MENU
Accueil
Aux Etats-Unis, le mouvement ‘black owned business’ renaît après la mort de George Floyd
Écouter le direct
Ces derniers années, plusieurs marques ont été boycottées par les communautés noires après des accusations de racisme.
Ces derniers années, plusieurs marques ont été boycottées par les communautés noires après des accusations de racisme. ©Getty

Aux Etats-Unis, le mouvement ‘black owned business’ renaît après la mort de George Floyd

Depuis la mort de George Floyd, des afro-américains appellent à soutenir les marques possédées par des noirs.

“Support black owned business”. Ces dernières semaines, cette phrase est dans la bouche de nombreux influenceurs afro-américains. En français, cela donne “soutenez les entreprises possédées par des noirs”, une stratégie militante qui fait suite à la mort filmée de George Floyd entre les mains des forces de police de Minneapolis dans le Minnesota en mai dernier. L’émoi a été tel après la diffusion de l’agonie de cet homme afro-américain, que les questions liées au racisme subit par les noirs sont revenues sur le devant de la scène avec force. Ce mouvement résulte donc d’un ras-le-bol général qui vient remettre en question les systèmes jugés racistes et le milieu de la mode n’y échappe pas.

Un mouvement venu d’Atlanta

Pour les afro-américains, il ne s’agit plus de regarder si les mannequins sont noirs mais plutôt si les personnes qui possèdent les marques le sont. En bref, dans la poche de qui va l’argent des afro-américains ? Et cela va de la paire de sneakers au t-shirt, en passant par les chaussettes et même les bijoux. 

Mais ce mouvement existait bien avant la mort George Floyd. Il y a environ quatre ans, un phénomène du même type partait d’Atlanta. La ville de Childish Gambino, Outkast et Martin Luther King est connu pour sa démographie. À Atlanta, 60 % de la population est noire. Et à l’époque, le visage de ce mouvement était le rappeur Killer Mick.

Il utilisait l’expression 'buying black', acheter noir en français. En 2016, il expliquait son raisonnement à la chaîne France 24 : “Si vous comprenez les règles de l’économique, celles-ci peuvent être utilisées comme des armes de guerre. Les foyers noirs-américains représentent mille milliards de dollars de revenus__. Mais parce qu’on dépense notre argent n’importe comment, personne ne respecte nos dollars. Un 'support black owned business' à la française a été tenté en 2018 par le groupe NOFI (Noir & fier) avec la plateforme lobbynoir.com mais l'initiative n'a pas menée à un mouvement d'ampleur.

Ces derniers années, plusieurs marques ont été boycottées par les communautés noires après des accusations de racisme comme H&M qui, en 2018, avait fait porter à un garçon noir un pull avec les inscriptions “Coolest monkey in the jungle”, littéralement “Le singe le plus cool de la jungle”. L’année suivante, la marque Gucci créé la polémique avec une pièce entre le col roulé et la cagoule que des internautes associent à une blackface, pratique raciste qui consiste à se grimer en noir. Des mouvements tels que "support back owned business" peuvent alors avoir un effet sanction vis à vis de ces marques.

L’origine du mouvement 'support black owned business' est bien plus lointaine qu’il n’y paraît. L’historienne spécialiste des Etats-Unis et des diasporas noires Maboula Soumahoro explique que : “La ségrégation a permis la mise en place et l'évolution d’institutions économiques ou sociales qui étaient noires. Et de toute façon il n’y avait pas le choix, puisque plusieurs services et institutions ne servaient pas les noirs ou les servaient mal. 

C’est donc à partir d’un système inégalitaire que les Afro-américains ont donné naissance à cette autre manière d’acheter leurs vêtements. Et ce mouvement de soutien aux entreprises noires ne se limite pas à la mode. Toutefois, il existe des désaccords, certains afro-américains voient d’un œil méfiant l’émergence d’un capitalisme noir qui atténuerait peut-être les inégalités raciales mais pas les inégalités sociales.