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Rap US : quelles sont les prétendantes au trône en 2019 ?
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RAP US : les femmes qui comptent en 2019 (la suite)
RAP US : les femmes qui comptent en 2019 (la suite) ©Getty

Rap US : quelles sont les prétendantes au trône en 2019 ?

Après les femmes qui comptent en 2019, on continue notre exploration du versant féminin du rap game anglophone pour voir qui pourrait créer la surprise cette année parmi les prétendantes au trône. Et elles sont nombreuses.

City Girls

Malgré le côté "girlsband" un peu artificiel que l'on peut leur prêter à première vue, le duo composé de JT et Yung Miami a d'abord fait ses premières armes loin des projecteurs avant d'être repéré et de connaître le succès. C'est à force de promo sur les réseaux sociaux et de showcases en clubs qu'elles ont fini par s'imposer et transformer l'essai. A voir si cela va durer, mais en tout cas leur single Twerk avec Cardi B leur a servi de blockbuster pour ouvrir les portes de la tête des charts.

Détail sympa : elles ont été adoubées par la rappeuse Trina, une des taulières de Miami qui a dit publiquement qu'elle les considérait comme la relève de la ville et se reconnaissait en elles.

Dounia

Originaire du Maroc et fière représentante du Queens, Dounia a sorti un album fin 2018 qui n'a fait que confirmer ce que ses fans pressentaient déjà : au carrefour d'influences diverses, la demoiselle maîtrise les codes actuels, mêle tranquillement rap et chant, et inclut le plus naturellement du monde des thématiques sérieuses dans ses egotrips (sur les minorités et les femmes qui ne rentrent pas dans le moule notamment). En plus elle semble avoir une revanche à prendre, en tout cas elle prend un malin plaisir à attaquer tous ceux qui n'avaient pas cru en elle, plus particulièrement les vilains producteurs qui ne la prenaient pas au sérieux à ses débuts. Comme chacun sait, insulter des idiots reste souvent la meilleure des motivations pour mener à bien ses projets, donc a priori Doudoune est bien partie.

Maliibu Miitch

Comme bon nombre d'artistes de son âge, Maliibu Miitch a beau venir de New York (South Bronx), elle est plus qu'ouverte aux styles venus d'ailleurs tout en restant attachée à l'importance du côté purement rap. En revanche, contrairement à d'autres, elle n'a pas vraiment inondé la toile de mixtapes ou même de bangers dans tous les sens, préférant peaufiner sa musique dans soin coin et privilégiant la qualité à la quantité. C'est en tout cas ce qu'elle a déclaré à plusieurs reprises, promettant l'arrivée d'un album qui devrait concrétiser son potentiel.

Young M.A

Pur produit de la Grosse Pomme, Young M.A est un petit prodige au micro, dans la plus pure tradition du kickage made in NY. Ainsi, son profil peut presque rappeler celui d'un Jadakiss à l'époque : véritable monstre en freestyle qui fait des étincelles sur mixtapes et en featuring. Du haut de son mètre 65, la jeune femme a déjà un vécu et une personnalité qui n'ont rien à envier à ses collègues, assume comme personne son homosexualité (concrètement ça donne des rimes et des morceaux qui pourraient être écrits par le plus macho des rappeurs, c'est aussi ça la parité) et peut sortir des textes hardcores sans aucun souci de crédibilité. Dernièrement elle a livré, comme pas mal de ses collègues, son propre remix du tube Thotiana, et inutile de dire qu'elle s'est appropriée le morceau dans le plus grand des calmes.

