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Ces rappeurs beaucoup plus stylés que les autres
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Les rappeurs beaucoup plus stylés que les autres
Les rappeurs beaucoup plus stylés que les autres ©Radio France

Ces rappeurs beaucoup plus stylés que les autres

En gros ce sont les rappeurs qui n'ont pas grand-chose à raconter mais qui le font avec beaucoup plus de style que les autres. Du coup ça va, ce n'est pas péjoratif.

Selon le Larousse, un styliste est au choix :

  • un écrivain qui brille surtout par le style.- une personne qui détermine les produits d'une collection de couture et en supervise l'exécution.

Dans le rap français, on va décider arbitrairement que cela désigne cette tendance qui ne date pas d'hier mais qui se répand de plus en plus ces dernières années : les rappeurs qui privilégient le style, tout simplement, qui sont toujours bien sapés, qui bossent leur gestuelle comme des chirurgiens et surtout qui ont un rapport différent au modèle US. Ici les influences américaines sont encore plus digérées et assumées que chez leurs congénères, jusqu'à modifier les tournures de phrases, ("je suis à propos de", suppression de déterminants, etc), inclure de plus en plus d'anglicismes, voire de mots anglais voire voire carrément des phrases entières pour les plus foufous, sans parler des références directes à des éléments culturels uniquement connus outre-atlantique.(1)

Devant leurs clips en général ultra soignés, l’évidence apparaît : ils mettent plus de temps à choisir leurs vêtements assortis à leurs gobelets qu’à cogiter leurs textes. C'est ce qui explique que ce registre demeure assez ingrat dans la mesure où le grand public est rarement accroché ; cela reste une niche pour connaisseurs et esthètes friands de style et peu soucieux du propos tandis que les autres les voient un peu comme des "rappeurs qui rappent pour les rappeurs", ou plus simplement "des branleurs". Donc l'un dans l'autre, niveau titre, on vous a quand même épargné le pire. Bref, amateurs de teintures agressives, suivez le guide.

Joke

A tort ou à raison, Joke est un peu considéré comme le précurseur de toute cette mouvance. En réalité pour ne vexer personne il faudrait dire « le premier à s’être fait connaître avec ce style » mais on n’est plus à ça près. Il a comme particularité d’avoir adopté ce genre d’ambiance depuis le début de sa carrière, puisque même son tout premier album Prêt pour l’argent  suivait cette tendance. Bien qu’il change un peu dans la suite de sa discographie, notamment en terme d’instrus, le personnage reste le même. On raconte que depuis le report de son prochain album à une date inconnue, ses fans déposent régulièrement des cierges et des casquettes Supreme devant le Wanderlust.

Veerus

Quand on se penche sur sa carrière on note que finalement Veerus a suivi la même évolution que d’autres membres de la liste (Sneazzy, Alpha Wann dans une moindre mesure). Après des débuts finalement très classiques, parfois même boom bap, et précisons que c’était avant que ce soit la mode de refaire du rap « à l’ancienne », le MC a opté pour un reboot vers des morceaux et une esthétique ultra-modernes sans oublier son bagage technique. Vous pourrez juger du résultat avec la sortie le 20 avril 2018.

Alpha Wann

Issu du groupe 1995 qui rappelons-le, avait commis l’erreur de se positionner sur le créneau du rap nostalgique avant de réaliser que ça les enfermait dans une case assez détestable, Alpha Wann est celui, avec Nekfeu, qui a connu la progression musicale la plus fulgurante, sauf qu’il n’a pas pris de virage pop. En se contentant simplement d’actualiser ses références plutôt que de singer ses aînés du rap français, tout en gardant son amour de la rime ciselée, le MC a surpris pas mal de monde. A noter qu’Alpha est parfois victime de son côté maniaque puisque certains le trouvent encore « trop » technique, ce qui est une aberration en soi, mais qui peut effectivement être considéré comme un obstacle pour conquérir le grand public.

