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Lil Wayne : retour sur les 10 moments clés qui ont fait sa légende
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Lil Wayne [NEWS 06 / 10]
Lil Wayne [NEWS 06 / 10] ©Getty

Lil Wayne : retour sur les 10 moments clés qui ont fait sa légende

La sortie de "Tha Carter V" vient achever une attente interminable et relance une carrière unique !

Ete 1991 : rencontre avec Bryan “Baby” Williams aka Birdman

Annoncé depuis cinq ans, le douxième album officiel de Lil Wayne a enfin vu le jour après des dernières années troublées pour le rappeur de la Nouvelle Orléans, aussi bien à cause de ses problèmes de santé que de sa relation compliquée avec son ancien label, Cash Money Records. Celui qui s’auto-proclamait il y a dix ans le meilleur rappeur de son temps a enchaîné les déconvenues, mais aussi les albums et mixtapes en demie-teinte, loin de la gloire des sommets de sa carrière. Le succès commercial du cinquième épisode de Tha Carter, la saga qui lui a permis de s’imposer comme un des plus grands virtuoses du rap, prouve que malgré cette période difficile, Wayne est toujours un artiste chéri du public après vingt ans de carrière. Un parcours accidenté, que l’on a essayé de résumer en dix moments clés racontant la vie et la trajectoire de Weezy.

30 mars 1999 : sortie du morceau Bling Bling

Les premières années de la vie de Lil Wayne sont celles d’un enfant qui grandit dans la précarité du quartier de Hollygrove, au nord-ouest de la Nouvelle Orléans. Sa mère, Jacida, quitte le père du jeune Dwayne Jr. quand il a deux ans. Le garçon connaîtra ensuite deux autres beaux pères. Des figures paternelles qui vont et viennent, jusqu’à Reginald, surnommé “Rabbit”, que Lil Wayne considère comme son vrai père. Au point que Dwayne Jr. préfère se faire appeler “Wayne” pour ne pas avoir d’attache nominative trop marquée avec son père biologique. Mais il y a une autre figure paternelle qui apparaît dans la vie de Wayne alors qu’il n’a que 9 ans. Passionné de rap, il fréquente régulièrement un disquaire où il fait la rencontre, lors de l’été 1991, de Bryan “Baby” Williams, fondateur d’un jeune label appelé Cash Money Records. Baby donne sa carte de visite à Wayne, qui l’appelle régulièrement, laissant des freestyles sur son répondeur.

La mère de Lil Wayne tempère un temps les envies de son fils, mais laisse finalement celui qu’on appellera Birdman le prendre sous son aile. Il le signe sur Cash Money avec le rappeur Doogie, futur B.G., et leur fait sortir l’album True Story sous le nom de “The B.G.’z” en 1995. Mais peu avant cette entrée dans le monde de la musique, le jeune Wayne passe à côté d’une mort certaine. En manipulant le pistolet de son beau-père, il se tire une balle dans l’abdomen, et ne doit son salut qu’au sauvetage de Robert Hoobler, policier qui n’était pas en service au moment où il répond à un appel d’urgence au sujet d’un jeune garçon blessé par balle. Emmené aux urgences, Wayne s’en sort miraculeusement. Quelques temps plus tard, il arrête l’école, et se lance définitivement dans le rap.

5 décembre 2005 : sortie de l’album Tha Carter II

Si Wayne est considéré par de nombreux amateurs comme l’un des plus grands rappeurs que le genre a connu, son début de carrière n’est pas auréolé du même panache que ses sommets artistiques. Les premiers albums de Weezy, Tha Block Is Hot, Lights Out et 500 Degreez, sont inégaux et marqués par l’ombre de ses grands frères des Hot Boyz : Juvenile, B.G. et Turk. Pourtant, c’est grâce à ces aînés bienveillants qu’il va aussi faire ses premiers coups d’éclat, en 1999. D’abord le 24 février de cette année-là, avec son pont dans le tube Back That Azz Up de Juvenile, avec lequel il popularise l’expression “drop it like it’s hot”, reprise plus tard par Snoop Dogg. Mais surtout un mois après, Wayne rappe le refrain d’un titre passé lui aussi à la postérité, “Bling Bling” de B.G.. “Every time I come around your city : bling bling. Pinky ring worth about fifty : bling bling”... En résumant la richesse ostentatoire, démesurée et presque de mauvais goût en une onomatopée, Wayne a créé une expression devenu iconique, utilisée aussi bien pour définir un style de rap que certaines tendances politiques, jusque dans notre pays.

