MENU
Accueil
De la cité au ciné : la fantastique ascension de Khalid Ghajji
Écouter le direct
De Meaux à Hollywood : l'incroyable destin de Khalid Ghajji
De Meaux à Hollywood : l'incroyable destin de Khalid Ghajji

De la cité au ciné : la fantastique ascension de Khalid Ghajji

Début 2019, sortira en salle Creed II, l’un des films les plus attendus de l’année. Derrière les nombreuses scènes de boxe se cache un Français en pleine ascension à Hollywood : Khalid Ghajji. S'il tutoie aujourd'hui les sommets, il a connu de longues années de galère.

Originaire de Meaux (Seine et Marne), Khalid Ghajji grandit avec les films de Jackie Chan, acteur-cascadeur dont est fan son père. Un brin casse-cou : à l’âge de 6 ans, il se fait une double fracture de l’avant-bras en voulant reproduire un saut du haut d’une motte de terre. « Je suis rentré à la maison sans rien dire à mes parents parce que je savais que ça allait chauffer pour moi ». Mais son avant-bras gonfle et la douleur devient insupportable. 

« J’ai rien dit malgré la douleur mais comme ça avait doublé de volume, mon père s’est aperçu de ma blessure. Il m’a traîné par le col aux urgences. »

Un peu plus âgé, il reproduit grandeur nature les scènes de cascade des films d’action qu’il dévore : « Je restais accroché au toit des voitures pendant que des grands conduisaient. D’autres fois, je sautais du côté passager en pleine course » se souvient-il.

L’adolescent n’en a pas encore conscience mais il a trouvé sa vocation. En attendant, il range ce rêve de gosse dans un coin de sa tête pour se lancer dans la danse hip hop à 15 ans : « L’école ne m’intéressait pas. Je n’ai même pas passé mon brevet. Le matin de l’examen, mon frère me dit : "il y a une salle qui vient d’ouvrir… viens, on va breaker !" Je l’ai suivi et tout est parti de là. »

Avec ses amis et son frère Karim (devenu entre-temps, multiple champion de kick-boxing), ils forment la troupe des Fantastik Armada. Ils s’entraînent sans relâche, participent à des compétitions de danse... Jusqu’à l’âge de 20 ans, Khalid passe des auditions et gagne ses premiers cachets dans des festivals. 

Son talent ne passe pas inaperçu et il est retenu pour jouer dans des comédies musicales à succès : Autant en emporte le vent, Les Dix Commandements, Roméo et Juliette. 

Jusqu’à l’âge de 28 ans, je gagne très bien ma vie, on m’appelle souvent et tout se passe bien. Mais l’argent ne fait pas tout et je n’étais pas épanoui dans ce métier. Je n’avais pas envie de faire ça toute ma vie. 

Comme un appel du destin, l’un de ses partenaires d’entrainement se trouve être acteur… et cascadeur. Ils échangent sur le métier et des opportunités à Hollywood. Khalid se remémore à ce moment les films d’actions qu’il a dévoré durant son enfance. Les cascades dans son quartier. Et ce rêve d’enfant qu’il n’a jamais oublié. C’est décidé : il part à la conquête du mastodonte américain.

« Je décide de partir m’installer aux Etats-Unis début 2010. Je voulais tout tenter pour vivre mon rêve. Hors de question pour moi de me dire dans dix ans "j’aurais dû faire ceci cela" » raconte t-il avec la même détermination dans la voix.

Les débuts sont très difficiles. 

Les débuts étaient décourageants. Mais heureusement, je rencontre là-bas une Française, danseuse comme moi. Elle m’aide à m’installer. On finit par se rapprocher et par se marier.

Khalid trouve l’amour mais il doit maintenant réaliser ce pour quoi il est venu s’installer ici. On ne rentre pas comme ça dans l’univers d’Hollywood. Son rêve se transforme en impasse. « Mon téléphone ne sonnait pas, aucune rentrée d’argent et ma femme était tombée enceinte. Avec les conseils de mon père qui était chef de chantier et des tutos sur internet, j’ai appris à retaper et construire des maisons de A à Z. » C’est ainsi que Khalid devient à son tour chef de chantier pendant que sa femme s’occupe de la partie design et des papiers administratifs. 

Khalid Ghajji sur son premier chantier

Pendant mon premier chantier aux Etats-Unis, ma femme est restée six mois avec moi sur le site. Comme ça devenait invivable, elle est partie s’installer chez sa mère pour la fin de la grossesse. Je dormais sur place dans une tente et je faisais mes besoins dans un seau. 

Ils parviennent ainsi à revendre deux maisons après les avoir retapées de fond en comble. Matériellement, leur vie commence à se stabiliser et Khalid reprend le cours de ses projets. Il décroche quelques missions dans des séries comme NCIS et commence à se faire connaitre du milieu.

En 2013, il décide d’ajouter une corde à son arc en apprenant la boxe. Un choix qui va s’avérer déterminant dans la suite de sa carrière. Khalid passe une audition pour doubler Usher dans les scènes de boxe dans le film Hands of stone. Il est retenu.

« Tout se passe très bien et à la fin du tournage l’un des responsables me dit que je suis le seul black cascadeur capable de boxer pour de vrai devant une caméra. Je décide à mon retour de tout apprendre sur la boxe. »

En effet, le « black cascadeur » ne se contente pas de savoir boxer, son but est de l’enseigner. Pendant un an, il approfondit ses connaissances en lisant des livres de méthodologie sur l’enseignement des sports de combat, regarde ses professeurs enseigner. Une spécialisation qui va lui ouvrir les portes de nombreux films à succès. Il double Mike Tyson dans Ipman 3 et quelques mois plus tard il est appelé sur le tournage du premier Creed. 

Khalid fait clairement la différence avec les autres cascadeurs et il prend confiance en lui. En 2015, le coordinateur chargé des scènes de cascades pour Creed, le rappelle pour un autre film à succès et pas des moindres : Black Panther. Et cerise sur le gâteau, il enfile le costume de Killmonger lorsqu’il devient Black Panther. Une tenue très inconfortable : « il fait trente degrés à l’intérieur, t’es trempé. Il y a plusieurs couches à enfiler avec de la mousse, donc quand tu veux aller aux toilettes ça prend une demi-heure à enlever. »

À 37 ans, Khalid Ghajji s’est fait une place dans le monde très fermé des cascadeurs d’Hollywood. Il est celui qu’on appelle quand il est question de bagarre. Aujourd’hui, le nom de Khalid Ghajji circule à Hollywood et son téléphone sonne de nouveau. Mais il pense déjà à la prochaine étape : 

Je ne me vois pas faire ça encore longtemps. J’ai bientôt 40 ans et les cascades ça use le corps. Je préfère m’orienter vers la coordination de cascade et coacher les acteurs.

Au moment où l’on écrit ces lignes, on peut considérer qu’il a déjà atteint ce nouvel objectif. Preuve en est, c’est lui qui a écrit et coordonné les scènes de boxe du prochain Creed II. 

En janvier 2019, il en sera de même pour un biopic sur Harry Haft, un boxeur d'origine polonaise transféré dans le camp de concentration d’Auschwitz. L’ascension de Khalid ne fait que commencer.

Aladine Zaïane