Sneazzy

La Ligue des ombres alias le collectif 667

Ce crew a très vite su trouver ses marques dans ce registre bien particulier tant ça semblait naturel chez eux dès le départ. Franchement tentaculaire, le collectif en grande partie originaire de Dakar réunit plus d’une douzaine d’artistes, dont Dubble G, Zuukou, Kix Kaki, Congo Bill, Afro Samourai, Black Jack, Sogui, Norsacce Berlusconi, Doc OVG, Odeuxzero, Slim C, Osirus Jack, Lala Ace (sur laquelle on reviendra plus bas) et celui qui fait le plus de bruit depuis quelques temps, Freeze Corleone. Jorrdee en été également membre avant de partir de son côté. Pour le coup 667 marque la différence avec les autres à plusieurs niveaux. Même si chaque rappeur garde ses spécificités, les auditeurs retiennent un côté globalement plus sombre niveau ambiance, propos et instrus, avec des références plus approfondies dans les textes, destinées aux initiés, notamment ceux qui s’intéressent aux sociétés secrètes (les anyotos, le groupe Bilderberg, etc). Et la Ligue des ombres fait référence à l’organisation de Ra’s Al Ghul dans Batman, donc ça force le respect.

Infinit

Pour ceux qui suivent, cela fait longtemps qu’Infinit a démarré, d’abord dans son 06 natal aux côtés de ses petits camarades de l’écurie D’en Bas Fondation (Veust, Gak, Mr Agaz, etc). Au fil des années il a affiné sa technique, en l’épurant de plus en plus pour ne garder qu’un mélange de punchlines et de multi-syllabiques (« confonds pas le chiffre d’affaires et le bénéfice engrangé / en ne payant pas tes dettes tu mets ton pédé d’fils en danger », ce genre là) tout en se ménageant des passages plus chantés et il paraît aujourd’hui arrivé au maximum de son potentiel. Il est désormais signé sur le label Don Dada (structure d’Alpha Wann dont il s’était rapproché), comme quoi tout est lié, et semble avoir trouvé là-bas une base propice à lui assurer une cohérence artistique salutaire, en témoigne sa dernière sortie.

Take A Mic

Sachant que Take A Mic est allé jusqu’à s’embrouiller physiquement parce que des gens sur twitter se moquaient de ses fringues, on est obligés de le ranger dans la catégorie des rappeurs stylistes. Mais d’un autre côté cela fait plusieurs mois qu’il a opté pour une nouvelle orientation, plus classique et plus crue, à travers la série des Strict Minimum . Changement passager ou vision à long terme ? L’avenir le dira. Mais en attendant il a toujours une teinture bleue.

Lala &ce

Seule femme de la liste, Lala&ce s’est parfois faite qualifier à tort de Jorrdee au féminin, ce qui était assez caricatural. En revanche, si elle se fait rare c’est pour mieux cultiver une esthétique assez unique, des morceaux carrément planants et des visuels toujours plus chiadés. Elle confessait volontiers appréhender la scène étant donné qu’elle fait un gros travail sur sa voix via l’autotune et les machines, sauf que surprise, pour l’avoir vue au Nouveau Casino, eh bien ça passe plutôt bien. Et puis bon, une fille qui profite de ses études à Londres pour vendre de la lean à des Anglais parce que les médicaments sont plus chers là-bas a tout compris à la vie.

En vrac : Laylow, Haristone, Oboy

Laylow s’en donne aussi à coeur joie sur des beats aériens ou dansants, d’ailleurs il a déjà gentiment featé plusieurs fois avec Sneazzy et c’est une affaire qui roule.

Haristone, lui, reste en équilibre entre rap autotuné et chant R’n’B assumé, et cultive un certain second degré, comme le prouve le clip de Tango .

Oboy est plutôt identifié à du mumble rap (toute la lignée Lil Uzi Vert, Lil Yachty, etc) version française et commence à faire son trou.

L’article est déjà trop long mais tendez une oreille sur ces trois zozos, si vous aimez les autres de la liste, il n’y a pas de raison que ceux-là vous débectent.

(1) Notons que cette dichotomie du fond quasi absent pour une forme flamboyante ne concerne pas qu’eux. Mais on va se concentrer sur eux quand même, sinon il faudrait également inclure les trois quarts de la trap française, sans parler de gens comme Hamza et Jok’air qui ont basculé dans le R’n’B ouvertement et ce serait un chouia trop fastidieux.

Crédit photo : VM The Don / S. Simper