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Le bulletin scolaire de... YoungBoy Never Broke Again
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Le bulletin scolaire de... YoungBoy Never Broke Again
Le bulletin scolaire de... YoungBoy Never Broke Again ©Radio France

Le bulletin scolaire de... YoungBoy Never Broke Again

Et si les nouvelles têtes du rap américain étaient les élèves d'une école ? Que seraient leurs résultats dans leurs différentes matières ? Que dirait leur conseil de classe sur leurs performances ? Voici le bulletin de notes de YoungBoy Never Broke Again.

Pseudo :  YoungBoy Never Broke Again (précédemment NBA YoungBoy)

Vrai nom :  Kentrell DeSean Gaulden

Âge : 18 ans

Adresse : Baton Rouge, Louisiane

Affiliation :  aucune

Label : Never Broke Again, Atlantic, 101 Distribution

Signes distinctifs  : les trois cicatrices sur son front, causées par le port d'une attelle cervicale lors de son enfance

Présentation générale

YoungBoy Never Broke Again est un cas typique d'élève doué mais rattrapé constamment par son environnement et ses problèmes domestiques. Le jeune homme, 18 ans, s'est fait remarquer dans les couloirs de l'établissement autant pour ses devoirs remarquables, en progrès constant, que pour son comportement difficilement gérable. YoungBoy n'a pas une situation familiale des plus confortables : père en prison, mère absente, élevé par sa grand-mère, jusqu'à ce qu'elle décède, le livrant à lui-même. Au vrai collège, le louisianais a arrêté au 9th grade, équivalent de la troisième en France. L'école du rap a été véritablement pour lui celle de la deuxième chance, malgré son flirt continu avec l'école buissonnière de la rue, qui lui a pourtant permis de financer ses enregistrements à coups de combines et de magouilles.

Des affaires qui l'ont amené à passer six mois dans un établissement pénitentiaire pour mineurs, où il a écrit sa première mixtape Life Before Fame , sortie en 2015 alors qu'il avait 15 ans. Depuis, YoungBoy a sorti neuf autres mixtapes. Inspiré par un autre étudiant moins connu, Lil Phat, YoungBoy est soutenu par certains professeurs ou anciens élèves à la réputation solides, comme Boosie et Kevin Gates, ses aînés de Baton Rouge, mais aussi Meek Mill. Ses derniers exposés, les réussis AI YoungBoy  et Ain't Too Long , montre cette filiation, avec ce rap chantonné rempli de blues et de revanche sur la vie. Mais à vouloir trop se battre avec elle, le karma commence à lui jouer des tours...

Géographie

19/20

Entre son accent trainant, son rap mélodieux, sa musique chaude et lourdes en basses, tout chez YoungBoy Never Broke Again respire la Louisiane. Ses clips, tournés régulièrement dans un environnement fait de petites maisons, de végétations denses et de routes défoncés, rappellent les images de ce Sud à la fois touffu et dangereux aperçu dans de nombreux clips des rappeurs du coin ou une série comme True Detective . La mention récurrente de « 38 » est une référence à la North 38th Street de Baton Rouge, où il traine son allure longiligne. « De la paroisse de Catalouha au boulevard Riverbend, aucun mec ne s'amuse avec moi » , crane-t-il sur Dark Into Light , pour marquer son territoire. Pourtant, malgré ses attaches indéniables, YoungBoy est lucide quand à ses chances de survie dans sa ville : «je dois me barrer de Baton Rouge, m'installer à Los Angeles, où j'aurais pas besoin de porter un flingue » . Un amour aigre-doux qui traverse l'ensemble de ses textes.

Expression écrite

13/20

Tout au long de ses différents devoirs, YoungBoy  montre un style épuré et simple. Il manque peut-être d'élaboration, mais sa manière de parler du charbon quotidien, des ruptures relationnelles et des risques permanents qu'il crée, va droit au but. Dès le premier refrain de A.I. YoungBoy , sur Trappin , le décor est planté : les tireurs qu'il côtoie, la paranoïa, et la vie sur le fil du rasoir. Chaque rime de YoungBoy dessine un environnement brutal, où le « glizzy » , le flingue, n'est jamais loin si quiconque tente de toucher au grisbi («reach for my chain then get hit with the glizzy » , menace-t-il dans Wat Chu Gone Do ). War With Us  présente Baton Rouge comme creusée par des tranchées où s'accumule les corps sans vie. Dans Ride On Em , il raconte avec sang froid, de sa voix chantonnante, comment des imprudents ont tiré sur la maison de sa grand-mère et s'en sont mordus les doigts. Sa famille tient d'ailleurs une place importante : Thug Alibi __ raconte son tiraillement entre les avertissements de sa mère sur les dangers de la rue et les conseils de survie de son oncle. En trois ans, le garçon a progressé, utilisant ses mots de manière plus précise pour raconter ces histoires de délinquance quotidienne.