22 mai 2006 : sortie de la mixtape Dedication 2

Alors que l’ouragan Katrina vient de dévaster sa Louisiane d’origine, Lil Wayne, qui vit alors en Floride, sort son cinquième album Tha Carter II. Le disque sort dans un contexte particulier. Mannie Fresh, chef d’orchestre du son Cash Money, avait produit la quasi-intégralité de ses albums précédents, et Wayne a créé avec lui ses premiers tubes, dont Go DJ, sur Tha Carter, sorti en 2004. Mais début 2005, Mannie claque la porte de Cash Money, ne supportant plus les pratiques financières douteuses des frères Williams. Tha Carter II parvient à répondre au défi indirect posé par Fresh : non seulement Wayne y rappe sur une variété de styles, mais il tient son album avec maestria grâce à sa douce folie et sa progression phénoménale dans l’année et demi qui sépare cet album du premier Tha Carter.

Rappant au kilomètre sur Tha Mobb et Best Rapper Alive, s’aventurant dans des terrains jamaïcains ou blues, Weezy donne des coups de menton tout au long du disque, créant un pont entre le style flamboyant de Harlem (il est à ce moment proche des Diplomats) et la décontraction menaçante de sa Louisiane. Il réussit alors à décrocher la deuxième place du Billboard la semaine de sa sortie, mais s’installe aussi comme un rappeur à prendre véritablement au sérieux grâce à son écriture et son magnétisme.

13 mars 2008 : sortie du single Lollipop

vec quelques apparitions de choix (Soldier des Destiny’s Child), Tha Carter II installe Lil Wayne comme une figure du rap mainstream. Mais Wayne entame en 2006 deux années qui vont construire sa légende grâce à une série de mixtapes qui commence avec Dedication 2. C’est le Lil Wayne du "stream of thoughts" qui est alors sublimé, suivant le cours de ses pensées dans un flot de punchlines de plus en plus étranges.

Un Weezy en prise de conscience avec son inconscient, le cerveau en mode cadavre exquis, qui se mettait à rapper sur “n’importe quel beat qui passait à la radio”, expliquait-il à l’époque. Dedication 2 contient aussi Georgia… Bush, réquisitoire contre l’administration du président George W. Bush suite à la gestion catastrophique du passage de Katrina. Dedication 2, Da Drought 3, The Drought Is Over 2 (The Carter 3 Sessions) : autant de mixtapes officielles ou non dans lesquelles Wayne transforme les instrumentaux piqués à d’autres rappeurs en terrain de moto-cross, enchaînant les figures de haute-voltige sans avoir peur de foutre de la boue partout.

On y découvre aussi un Wayne de plus en plus accoutumé aux drogues à mesure de ces sorties, avec en point d’orgue I Feel Like Dying, où, après des métaphores cosmiques, il admet se sentir “prisonnier derrière des tablettes de Xanax”. En pleine ère des mixtapes comme espace de liberté pour les rappeurs dans une industrie du disque en métamorphose, Wayne s’impose comme un maître.

Mars 2010 : passage en prison pour 8 mois

A la fin des années 2000, un des débats les plus houleux, et toujours clivant aujourd’hui, commence à affecter le rap : celui de l’utilisation de l’Auto-Tune. L’artifice, popularisé par T-Pain, “rappeur devenu chanteur” pour traduire le titre de son premier album en 2005, gagne alors en influence. Et avant que Kanye West anoblisse le logiciel comme un véritable instrument avec 808’s & Heartbreak à l’automne 2008, Lil Wayne s’en empare pour le premier single de son très attendu Carter III. Le choix interroge : comment l’auto-proclamé “Best Rapper Alive” peut-il alors faire le choix d’un premier single aussi sirupeux, qui plus est en chantonnant avec cette voix trafiquée ?

En usant de l’Auto-Tune pour accentuer les aspérités de ses cordes vocales de batracien sous lean, Weezy sort un titre audacieux entre rap, r’n’b et pop. Et puis il y a ce clip où, à 1 minutes et 38 secondes, Weezy joue à la rockstar sur le toit de sa limousine, guitare dans les mains et perfecto brillant sur les épaules. Déjà vu dans le clip de Leather So Soft avec Birdman en 2006, cette incarnation de Weezy en icône du rock a fait date, indiquant la direction de son album Rebirth en 2010, dont la posture inspirera des artistes exubérants d’Atlanta et des gremlins sur SoundCloud moins de dix ans plus tard. Des futurs artistes en admiration devant la désinhibition artistique de Wayne, et le succès implacable de Tha Carter III, disque le plus vendu de 2008, certifié platine dès sa première semaine de vente.

