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Meek Mill : les 10 moments clés de sa carrière
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 Meek Mill sur scène le 20 octobre 2018 au concert TIDAL X: 1020 (Photo : Taylor Hill / Getty Images)
Meek Mill sur scène le 20 octobre 2018 au concert TIDAL X: 1020 (Photo : Taylor Hill / Getty Images) ©Getty

Meek Mill : les 10 moments clés de sa carrière

En quinze ans de carrière, Meek Mill a incarné jusqu’au bout la figure du “struggle rapper”, ces rappeurs de la lutte, qui se débattent contre les pièges de la rue, les failles du système carcéral américain, et souvent leurs propres travers. Avec sa détermination née dans les joutes verbales des rues de Philadelphie, le “Dream Chaser” a connu des hauts et des bas, aussi bien dans sa vie artistique que personnelle, l’une constamment mêlée à l’autre. Championships, son dernier album sorti fin novembre, se nourrit d’un parcours accidenté, que l’on a balisé en dix moments clés.

1989 : mort du père de Meek Mill

L’histoire de Meek Mill commence de la même manière que nombreux de ses collègues rappeurs. Robert Rihmeek Williams, né le 6 mai 1987, a vécu une enfance dans la précarité du nord de Philadelphie, “élévé par un panneau stop”, comme il le dira plus tard dans le morceau Ambition de Wale, en référence à ces coins de rue où il a vendu de la drogue pour survivre. Sa mère, Kathy, fait vivre le petit Rihmeek et sa soeur aînée Nasheema grâce à des petits boulots, surtout à la mort du père de ses enfants, tués dans une tentative de braquage, en 1989. Dès son plus jeune âge, Meek grandit alors sans véritable figure paternelle, hormis ses oncles. L’un d’eux, à la fin des années 1980, est un DJ. Grandmaster Nell organise des soirées dans le sous-sol de la maison de la grand-mère paternelle de Rihmeek, dans les quartiers sud de Philadelphie. Avec ses cousins, il descend régulièrement dans cette cave pour écouter les disques de leur oncle. C’est ainsi que le futur Meek Mill commence à goûter à l’art qui le fera sortir des rues de Philadelphie.

24 janvier 2007 : arrestation brutale par la police de Philadelphie

Vers 14 ans, entre ses virées sur les bécanes de cross qu’il adore - véritable phénomène populaire à Philadelphie - Rihmeek commence à fréquenter un des meilleurs centres de formations du rap : les battles en pleine rue. Des joutes verbales loin des cadres réglementés de nos Rap Contenders. Les participants y vont généralement un flingue à la ceinture, au cas où une vanne serait mal prise par la concurrence. C’est dans ce sérail, d’où sont sorties des stars comme Beanie Sigel, Freeway et Cassidy, que Rihmeek devient Meek Millz, un concurrent féroce, où sa voix surchargée et ses punchlines vont faire sa réputation. Avec trois autres potes, il crée même un groupe, The Bloodhoundz, qui sortira quatre mixtapes. Mais c’est aussi à cette période, alors qu’il a entre 15 et 16 ans, que Meek mord à l’appât du crime. Il commence à vendre des sachets de drogues dans son quartier, toujours armé au cas où un autre vendeur voudrait s’approprier son terrain. Un soir, alors qu’il a 19 ans, il se fait contrôler par la police, près de chez lui.

L’appréhension tourne mal : Meek Mill se fait tabasser par les deux officiers. La photo de sa garde à vue montre la brutalité des coups qu’il a reçu, une de ses tresses ayant été arrachées dans la bagarre. Les policiers auraient même utilisé sa tête pour défoncer la porte de son domicile, où ils trouveront 30.000 dollars, appartenant à son cousin, dealer de cannabis. Les menottes ont été serrées si durement autour de ses poignets qu’il en garde des cicatrices. Dans leur rapport, les policiers diront qu’ils ont vu Rihmeek vendre du crack (ce qu’il a toujours nié) et qu’il les a menacé avec son arme, détenue illégalement (qu'il a bien admis avoir en sa possession). Cette arrestation vaudra à Meek Mill sa première peine : après cinq mois passés en détention préventive, il est condamné en août 2008 par la juge Genece Brinkley à deux ans de prison ferme et huit de liberté conditionnelle. Il passera finalement six mois derrière les barreaux, mais toujours avec ces dix années de liberté conditionnelle en épée de Damoclès au-dessus de sa tête jusqu’à aujourd’hui.

