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Quand le rap US fait son cinéma
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Quand le rap US fait son cinéma
Quand le rap US fait son cinéma ©Radio France

Quand le rap US fait son cinéma

Cela fait bien longtemps que le rap est ancré dans la culture américaine, c’est donc tout logiquement que le cinéma s’en est emparé pour jouer avec son univers. Suivez le guide.

On avait évoqué uniquement les documentaires dans une précédente sélection, place maintenant aux autres, et ils sont nombreux, dans des styles assez différents et complémentaires, de la comédie au biopic en passant par les inspirations diverses.

Les biopics

Notorious BIG

Bénéficiant d’une exposition un peu moins importante que les autres biopics de la liste, le film qui retrace la vie, la carrière et la mort de Biggie a malgré tout eu des bons retours de la part du public, l’acteur choisi pour incarner le défunt rappeur étant Jamal Woolard, également MC sous le nom de Gravy et natif de Brooklyn. Forcément le bonhomme voulait tout donner pour le rôle de sa vie. Bon par contre, comme pour à peu près toutes les œuvres citées dans cet article, tout ça ne marche plus du tout si vous regardez le film en version française. Ne faite pas ça. Jamais.

All Eyez On Me

Là c’est un sujet qui fâche. Suite au succès de Straight Outta Compton, des producteurs se sont logiquement dits qu’il fallait battre le fer tant qu’il est chaud et que l’enchaînement logique était donc le biopic de Tupac, icône du rap s’il en est. Sauf que l’équipe a malheureusement confondu vitesse et précipitation, et il en résulte un film qui a été désavoué par de nombreux fans mais aussi

Straight Outta Compton

Plutôt bien accueilli au box office, Straight Outta Compton revient sur la genèse, l’apogée et la fin du groupe incontournable de la West Coast Niggaz With Attitude. La force et la faiblesse du film c’est qu’il est produit et donc cadré par Dre et Ice Cube, ce qui signifie que forcément, des pans entiers de l’histoire sont évacués voire modifiés pour que ça aille dans leur sens, ce qui a fait grincer certaines dents. Malgré tout Straight Outta Compton reste une porte d’entrée qui accomplit sa mission de vulgarisation pour un public qui ne connaîtrait NWA que de nom.

Les parodies

CB4

CB4 relate la trajectoire hautement improbable d’un faux groupe de gangsta rap, totalement à côté de la plaque et composés d’usurpateurs. Ils ont concrètement choisi leur créneau par défaut, et sont recherchés par un caïd qui les prend pour des balances. Tout est prétexte à des gags qui s’enchaînent sans discontinuer, ponctués de témoignages impliquant cette fois des vraies stars de la musique (on voit par exemple Ice Cube, Eazy E ou encore Flavor Flav intervenir pour commenter le style du groupe, etc).

Le film est considéré comme une comédie culte depuis, souvent cité en référence.

Fear of a Black Hat

Moins connu que son petit camarade CB4, Fear of a Black Hat est pourtant au moins tout aussi réussi et drôle. On peut ranger le film dans la catégorie « mockumentaire », un faux documentaire parodique, comme vous pouvez vous en douter dès le titre, clin d’oeil au classique Fear of a Black Planet de Public Enemy. Ici un sociologue étudie le rap en profondeur, ce qui l’amène à s’intéresser à un groupe imaginaire, les bien nommés NWH (pour « Niggaz With Hats », forcément, littéralement « des négros avec des chapeaux »), qui détaillent et expliquent certains de leurs morceaux emblématiques comme Granny said kick yo ass. A priori vous voyez vers quoi on se dirige : un n’importe quoi généralisé où le crew en question pousse à outrance tous les clichés et l’esthétique du gansta rap en les détournant et c’est franchement dur de ne pas rire.

Les « films inspirés de »

Krush Groove

On se trouve face à une version des débuts du label Def Jam passée par le filtre de la fiction. L’idée du film sort directement de la tête de Russell Simmons, qui a convaincu la Warner d’opter pour un film de fiction plutôt que leur projet initial, à savoir un documentaire sur un concert. Le héros s’appelle donc Russell Walker (joué par un acteur, mais Simmons lui-même a malgré tout un autre rôle, pour le clin d’œil), et à partir de là vous pourrez vous amuser à reconnaître les autres qui sont la plupart du temps dans leur propre rôle (Sheila E., Run-D.M.C., Kurtis Blow, Beastie Boys, Rick Rubin, LL Cool J, etc). Concrètement la version finale du film ne correspond pas exactement à la réalité sur pas mal de points mais il permet de se replonger tranquillement dans la scène bouillonnante de l’époque.

8 mile

Le plus connu de la liste, et c’est bien normal dans la mesure où 8 Mile sort à l’époque où Eminem était à son apogée. La version de la vie de Marshall Mathers présentée ici est bien évidemment retouchée sur certains points pour rendre le tout à la fois plus cinématographique mais aussi simplement plus accessible au grand public pas forcément fanatique de rap. C’est pour ça que même si de nombreux aspects sont bien évidemment directement puisés dans la jeunesse du rappeur, on reste dans une fiction : Eminem joue Rabbit, pas officiellement son propre rôle. Le parti pris est simple : plutôt que de se concentrer sur son ascension, on revient à la base : les quartiers pauvres de Detroit où il a grandi et le monde des battles, discipline qui l’a forgé. Bon, forcément, tout est fait pour embellir l’image de Shady, comme cette scène surprenante où il clash en impro un contremaître de l’usine où il travaille pour défendre un homosexuel.