La force de YoungBoy , c'est aussi cette utilisation du « nous » autant que du « je » : la fidélité réciproque à ses proches est une thématiques récurrente. Dans Untouchable , il rend hommage à la mère de son pote 33, et sur Twilight  et Love Is Poison , il rompt toute relation avec une fille qui l'a trahie. Les femmes ont d'ailleurs une place non-négligeable dans ses exposés : You the One  est une bluette légère, et dans Have You Ever , il se montre confiant dans la séduction d'une élève d'une promo supérieure. C'est ce qui fait aussi la force de ses chansons : si, à l'image de celles des élèves de sa génération, elles sont assez courtes (rarement plus de trois minutes), YoungBoy s'attache régulièrement à respecter un thème tout au long de celles-ci, évitant ainsi le hors sujet.

Expression orale

14/20

La signature orale deYoungBoy , c'est ce rap chantonné, sans grande prouesse vocale, mais installant des mélodies accrocheuses, brutes, sans un fil d'autotune. YoungBoy n'est pas un crooner : c'est un véritable rappeur, capable d'élever sa cadence et de la ralentir à loisirs, comme dans son deuxième couplet dans No Smoke  ou sa performance dans Confidential . La filiation avec la voix nasillarde de BG et la corde vocale sensible de Kevin Gates est évidente. Pourtant, YoungBoy rappelle parfois d'avantage l'un de ses contemporains : le floridien Kodak Black. Les deux jeunes rappeurs partagent un timbre de voix presque similaire, même si l'articulation de YoungBoy est plus claire, sa voix moins grinçante. De temps à autres, il monte les décibels et l'intensité de son interprétation, comme sur GG  ou Left Hand Right Hand , morceaux sur lesquels il bombe le torse. Sur ses derniers titres, dont Outside Today  et Love Poison , il pousse encore plus l'interprétation chantée, rappelant par moment une alliance entre Young Thug et Rich Homie Quan, à l'époque de leur combinaison remarquable sur Rich Gang : Tha Tour .

Musique

15/20

En cours de musique, YoungBoy a fait un choix clair : celui d'assumer son héritage louisianais. On retrouve dans son répertoire des orgues, des pianos, des guitares, des percussions synthétiques. Un son qu'il travaille surtout avec Dubba-AA, producteur proche de Kodak Black et fortement inspiré par un maître de la trap mélodieuse, Zaytoven. Ses Murda Gang  et Red Rum __ rappellent même la bounce music de Mannie Fresh, producteur de Cash Money Record , avec ses batteries old school et ses hi-hats agités. Soyeuses, enrobées, souvent mélancoliques, les productions sur lesquelles rap YoungBoy sont aussi assurées par des producteurs du cru comme Red On Da Track et Go Grizzly, qui ont bossé avec Kevin Gates. Par moment, on entend les signatures sonores de noms reconnu,s comme Nard & B (Tee Shirt de Migos, c'est eux), D. Brooks Exclusive (G Herbo, Dreezy, Lil Durk) ou encore le français CashMoneyAP. Malgré cette diversité, il se dégage dans ses choix musicaux une remarquable cohérence, qui évite la redondance.

Chimie

2/20

Il est rarement fait mention de produits chimiques dans les travaux pratiques de YoungBoy. On n'est pas dupe : on comprend bien qu'il parle de ventes de produits stupéfiants, mais il ne mentionne jamais lesquels. C'est effectivement malin pour éviter de se faire pincer. Mais pour évaluer ses compétences en chimie, ça complique l'affaire. Tout juste mentionne-t-il des marques de syrop codéiné dans Outside Today  : « je n'ai pas trouvé mon Hi-Tech, dont je bois mon Actavis aujourd'hui »  souffle-t-il, pour oublier les caméras qui attendent devant sa maison pour ses problèmes judiciaires.