Octobre 2010 : rencontre avec Rick Ross

Entre sa détention provisoire et son incarcération pour sa première peine, Meek décide de se lancer totalement dans le rap. Ses premières mixtapes et sa réputation grandissante lui permettent de rencontrer T.I.. Impressionné par son énergie et sa détermination, il lui propose de signer sur son label Grand Hustle. Offre impossible à refuser pour le rappeur de Philly, quelques jours avant son entrée en prison, et la sortie du premier volume de Flamers, mixtape qui va accroître la réputation de Meek Mill, notamment grâce à In My Bag, petit tube local. Libéré début 2009, il sort chez Gra,d Hustle le volume 2 de Flamers, justement sous-titrée Hottest In Tha City. Là encore, quelques titres vont cimenter la réputation de kickeur de Meek, notamment le sautillant I’m So Fly, produit par Jahlil Beats, jeune producteur qui sera pour les années suivantes un compagnon de route de Milly.

Jamais deux sans trois : l’année suivante, Meek Mill sort en mars le troisième volet de Flamers, cette fois-ci supervisé par DJ Drama & Don Cannon, qui y apposent leur sceau Gangsta Grillz, reconnu dans le milieu des mixtapes. Le troisième volume contient un nouveau hit pour Meek, avec Rosé Red, toujours signé par Jahlil. Pourtant, ses propres problèmes judiciaires en parallèle de ceux de T.I. l’empêchent alors de vraiment développer sa carrière chez Grand Hustle, dont il se sépare en bons termes début 2010. Meek Mill est alors le jeune espoir porté par les amateurs de rap de Philadelphie. A tel point que, lorsque Rick Ross, de passage en ville, demandera sur Twitter quel artiste il devrait rencontrer, la réponse est unanime : “Meek Mill”. La rencontre se fait dans une radio locale, abouti d’abord avec un couplet de Rozay sur le remix de Rosé Red, et se transforme un an plus tard en la signature de Meek Mill sur le label Maybach Music Group. Au milieu de Wale, Pill, Stalley et Gunplay, Meek Mill (Robert Williams) se fait remarquer, notamment dans sa complicité avec Rick Ross (William Roberts). Perfectionist, Tupac Back, et surtout le bruyant et survitaminé Ima Boss, sont autant de bangers en duo, avec lesquels Meek frappe un grand coup sur le monde du rap. Sa mixtape Dreamchasers, portée par Ima Boss, House Party, et le story-telling haletant Tony Story, signale ses intentions de ne plus être juste le seigneur de sa ville, mais le roi du game, prêt à porter la couronne sur sa tête, débarrassée de ses dreads, symbole de ses années de galère. 