Réussir ou mourir

Même traitement pour 50 Cent au sommet de sa gloire, et même recette en tout point. Ce n’est pas officiellement un biopic puisque le personnage a un autre nom, l’histoire fait un gros travail de lifting sur la jeunesse du rappeur, mais on a les fondamentaux de ce qui a contribué à la légende de Fifty : le passé de dealer, l’assassinat de sa mère, les premiers beefs avec la concurrence, etc. A la différence de 8 Mile , Réussir ou mourir  est ouvertement construit comme une success story, et le film va jusqu’à ce qu’on pourrait considérer comme le premier succès du rappeur à l’échelle locale.

Les fictions

Hustle and Flow

A travers DJay, aspirant rappeur, c’est un coup de projecteur sur le style de la scène de Memphis (outre la B.O, le film pose un regard très tendre sur la ville) qui est opéré par Hustle & Flow. Terrence Howard a fait un gros travail pour le rôle (il a d’ailleurs été nommé à l’Oscar du meilleur acteur) et ses tribulations pour arriver à son but sont dépeintes de manière efficace, entre légèreté et réalisme. Il y a une autre particularité dans l’histoire : le héros est un pimp, un proxénète, figure répandue dans les textes de beaucoup de rappeurs mais finalement de plus en plus absente du cinéma, en tout cas en tant que protagoniste principal. Du coup le long-métrage se réserve des passages doux-amers où le retour à la réalité est parfois tendu, ne serait-ce que dans les rapports entre DJay et ses « employées ».

Notons également que c’est le morceau de la B.O It's Hard out Here for a Pimp  qui a valu à Three Six Mafia l’Oscar de la meilleure musique originale.

Bodied

Dans Bodied , les battles de rap ont une place centrale mais en réalité ils sont utilisés un peu comme une parabole pour illustrer le côté fable sociale du film. En effet on suit le parcours de plusieurs personnages qui se croisent, des battles MC’s redoutables, mais aussi des jeunes totalement étrangers à ce monde, avec comme point central un étudiant fasciné par l’univers des clash qui finit par vouloir lui-même entrer dans ce milieu. Excepté l’acteur principal, tous les rappeurs sont de vrais battles MC’s dont la réputation n’est plus à faire de l’autre côté de l’Atlantique, et ça se sent : toutes les scènes de battles sont souvent hilarantes niveau punchlines. Ah, et le producteur du film s’appelle Eminem.

Carmen Hip Hopera

Pour les amateurs de curiosités avant tout. Comme son nom l’indique, on a affaire à une version rap de l’opéra Carmen. Pour rappel il s’agit d’une histoire d’amour tragique où une femme finit assassinée par un amant éconduit et jaloux. Le film (distribué en VHS à l’époque, pas plus) modernise le contexte, met Beyonce dans le rôle-titre, truffe son casting de rappeurs, etc. Du coup tous les personnages principaux ou presque rappent ou font du RnB, pratiquement tout le temps, en respectant l’histoire de base. Il faut le voir pour le croire.

Beat Street

On reste chez les anciens avec Beat Street  qui met en avant la culture hiphop dès 1984, en nous racontant l’histoire d’un groupe de potes ayant chacun un talent dans une discipline (break, Djing, graff). Emmené par un ami improvisé manager, ils vont tenter de se faire un nom. Outre leur parcours initiatique le film illustre bien la période mais aussi les différences entre le ghetto et le reste de la ville. Epoque oblige, on retrouve des guests de choix : Afrika Bambaataa, le Rock Steady Crew, Kool Moe Dee, Melle Mel et les Furious Five, Kool Herc et on en passe.

Wild Style

Un des pionniers en matière de « film hiphop » si tant est que ça veuille dire quoi que ce soit. En 1983, Wild Style dépeignait déjà plutôt fidèlement les débuts de la culture hiphop avec la mise à l’honneur du graff, en s’attachant aux pas de Zoro, jeune graffeur passionné. Il y a un côté « petite histoire dans la grande » puisqu’à travers son parcours, on découvre la réalité de l’explosion artistique de la scène hiphop de l’époque, le Bronx filmé sans fioriture... Et bien entendu les autres disciplines ne sont pas en reste : on a aussi droit à des grands moments de battles de danse ou de DJ, sans parler des apparitions des rappeurs emblématiques tels que Grand Master Flash, le Rock Steady Crew entre autres.

Breakin’

Centré tout entier sur la danse hiphop, Breakin’ relate les tribulations de trois danseurs, deux breakeurs 100 % street associés à une autre de formation plus classique à la base. Outre les battles de rue contre d’autres crews, ils se fixent pour défi de remporter un concours plus classique en dépit du mépris dont souffre le break à l’époque par rapport aux formes de danses plus conformes à la norme.

Détail amusant : vous pouvez apercevoir un figurant du nom de Jean-Claude Van Damme dans le public lors d’une scène de danse.

Street Dance

Contre toute attente, ce long-métrage pour ados a remis la danse hiphop au goût du jour pour le grand public et les jeunes attirés par le casting (surtout Channing Tatum, qui a percé directement après). Par contre ça reste un film exécrable à tout point de vue, donc on va plutôt vous conseiller la comédie Popstar Never Stop Never Stopping , mockumentaire où une superstar nommée Conner4Real, sorte de croisement très étrange entre Justin Bieber et un mongolien, doit se renouveler après l’échec de son album rap-r’n’b-pop. Niveau guests ça va de 50 Cent à Mariah Carey en passant par Nas, Justin Timberlake, DJ Khaled et pas mal d’autres.

Crédit photo : Capture écran YouTube Get Rich or Die Tryin' - Trailer