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Rihanna en durag à la une de "Vogue" : pourquoi est-ce un symbole fort ?
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Le durag de Rihanna en une du Vogue britannique
Le durag de Rihanna en une du Vogue britannique ©Radio France

Rihanna en durag à la une de "Vogue" : pourquoi est-ce un symbole fort ?

La une du British Vogue avec Rihanna coiffée d’un durag noir a beaucoup fait parler sur la toile. En effet, cet accessoire n’a rien d'anodin pour les Afro-américains car le porter est devenu un geste politique .

La presse britannique qualifie la une d'historique. Rihanna est devenue la première femme à apparaître en durag sur une couverture du magazine Vogue. 

Au départ, le durag n’est qu’un tissu que l’on attache pour des raisons pratiques afin de protéger ses cheveux. Mais depuis quelques années, c’est l’un des accessoire fétiche de l’interprète de “Work. En 2014, la chanteuse et styliste Rihanna avait déjà porté un durag incrusté de diamants Swarovski pour recevoir son prix d'icône de la mode de la part de du CFDA (Conseil de créateurs de mode américains). Elle récidive en 2017, et fait porter des durags à ses mannequins lors du défilé Fenty x Puma.

D’autres artiste que Rihanna affectionnent le durag, comme la chanteuse Solange Knowles. La soeur de Beyoncé portait un très long durag noir au MET Gala de 2018 sur lequel était inscrit en lettre gothique dorée “My god wears a durag” (Mon dieu porte un durag). Sa tenue a sans surprise été très remarquée car le durag est un accessoire qui attise les débats surtout aux Etats-Unis.

Dans le magazine, l’accessoire de Rihanna vient accompagnée un discours engagé. “Quand je vois des injustices se produire, il est difficile pour moi de fermer les yeux. Je refuse de garder le silence, ce sont des choses auxquelles je crois profondément. raconte la chanteuse dans un extrait de l’interview dévoilé sur le compte Instagram d’Edward Enninful. D’après lui, le durag était une idée de Rihanna. Mais si cette une aussi audacieuse a été possible, il n’y est sûrement pas pour rien. 

En 2017, l’ex-rédacteur ghanéen a été propulsé aux commandes du prestigieux magazine Vogue en Grande-Bretagne par Anna Wintour, la rédactrice en chef de l’édition américaine de Vogue. Et depuis son arrivée, il ne cesse de bouleverser l’industrie de la mode. En 2018 par exemple, il fait de Rihanna la première femme noire à être ouverture de l’édition de septembre (la plus importante de l’année) du magazine Vogue UK. Avec ce durag, Rihanna et Edward Enninful célèbrent la culture noire dans un magazine où elle a longtemps été marginalisée. 

Popularisé par les rappeurs et les sportifs

Entre les années 1990 et 2000, ce sont particulièrement les rappeurs américains qui popularisent le durag à travers leurs clips. Il est difficile de s’imaginer 50 cent dans le clip du hit “In Da Club” sans son fameux durag blanc sous sa casquette. 

Le rappeur Nelly était connu pour son pansement blanc sur la joue mais aussi pour son durag. Il en est de même pour des artistes tels que LL Cool J, ou encore la rappeuse Eve. A la même période, les athlètes s’affichent également avec un durag notamment le basketteur américain et star des BIG 3, Allen Iverson. 

Des célébrités telles que la star de la télé-réalité Kylie Jenner s’affichent en durags et se voient ainsi régulièrement accusée d’appropriation culturelle, une pratique qui consiste à s'approprier un aspect culturel d’une population sans créditer le groupe minoritaire à l’origine de cette culture. En 2014, Chanel commercialise des durags mais se voient aussitôt critiqué pour les mêmes raisons par la communauté afro-américaine. La marque de luxe a fini par retirer des ventes ses produits. 

Aujourd’hui, la mode du durag va surtout de pair avec la mise en valeur de certaines coiffures arborés par les Noirs comme les waves, les braids, les dreadlocks ou les nattes couchées. Les vidéos de jeunes afro-américains (ambiancés par leurs amis) retirant leur durag pour révéler leur waves impeccables sont devenu très populaires sur les réseaux sociaux.

Un accessoire controversé

Pourtant, le durag n’est pas le bienvenu dans certains espaces. En 2001, la NFL (la Ligue National de Football américain) interdit à ses joueurs de porter des durags. Quatre ans plus tard, la NBA lui emboîte le pas et contraint les basketteurs du championnat à ne plus en porter. Plus récemment, en février 2019, un lycée américain a modifié sa politique vestimentaire pour interdire à ses élèves le port du durag au sein de l’établissement. Une centaine d’étudiants ont aussitôt protestés (durags sur la tête bien sûr) devant leur lycée et dénoncer une forme criminalisation des Noirs sur le campus. L'interdiction a été reprise par d'autres établissements du pays. 

Pourquoi un tissu à deux dollars la pièce (en moyenne), cristallise autant de tensions ? Bastien Gras est avec son frère, à la tête de Durag-shop, une enseigne française qui commercialise des durags en ligne. Il explique que “le durag était quelque chose de très utilisé par les gangs américains et le problème c’est que durant une période ça s’était démocratisé beaucoup trop vite et l’image de gang qu’il renvoyait ne plaisait pas. D’où les interdictions dans certains rassemblements. Aux Etats-Unis, le durag a une image encore très très négative. Mais lui considère que c’est un accessoire de mode qui touche à la rue et qui a toute sa place : “__Le durag c’est quelque chose qui va faire sa place en France au même titre que la casquette. Depuis des années les durags se trouvaient déjà sur les étagères des salons afro français, mais c’est plus récemment qu’il est devenu un accessoire de mode car les Français les associent à la pop-culture américaine.

Notamment dû à son histoire, le durag est devenue un emblème de la célébration de la culture noire-américaine qui se transmet d’une génération à une autre et un héritage bien plus ancien qu’il n’y paraît. C’est pendant le Harlem renaissance, un mouvement culturel afro-américain des années 1930, que le durag devient véritablement un accessoire de mode. Mais c’est dès le XIXème siècle, que les esclaves portent des durags pour protéger leur chevelure. 

Plus généralement, les foulards sont à la fois les symboles de la créativité et de l'oppression des populations noires aux États-Unis car au XVIIIème siècle, certaines lois comme les “lois Tignon”, obligeaient les femmes esclaves à dissimuler leur chevelure car les esclavagistes trouvaient qu’elles attiraient trop l’attention. Ces femmes ont réussi à détourner ces lois en leur faveur et ont fait du foulard, un accessoire esthétique.