30 octobre 2012 : l’intro de Dreams & Nightmares

Fort de ses apparitions sur la compilation Self Made de Maybach Music, et surtout de sa mixtape Dreamchasers, Meek Mill est l’une des nouvelles sensations du rap américain début 2012. Le magazine XXL l’a sélectionné parmi sa très suivie liste des Freshmen de 2011, aux côtés notamment de Kendrick Lamar et Mac Miller. MTV le classe septième de leur liste des Hottest MC’s de 2012. Meek Mill sait alors que son premier album doit frapper un grand coup. Il sort le deuxième volume de Dreamchasers_en mai 2012, porté par le single festif _Amen avec Drake et Jeremih. Mais c’est en octobre que Meek va donner l’uppercut musical que le public attendait de lui : la première piste de son album Dreams & Nightmares. A l’image de la pochette montrant une chimère mi-montre de luxe, mi-menottes de flic, Dreams & Nightmares (Intro) est une entrée en matière en deux parties. Il expose d’abord ses rêves de réussite (“I used to pray for times like this, to rhyme like this, so I had to grind like that to shine like this”) sur un piano céleste. Puis, à 1 minute et 37 secondes, il interpelle l’auditeur : “Hold up wait a minute, y’all thought I was finished ?”. Sur un beat trap infernal, ses cauchemars surgissent, entre paranoïa et urgence constantes (“I'm ridin' around my city with my hand strapped on my toast, 'cause these niggas want me dead and I gotta make it back home, 'cause my mama need that bill money, my son need some milk”). L’intensité de son interprétation et son flow en deux temps parachève son intention de marquer son époque : “They gon’ remember me, I say remember me”, hurle-t-il. Avec cette intro gigantesque, et une 2e place au classement des ventes d’albums en première semaine, Meek Mill imprime définitivement son nom sur le rap.

20 juin 2013 : assassinat de Lil Snupe

Pour promouvoir son premier album, Meek Mill traverse pendant quelques mois les Etats-Unis, et passe par la Louisiane, dans le sud du pays. Alors que son van est sur le point de partir à la fin de la journée promo, un gamin de 17 ans frappe à la fenêtre. Quelqu’un de l’équipe de Meek l’entre-ouvre, laissant l’adolescent passer un CD, avant que le bus démarre pour l’aéroport. Vingt minutes plus tard, le portable de Lil Snupe sonne : Meek Mill l’invite à le rejoindre dans les jours suivants à Philadelphie. Lil Snupe grimpe le lendemain dans un bus pour trente heures de route, et est accueilli à son arrivée par une Bentley. C’est à l’époque où Meek devient le “boss” qu’il rappait être quelques mois auparavant en créant son propre label, Dream Chasers Records. “Lil Snupe rappe sa douleur, avec un flow d’un rappeur de la côte Est même s’il vient du sud. Il kicke vraiment, en parlant de trucs dans lesquels je me reconnais”, raconte Milly à MTV, quelques mois après avoir signé Snupe sur son label.

Les quelques freestyles captés en vidéo à l’époque montre l’enthousiasme et l’affection que Meek porte à son nouveau protégé, qui sort une mixtape en avril 2013, R.N.I.C.. Mais les espoirs de développer ce jeune artiste prend fin le 20 juin 2013 : alors qu’il vient d’avoir 18 ans, Lil Snupe est abattu de deux balles dans le torse, à cause d’une histoire de pari autour d’une partie de jeu vidéo. Cette mort brutale a profondément affecté Meek Mill, qui s’exprime régulièrement à ce sujet, comme pour en chasser les fantômes. Dès septembre 2013, sur le 3e volet des Dreamchasers, après un freestyle enregistré par son jeune protégé, il rappe sa peine avec une rage dédoublée, la gorge déployée, sur le morceau Lil Nigga Snupe. “They killed my lil nigga Snupe ! My lil nigga was the truth ! And all he wanted was a coupe, all he wanted was a coupe…”. Quatre ans plus tard, sur We Ball, il montrera à quel point la plaie n’est pas refermée en évoquant les souvenirs des funérailles de Snupe. 