Doja Cat

Doja Cat a démarré assez jeune, en indé, et même si son style a évolué depuis, la constante c'est le côté ouvertement récréatif de sa musique, qu'elle décrivait à ses débuts comme du rap de stoner, à apprécier sous THC ; la rappeuse est ici avant tout pour s'amuser et partager ça avec son public. Son album Amala est empreint de cet état d'esprit de A à Z. Mis à part une petite polémique sur les réseaux (on a déterré des tweets écrits quand elle avait 15 ans où elle traitait Earl et Tyler de Odd Future de "pédales", mais en même temps qui ne l'a pas fait ?), elle maîtrise le web 2.0 à merveille. Une partie de la popularité de ses derniers hits s'explique en partie par le côté viral. Ainsi son plus gros tube pour l'instant est Mooo, qu'on pourrait traduire par "meuh", et qui repose essentiellement sur des jeux de mots autour des vaches, avec un clip où elle était elle-même déguisée en vache, parce que la vie est trop courte pour se prendre au sérieux, et bingo, un nombre incalculable de détournements, gifs et autres memes ont été créés à partir de la vidéo. Sans parler du clip ci-dessus, Tia & Tamera, qui fait un parallèle avec les jumelles de la série Sister, sister pour parler de sa paire de seins, tout simplement.

Bhad Bhabie

La plus jeune de la liste, et la plus inattendue aussi. Bhad Bhabie alias Danielle Bregoli s'est d'abord faite connaître pour des raisons totalement extra-musicales. Sa mère l'avait emmenée dans l'émission de Dr. Phil, sur le thème "mes enfants sont devenus incontrôlables", et pendant le show, devant la désapprobation de son attitude par une partie du public, elle avait menacé une spectatrice avec une phrase devenue culte : "cash me outside bitch" (parce que non, elle ne savait pas prononcer correctement "catch"). Partant de là une maison de disque l'a signée et a décidé d'en faire une star du rap.

Globalement c'est comme si un ou une dégénérée anonyme se faisait remarquer en beuglant sur le plateau de C'est mon choix ou TPMP et qu'un label s'était mis en tête de lui faire sortir un album -ce qui nous tombera fatalement sur la gueule un jour ou l'autre, ne nous le cachons pas. En toute logique on a affaire à un pur produit marketing qui mise avant tout sur la déclinaison de son comportement, entre rebellion un peu vide et répliques white trash. Mais il faut reconnaître que le travail est propre, du coup elle est devenue sans surprise l'idole de toute une génération de jeunes filles en manque de sensations fortes outre-atlantique et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, envahissant également les réseaux avec des contenus vidéo hors-musique (un rdv régulier sur Snap, des tutos sur youtube, etc).

Saweetie

La rappeuse californienne (elle vient de la ville d'Hayward) Saweetie, de son vrai nom Diamonté Harper, s'est faite connaître avec le single Icy Grl qui lui a permis de décrocher une signature. Notons que ce morceau est plus ou moins une reprise du classique My Neck, my back de Khia. Et qu'elle a de nouveau repris le beat pour la version Bae Mix du morceau où Kehlani était conviée. C'est peut-être un détail pour vous mais pour nous ça veut dire beaucoup. Par contre Khia n'a pas spécialement apprécié cet hommage et a considéré que ça relevait du pompage pur et simple, c'est balot. De son côté Saweetie a tracé sa route et affiné son style, qui lui permet d'allier tranquillement un registre sexy et dansant avec des passages plus techniques. Cependant il lui manque encore un tube pour passer à l'étape suivante, mais son public grandit de plus en plus.

Stefflon Don

On avait cité Lady Leshurr dans la première partie, donc nouvelle entorse à la règle et nouveau quota britannique avec Stefflon Don. La rappeuse est désormais devenue une valeur sûre d'outre-Manche, et pour cause. Stephanie Victoria Allen revendique Lil Kim ou encore Foxy Brown comme influences, D'ailleurs la pochette de son album Secure est un clin d'oeil direct, si ce n'est un hommage, à celle du classique de Lil Kim The Notorious K.I.M. Malgré tout, l'artiste n'en oublie pas pour autant son environnement personnel. Du coup on a affaire à un patchwork mêlant également grime, dancehall, bref toute la culture club et l'héritage jamaïcain qui façonne la scène anglaise depuis des années, le tout pour un résultat explosif. Et puis elle a posé sur un son avec Idris Elba, ce qui la rend techniquement plus chanceuse que l'intégralité du reste de la sélection, c'est mathématique.