Stylisme

12/20

« Je viens juste de cracher 10 sacs pour un grill » : comme chez bien d'autres de ses camarades de classe, la sape est chez YoungBoy un moyen de flamber. On ne se surnomme pas « plus jamais fauché »  pour rien. Par moment, sur ses morceaux de fanfaronnade comme Left Hand Right Hand , YoungBoy se pavane avec « une ceinture Ferragamo » , ou dans GG , il flâne dans une boutique Neiman Marcus. Il cite aussi régulièrement des marques de luxe portées par la gente féminine, comme dans No. 9 , où il mentionne Goyard, Channel et Yves Saint-Laurent. Un homme de luxe, donc, sans une grande originalité, mais toujours dans cette mince frontière entre le mauvais goût ostentatoire et l'élégance.

Arts plastiques

10/20

YoungBoy  n'a, pour l'instant, pas créé un univers graphique et visuel particulièrement remarquable. Il ne semble travailler exclusivement qu'avec David G, réalisateur également originaire de Baton Rouge. De nombreux clips le montrent traînant avec ses potes du crew NBA, exhibant liasses et automatiques dans des mouvements de danse bizarres, comme dans What I Was Taught . Comme si l'esthétique des clips de la drill de Chicago s'était téléportée 1472 kilomètres plus au sud. A quelques reprises, il se présente accompagné par sa progéniture, montrant un visage plus doux derrière ses postures menaçantes. Comme si, à l'image de son rap, direct, sans fard, sans artifice, YoungBoy ne parvenait pas à donner autre chose que la réalité qu'il souhaite décrire dans ses titres. Pourtant, lui et David G ont parfois essayé d'apporter une épaisseur scénaristique dans certains clips : pour Dream , un meurtre de sang froid à la violence des jeux vidéo. Mais c'est tellement elliptique que l'on comprend mal le sens de cette connexion. Au fond, le détail visuel le plus remarquable chez YoungBoy est son logo, détournant celui d'Air Jordan en remplaçant le ballon de basket par un flingue.

Comportement

6/20

C'est clairement le domaine où ça coince encore pour YoungBoy Never Broke Again . Entre novembre 2016 et mai 2017, le rappeur est passé par la case prison dans une affaire de tentative de meurtres, liée à une fusillade à laquelle il aurait été mêlé lorsqu'il avait 17 ans, âge à partir duquel on peut être poursuivi comme un adulte en Louisiane. Après avoir plaidé coupable, la justice a réduit son éventuelle peine de dix ans de prison à trois ans en conditionnelle. YoungBoy semble avoir pris conscience que ses passages réguliers en heures de retenue ou ses expulsions ne lui rendaient pas service : « enfermé dans cette cellule, j'ai raté trop de trucs, je réfléchis à comment renverser le jeu, parce que je dois sortir de cette cage » , dit-il dans Trappin . Même constat dans Dark Into Light  : « Dans cette cellule, j'ai constaté que j'avais aucun ami. J'y étais couché, mais maintenant je suis debout et je défonce tout » . C'est d'ailleurs dans les chansons emplies de repentance, comme Better Man __ ou Untouchable , que YoungBoy montre son meilleur visage, tant artistiquement qu'en termes d'image publique.

Algèbre

16/20

Depuis la sortie de AI YoungBoy , les chiffres jouent en la faveur du rappeur. Dès la sortie de son clip Untouchable , le 30 mai 2017, les vues et abonnements sur son compte YouTube ont grimpé : il a ainsi gagné près d'un million et demi d'abonnés, et accumulen aujourd'hui 679 millions de consultations de ses vidéos. C'est d'ailleurs Untouchable , avec 107 millions de vue, qui affiche le résultat le plus impressionnant. Côté certification, c'est son autre single phare, No Smoke , qui a fait du bruit, en devenant single d'or le 1er février dernier. Mais Outside Today  est en train de battre tous ses précédents records : la chanson est actuellement 35e du classement tous genre confondus du Billabord, et 18e du classement rap.

Avis du conseil de classe

Elève talentueux,YoungBoy Never Broke Again  a tout pour devenir l'un des futurs diplômés d'excellence de l'école. Il porte l'héritage de ses aînés, sans en revendiquer constamment la filiation et en rajeunissant ce rap typique de Louisiane mêlant rédemption et flamboyance, paroles crues et musique désenchantée. Mais son grand oral, Until Death Call My Name , prévu pour le 27 avril prochain, pourrait bien être repoussé si le conseil de discipline statue sur une expulsion définitive. Il lui faudra un bon délégué de classe pour prendre sa défense, et des juges cléments. S'il n'aurait évidemment pas de quoi se réjouir en cas de sanction sévère, la peine qu'il purgerait pourrait lui donner un statut encore plus iconique dans la région, et auprès de tous les élèves de l'établissement.

> Moyenne générale : 12,22

Crédit photo : Erika Goldring / Getty Images

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