22 juillet 2015 : début des hostilités avec Drake

C’est la rage au ventre que Meek envisage 2015, après de nouveaux ennuis judiciaires l’anné précédente (on en parle plus loin). Il se concentre le premier semestre à enregistrer son deuxième album. Mais aussi à passer du temps avec sa nouvelle compagne : Nicki Minaj. Une idylle devenue publique dès mars 2015, et que le couple met en scène dans All Eyes On You, single de Dreams Worth More Than Money. Au sein de cet album massif, un autre titre retient l’attention : R.I.C.O., avec Drake. Les deux rappeurs ont déjà collaboré plusieurs fois ensemble. Mais en 2015, Drake a acquis un statut au-delà du rap grâce à ses derniers albums Nothing Was The Same et If You’re Reading This It’s Too Late. Jalousie du succès grand public de Drake par Meek Mill ? Amertume de Drake de voir son ex-petite amie Nicki Minaj roucouler avec Meek ? On ne sait pas trop quels facteurs sous-jacents ont bien pu provoquer la tempête qui va secouer le mois de l’été 2015. Le 22 juillet, Meek Mill écrit sur Twitter : “Arrêtez de me comparer à Drake par contre… Il écrit même pas ses raps ! C’est pour ça qu’il a même pas tweeté sur mon album, parce qu’on l’a grillé !. Ce tweet, suivi de quelques autres (notamment un où il suspecte Drake de lui avoir envoyé une pique sur Nicki Minaj dans son couplet de R.I.C.O.), déchaîne la presse spécialisée américaine, et se forment rapidement des camps pour chacun des deux rappeurs sur les réseaux sociaux. Drake répond trois jours après avec le titre Charged Up, où il moque les performances commerciales de Meek (“I see you niggas havin' trouble goin' gold”), avant de rentrer dans le vif du sujet avec Back 2 Back quatre jours après. Drake y moque Meek à propos de sa position de première partie sur la tournée de Nicki Minaj (“Is that a world tour or your girl's tour ?”), et le temps qu’il met à répondre à son premier diss (“I waited four days, nigga, where y'all at ?”). Et il faut en effet attendre le 30 juillet pour entendre enfin Meek Mill prendre le micro avec Wanna Know. Meek y attaque la crédibilité de Drake (“Niggas writing for you cause you know you never did shit”, “Spitting another niggas shit, but you claim you king though ?”, et cale une piste-témoin du morceau Know Yourself, signée par le rappeur Quentin Miller. De part et d’autre, les morceaux manquent de punch. C’est ailleurs que l’issue de ce combat va se jouer. Très vite, sur Twitter, les fans de Drake crée des memes moquant Meek Mill. Des détournements qu’utilise Drake le 4 août lors de son concert à son OVO Festival, instant qui pour beaucoup, scelle sa victoire sur Meek Mill. Le rappeur de Philadelphie pensait gagner à coups de punchlines cinglantes, comme à l’époque de ses battles dans les rues de Philly. Mais les règles ne sont plus mêmes dix ans plus tard.

2 janvier 2017 : rupture avec Nicki Minaj

Malgré le succès commercial et critique de Dreams Worth More Than Money, Meek Mill est dans une situation délicate début 2016. Une mesure d’assignation à domicile avec bracelet électronique, pour cause de non-respect de sa conditionnelle l’oblige à rester chez lui de mars à juin 2016. Résultat : impossible pour lui de nourrir son compte en banque avec des concerts et des événements lucratifs liés aux partenariats qu’il a signé avec des marques (Puma, Ciroc, Monster), perdant peu à peu ces contrats. Malgré des sursauts d’orgueil comme Gave Em Hope, Meek Mill donne l’impression d’être isolé, en plus d’être moqué par une grande partie du public suite à sa défaite face à Drake. Son DC4, nouveau volet de sa saga Dreamchasers sorti en octobre 2016, prend une couleur plus sombre que ses précédentes mixtapes. Avec en point d’orgue Blue Notes, dans lequel il confie sa fatigue morale de ses aller-retours en prison, son addiction aux pilules de Percocet (puissant antidouleur), et interroge la vacuité de sa course à l’argent (“Was it the money that made me a savage? Poppin' them Percs and I made it a habit”). Même s’il prétend “rouler dans une décapotable pour qu’il me voit tous briller” dans Shine, Meek Mill ne semble plus courir après ses rêves, ratrapper par sa propre réalité. Ultime coup porté à son ego : début 2017, Nicki Minaj annonce par un tweet être de nouveau célibataire. Jamais avare en occasion d’humilier une célébrité, un grand nombre d’abonnés Twitter et Instagram envoie des “L” de “loser” à Meek Mill. Un couplet de Drake rempli de piques sous-entendues sur le No Frauds de Nicki Minaj mettra un peu plus de sel sur la plaie de Meek.