25 octobre 2012 : hospitalisation d’urgence de Lil Wayne

Début 2010. Jay-Z a fait un retour en demi-teinte avec The Blueprint 3 quelques mois avant, T.I. termine sa peine pour détention d’armes non-enregistrées, Drake n’est pas encore la star qu’il va devenir, Kendrick Lamar répète ses gammes, Kanye West essuie encore les critiques de son intervention éméché aux MTV Video Awards, Nicki Minaj commence tout juste a montré sa férocité en featurings, et l’onde de choc trap de Flockaveli n’a pas encore secoué le rap. Malgré son bancal album Rebirth (mais le bon single Drop The World avec Eminem), Wayne, lui, porte fièrement la couronne, auréolé du succès du Carter III, de la bonne santé de son label Young Money, et de son flot de featurings, de Yo Gotti à Shakira en passant par Rick Ross et Drake.

Mais Wayne sait qu’il va devoir laisser le trône vacant quelques mois. Les faits remontent à 2007. Wayne se fait arrêter par la police new-yorkaise pour détention de cannabis et d’une arme enregistrée au nom de son manager. Il plaide coupable deux ans plus tard, et en mars 2010, est incarcéré à la prison de Riker’s Island, à New York. Mais avant d’y entrer, Wayne fait ce qu’il sait faire de mieux : produire de la musique. Il enregistre, stocke des sons, qui se retrouveront ensuite sur I Am Not A Human Being, tourne même des clips. C’est lorsqu’une personne manque qu’on lui montre le plus d’affection : les messages “Free Weezy” fleurissent, des lettres ouvertes à ses fans sont publiées sur son blog. Mais le passage par la case prison laissera aussi des séquelles. Lil Wayne avouera dans son carnet d’incarcération, publié en 2016, qu’il a souffert de dépression et a pensé au suicide durant ces huit mois.

4 décembre 2014 :  Lil Wayne rompt ses relations avec Birdman

Lil Wayne a réussi son retour avec Tha Carter IV, un succès commercial pour un album pourtant pompeux et sur lequel Wayne est moins étincelant que par le passé. A l’automne 2012, en pleine préparation de I Am Not A Human Being II, Wayne effectue un vol de la Louisiane vers la Californie, direction Los Angeles. Mais l’avion atterrit en urgence au Texas : Lil Wayne aurait perdu connaissance, et doit être hospitalisé. Simple malaise d’après son entourage. Le problème, c’est que les pertes de connaissance ont continué. Le jour suivant lors d’un vol vers Los Angeles. Puis en mars 2013 sur le tournage d’un clip de Nicki Minaj, un malaise pour lequel il est resté six jours à l'hôpital. “Circulez, y a rien à voir” martèle son entourage.

En 2010, Lil Wayne racontait au magazine Rolling Stone souffrir de migraines invalidantes depuis ses 12 ans et le fameux tir accidentel qui l’a gravement blessé. Il porte régulièrement des bandeaux d’acupression pour soulager ses maux de tête. Des bulletins médicaux publiés par des tabloïds en ligne soulignent alors un taux trop élevé de codéine dans son corps après certains de ses malaises. Wayne balaie ces soupçons en déclarant qu’il souffre d’épilepsie, et que ces pertes de connaissance arrivent fréquemment. Elles se reproduisent en 2016 et en 2017. A chaque fois, le monde du rap s’arrête de respirer quelques secondes : va-t-on perdre l’un des plus grands rappeurs de l’histoire ?

30 septembre 2016 : Lil Wayne rappe sur sa santé mentale avec Solange

Fin 2013, les premières annonces d’un Carter V circulent, via des tweets de l’entourage de Lil Wayne, et même un post Instagram de Kobe Bryant. Depuis la sortie du Carter IV, Wayne répète régulièrement que Carter V sera le dernier de la série des Carter… et probablement son dernier album tout court. Il envisage une vraie retraite artistique depuis quelques années pour ses 35 ans. Les mois passent après ces premières annonces, les déclarations successives sur les reports de l’album aussi, une pochette de l’album est présentée par Wayne sur ESPN.

Le 4 décembre 2014, Wayne craque, et écrit sur Twitter qu’il se sent prisonnier de Cash Money, qui l’empêchent de sortir Carter V. C’est le départ d’une guerre larvée entre Wayne et son ancien mentor, marquée par la mixtape Sorry 4 the Wait 2, où Wayne s’en prend à de nombreuses reprises à Cash Money, suivie de plusieurs provocations de chaque côté, et d’une fusillade dont la cible est le bus de Wayne, à Atlanta, en avril 2015.

