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Comment des t-shirts financent la lutte contre les violences policières
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Les t-shirts militants sont vendus lors des rassemblements.
Les t-shirts militants sont vendus lors des rassemblements.

Comment des t-shirts financent la lutte contre les violences policières

L’achat des t-shirts militants sont devenus de vrais moyens de lutte pour financer les frais de justice dans les affaires de violences policières.

Les images de la manifestation historique du 2 juin 2020 contre les violences policières à Paris ont fait le tour du monde. Plus de 20 000 personnes ont marché avec des pancartes aux slogans forts, des masques “I can’t breath” en référence aux derniers mots de Georges Floyd, un afro-américain tué par des policiers et bien sûr des t-shirts “Justice pour Adama” mort en 2016 dans une gendarmerie de Beaumont sur Oise.

Et derrière ces t-shirts il existe un enjeu crucial pour les familles, car l’achat des t-shirts permet de financer la lutte judiciaire qui épuise les familles économiquement. Pour Almamy Kanouté du comité Vérité et Justice pour Adama Traoré, c’est même un des piliers du combat : "__Le t-shirt est devenu le seul moyen légal qui permet aux familles de se payer une défense juridique de qualité. Ces t-shirts font office d'étendard pour les familles mais ils sont aussi de moyen de soulèvement de fonds”.

10 000 euros en frais d’avocats

Dans ce type d’affaires, un long bras de fer entre la famille et le ou les officiers se fait sentir. L’affaire Lamine Dieng en est un bon exemple. Le 17 juin 2007, la police est appelée pour tapage nocturne et procède à l’interpellation de Lamine Dieng, un homme noir de 25 ans, qui n’est jamais ressorti vivant du fourgon de police. Cela fait maintenant 13 ans que sa famille se bat pour éclaircir les causes de la mort de Lamine Dieng. Forcément, cette histoire fait écho à celle d’Adama Traoré puisque tous les deux ont subit un plaquage ventrale, cette technique d’immobilisation controversée, interdite à New York et Los Angeles ou dans des pays comme la Suisse et la Belgique car jugée trop dangereuses. 

Après plus de 10 ans de lutte, sa sœur Fatou Dieng pense que la bataille judiciaire est clairement inégale : “Ce n’est même pas contre le policier qu’on se bat c’est contre l’institution donc à partir du moment où il y a eu un événement lors de son service tout de suite c’est l’institution qui prend tout en charge. Donc il démarre bien comparé à nous. C’est pour ça que la plupart des familles essayent de vendre des t-shirts mais il faut avoir des fonds pour les produire”. L’affaire Lamine Dieng a été classée sans suite en Cour de Cassation, ce qui équivaut pour la famille à plus de 10 000 euros en frais d’avocats. Mais la famille Dieng compte poursuivre la bataille judiciaire ce qui veut dire encore plus de dépenses. 

Au fil des années, les familles tombent dans un cercle vicieux, certaines s’endettent crédits après crédits, car forcément ce type d’affaire nécessite un as du barreau. Toutefois, il y a une forte solidarité entre les familles de victimes, elles se coordonnent afin de fabriquer des t-shirts le plus rapidement possible. C’est tout un réseau d’anonymes qui s’est mis en place afin d’y graver un nom pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli, c’est le cas pour Adama ou un visage pour humaniser la victime comme les t-shirts de la famille Dieng. 

Arborer un t-shirt c’est aussi montrer publiquement son soutien. Fatou Dieng le voit comme une manière simple de dire aux familles, on est avec vous. “C’est une solidarité, c’est aussi un souvenir par rapport à Lamine et d’autres. C’est un réconfort vis à vis des familles par qu’on se dit qu’au moins on en parle en France on en parle à l’autre bout du monde, c’est que les gens ont au moins une pensée envers cette personne, ils ne sont pas complètement indifférent à ce qui est arrivé”. La famille de Lamine Dieng organise une marche le 20 juin à Paris à l’occasion de la 13ème année de la mort de Lamine Dieng. Pour Adama Traoré la marche aura lieu comme tous les ans en juillet avec peut-être autant de monde que le 2 juin.