6 novembre 2017 : condamnation à de la prison ferme

Depuis la sortie de son premier album en 2012, la situation judiciaire de Meek Mill a été un véritable méandre. Toujours en liberté conditionnelle, la carrière du rappeur ne tenait qu’à un fil, placé très près de la lame de l’épée de justice de la juge Brinkley, toujours en charge de son dossier. Suite à une arrestation mineure à New York en octobre 2012, la juge a été particulièrement attentive à ce que Meek Mill respecte ses obligations, notamment en termes de déclarations préalables de déplacement pour ses concerts. Le moindre oubli lui coûte cher : restrictions de voyage, ou encore un humiliant stage de “bienséance” pour apprendre les bonnes manières, en juillet 2013. “Ce sera plus important que n’importe quel de ses concerts” estime-t-elle. Un dépistage de drogue positif au Percocet, anti-douleur prescrit suite à une opération dentaire, une photo où il posait avec un flingue, et un énième manquement à son devoir d’informations sur ses voyages le fera condamner à six mois de prison de juillet à décembre 2014.

L’assignation à domicile de 2016 et ses conséquences laissent, là encore, un goût amer à Meek Mill. Mais le fait aussi réfléchir. Une prise de recul perceptible sur Wins & Losses, son troisième album, peut-être son meilleur, sorti en juillet 2017. Il y balaie toutes les remarques qu’on lui fait sur ses prétendues défaites (Drake, Nicki Minaj) pour se recentrer à l’essentiel : la plus grosse défaite, c’est la mort de Snupe, ses allers-retours en prison, le racisme systémique américain (Young Black America), et la victoire réside dans le surpassement de tout ça. Un nouvel état d’esprit qui est rapidement mis à l’épreuve. Le 17 août, alors en promo à New York, Meek Mill se fait filmer sur Instagram live, tapant une roue, sans casque. Le lendemain, la police new-yorkaise l’arrête pour conduite dangereuse et mise en danger de la vie d’autrui. Relâché de sa garde à vue, la police abandonne les charges retenues contre lui. Mais pas la juge Brinkley : elle estime qu’avec cette infraction, il a encore enfreint sa conditionnelle. Elle le contraint à limiter ses déplacements.

Mais il continue à se produire en concert en dehors de Philadelphie. Pour elle, c’en est trop : le 6 novembre 2017, elle condamne Meek à une peine de 4 ans de prison, dont deux fermes, pour son non-respect de la limitation de ses voyages, et un test positif au Percocet. Cette nouvelle condamnation, plus lourde que les précédentes, fait réagir ses fans et ses collègues rappeurs. Le 13 novembre, plusieurs centaines de personnes se rassemblent devant le palais de justice de Philadelphie. Parmi eux, Rick Ross, Macklemore, et des sportifs, actifs ou retraités. Tous demandent un nouveau procès pour Meek, devenu le symbole d’un système carcéral biaisé, pour ses supporters et les défenseurs des libertés individuelles. Même Jay-Z s’exprime sur le sujet, le temps d’une tribune publiée dans le New York Times. “A 30 ans, il a été en conditionnelle toute sa vie d’adulte. Depuis dix ans, il est harcelé par un système qui considère que la moindre infraction justifie son retour en prison”. Meek, lui, reste à l’ombre : la juge Brinkley refuse de fixer une caution pour sa remise en liberté.

4 février 2018 : les Philadelphia Eagles entrent sur le terrain du Super Bowl sur du Meek Mill

Il y avait déjà eu cette scène du film Creed, deux avant plus tôt. Au son du Lord Knows de Meek Mill, Donnie, le personnage principal du film, court sur le bitume rempli de nids-de-poule des rues de Philly, entouré de lascars du coin enfournés sur leurs bécanes de cross, levées en Y. Alors que l’entraîneur de Donnie, Rocky, montait les marches au pas de course sur le son de l’orchestre de Bill Conti, son disciple se motive sur le débit de mitraillette de Meek Mill. Une transition pop culture qui va prendre encore plus d’ampleur début 2018. Pour la troisième fois de son histoire, l’équipe de football américain de Philadelphie, les Eagles, vise l’un des titres les plus prestigieux du sport américain : le trophée Vince Lombardi, remis aux vainqueurs des finales du Superbowl. Surtout, l’équipe part en position d’outsider face aux New England Patriots, double vainqueurs consécutifs de l’événement. Avant chaque match, la tradition veut que les équipes entrent sur le terrain sur la musique de leur choix.