Birdman et son nouveau protégé, Young Thug, sont alors suspectés. Le même mois sort Barter 6, album déguisé en mixtape de Young Thug, héritier-fan de Lil Wayne. Certains y voient un pied de nez, une provocation envers Lil Wayne, alors que le disque de Thugga devait s’appeler Tha Carter 6, et a été renommé Barter 6 in-extremis. Pour Thug, c’est un hommage à son idole. Dans tous les cas, le projet de Young Thug déclasse un peu plus Lil Wayne, dont les récentes sorties ne redore pas sa réputation. A peine la trentaine atteinte et Lil Wayne semble devenir déjà has been, balayé par les gremlins rappeurs qu’il a enfanté.

28 septembre 2018 : sortie de Tha Carter V

Parmi les différents singles lancés par Wayne pour paver la route à Carter V, il sort début septembre 2014 Krazy. Le clip le met en scène dans un asile, sous camisole de force. La vidéo, comme le morceau, est caricatural, mais laisse une impression : et si Lil Wayne avait effectivement le cafard ? Deux ans plus tard, presque jour pour jour, il tweete qu’il se sent “sans défense et mentalement vaincu”, et qu’il veut tout arrêter pour avoir enfin un peu la paix. Son tweet suscite l’inquiétude de ses pairs, comme Chance the Rapper (avec qui il a collaboré sur “No Problem”) ou Kendrick Lamar, se filmant en studio, visiblement éméché, rappant des couplets de Wayne et le suppliant de ne pas prendre sa retraite. Loin des clips tapageurs ou des tweets sensationnalistes, Wayne sort surtout une prestation tout en rage contenue dans le titre Mad de Solange, fin septembre 2016.

Sur cette production soul délicate, Weezy semble lessivé et lassé, mais aussi enfin lucide sur les démons qui l’habitent : “And when I attempted suicide, I didn't die, I remember how mad I was on that day, Man, you gotta let it go before it get up in the way” (“Quand j’ai tenté de me suicider, j’ai survécu, je me souviens à quel point j’étais fou de rage ce jour-. Mec, lâche prise avant que ça te monte à la tête”). Wayne parle-t-il de l’accident avec le pistolet quand il avait 12 ans ? Plus que jamais, le martien extraordinaire de Tha Carter III semble loin, et laisse place à Dwayne Carter, un homme qui n’arrive plus à cacher ses cicatrices derrière ses tatouages.

De 2015 à 2018, les difficultés contractuelles de Wayne l’ont ralenti, mais pas abattu. En juillet 2015, il sort Free Weezy Album sur la plateforme Tidal. L’année suivante, 2Chainz sort ColleGrove, un album collaboratif entre lui et Wayne à peine dissimulé (le titre contracte College Park, le quartier de Chainz, à Hollygrove, celui de Wayne), mais 2Chainz le sort à son propre nom, du fait des problèmes contractuels de Weezy. 2Chainz lui rend hommage sur la pochette, en arborant les mêmes tatouages faciaux que Wayne, et avec le morceau Dedication (“If it wasn’t for Wayne, it wouldn’t be a lot of dudes in the game, including me”). Surtout, en 2016, des négociations débutent entre les représentants de Birdman et Wayne pour libérer le contrat de Weezy. Après un premier échec, la nouvelle tombe le 7 juin 2018 : Universal rachète le contrat de Wayne pour la rondelette somme de 10 millions de dollars. Le 26 août dernier, lors de son Lilweezyana Festival à la Nouvelle Orléans, Wayne fait même monter sur scène à ses côtés Birdman, qui s’excuse publiquement des torts qui lui a causé.

Toutes les étoiles sont alignées pour la sortie de Tha Carter V, album qui sort finalement le lendemain de son 36e anniversaire. Lil Wayne ne court plus après l’extravagance de son passé dans les 23 titres de cet album. Musicalement, l’album évite le mauvais goût de coller aux tendances actuelles, tout en gardant un esprit carnavalesque (Dedicate) et tortueux (Used 2) qui sied à Wayne, et en réactualisant quelques tubes rap du passé (Special Delivery sur Uproar, Xxplosive sur Dope Niggaz). Dans le texte, Dwayne Carter Jr. semble rapper plus souvent que Lil Wayne : il y parle de son héritage artistique, de sa paternité, et même du fameux accident de 1994 avec le pistolet de son beau-père. Et alors que la figure centrale familiale de Wayne était dans les vingt premières années de sa carrière son ex-père spirituel, Birdman, Tha Carter V donne plus de place aux figures féminines de sa famille : sa mère, sa file Reginae, son ex-compagne Nivea. Lil Wayne, le Peter Pan du rap américain, a-t-il tué le père pour devenir enfin l’homme qu’il devait être ?