer le camp que vous soutenez. 

Pourquoi c’est un sujet qui déchaine les passions ?

Il y a plusieurs explications. D’abord il y a eu la présence de très nombreux journalistes sur place qui a entrainé un jeu d’information puis différents acteurs ont pris à témoin l’opinion publique internationale. Ensuite,  il y a une forme d’identification qui a pu jouer dans une partie de la société française ou dans le monde arabe pour prendre la défense des plus pauvres et des opprimés. Cependant il y a aussi une sympathie à l’égard d’Israël perçu comme le seul État juif. Sa singularité comme son passé ont suscité des moments de solidarité.

La paix est-elle encore envisageable ? 

Mise à part les populations civiles qui peuvent la rechercher, les acteurs qui ont le pouvoir qu’ils soient israéliens ou palestiniens ça peut les intéresser d’avoir un conflit de basse intensité. D’une part ça leur assure une perpétuation au pouvoir, de l’autre il y a une vraie économie de la guerre qui fonctionne. C’est terrible de dire cela mais un conflit qui ne fait que « quelques » dizaines de morts - par exemple il y a des manifestations chaque vendredi à la frontière israélienne depuis mars 2018 et selon les rassemblements il y a 5 à 6 morts du côté palestinien, c'est ce que j'appelle un conflit de basse intensité - malheureusement un certains nombre d’acteurs s’en accommodent fort bien et ne souhaite pas aller véritablement vers la paix. 

Pour aller plus loin, le livre le conflit israélo-palestinien en 100 questions de Jean Claude Lescure est disponible aux éditions Tallandier. 

Pour toi, un débat serein et apaisé sur le conflit israélo-palestinien est-il possible ? Viens réagir au 01 45 24 20 20 dans Debattle le 25 octobre. Du lundi au vendredi de 19h30 à 20h, c’est toi qui a la parole.