Depuis plusieurs décennies, les Aigles de Philly débarquaient sur la bande originale de Rocky. Mais depuis le début des play-offs, le quaterback Nick Foles et ses coéquipiers ont donné un coup de lifting à cette tradition, en choisissant la deuxième partie du fameux Dreams & Nightmares. “These Philly niggas I brought with me don't fuck around” résonne devant les 67,612 spectateurs du U.S. Bank Stadium de Minneapolis. Les Eagles ont donné raison à Milly, en battant les New Patriots 41 à 33, remportant le premier Superbowl de leur histoire, et célébrant leur victoire dans les vestiaires toujours sur la musique de leur mascotte musicale, criant des “Free Meek Mill”. Une dédicace qui n’a pas laissé insensible Meek Mill, alors toujours derrières les barreaux : “Ca m’a vraiment mis du baume à l’âme d’entendre l’équipe s’approprier mes chansons, parce que je fais de la musique pour ça : inspirer et rapprocher les gens. Les Eagles m’ont eux aussi motivé dans leur manière de surmonter leurs difficultés et blessures pour tout gagner cette année”. Cette fois-ci, c’est sûr : Meek Mill est devenu le hometown hero, l’icône locale de Philadelphie.

30 novembre 2018 : sortie de Championships

D’une équipe de Philadelphie à une autre. Le 24 Avril 2018, Meek Mill arrive en hélicoptère à un match de basketball des 76ers. Ses avocats ont réussi à obtenir gain de cause, soutenant que sa peine de prison pour violation de sa conditionnelle était un déni de justice, et une décision partiale de la juge en charge du dossier. Celle-ci aurait tenté de profiter de sa position pour demander à Meek de renier son contrat de management avec Roc Nation (entreprise de Jay-Z) pour celle de Charlie Mack, proche de la juge et ancien manager de Meek Mill, à ses débuts. Des accusations assez sérieuses pour que le FBI enquête sur la juge. Plus encore, dans une liste de policiers suspectés de corruption, le procureur de Philadelphie cite en mars 2018 l’un des agents de police qui avait arrêté Meek Mill dix ans plus tôt.

Le bureau du procureur va alors dans le sens des avocats du rappeur : toute cette affaire est injuste depuis le départ. Deux semaines avant son 31e anniversaire, Meek Mill est de nouveau un homme libre. Mais on estime que tout cela lui a déjà coûté, en dix ans, plus de 30 millions de dollars (26 millions d’euros) en frais de justice. “What’s free ?”, “qu’est-ce qu’être libre ?”, se demande-t-il dans un des morceaux de son quatrième album, Championships, sorti le 30 novembre dernier. “Locked me in a cell for all them nights and I won't snap”, souligne-t-il, pour montrer sa nouvelle détermination construite derrière les barreaux de sa cellule. Une expérience carcérale dont il parle avec détails dans Trauma, sur un instru ressuscitant un ancien morceau de Mobb Deep. Championships_est un poing en l’air : celui que l’on lève pour fêter une victoire, mais aussi pour protester contre une injustice. Après avoir couru après ses rêves et disséqué ses cauchemars, soupesé ses réussites et ses échecs, Meek Mill a trouvé un nouvel objectif en usant de sa propre expérience pour défendre des causes plus grande que lui, avec cet album et une récente tribune dans le _New York Times. “J’ai appris de mes erreurs, c’est le prix à payer pour être grand”, rappait-il dans Price, en conclusion de Wins & Losses. Il se peut que Meek Mill y soit enfin parvenu.