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Le bulletin scolaire de... G Herbo
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Le bulletin scolaire de G Herbo
Le bulletin scolaire de G Herbo ©Radio France

Le bulletin scolaire de... G Herbo

Et si les nouvelles têtes du rap américain étaient les élèves d'une école ? Que seraient leurs résultats dans leurs différentes matières ? Que dirait leur conseil de classe sur leurs performances ? Voici le bulletin scolaire de G Herbo.

► Pseudo : G Herbo (anciennement Lil Herb)► Vrai nom  : Herbert Wright III► Âge : 22 ans► Adresse : Chicago, Illinois► Affiliation : Cinematic Music Group Label : RED Distribution / Sony Music► Signes distinctifs  : aucun

Présentation générale

G Herbo  est l'un des derniers rappeurs à avoir validé son diplôme. Après plusieurs années à avoir montré son potentiel sur de nombreuses mixtapes, de Welcome to Fazoland  en 2014 à Strictly 4 My Fans  en 2016, il a enfin passé avec brio son examen de fin d'année, grâce à Humble Beast  l'an dernier. L'album est un manifeste de son style de rap, quelque part entre la drill dont il est issu, et les modèles new-yorkais dont il se réclame, de Juelz Santana  à Nas en passant par Jadakiss . Il porte aussi l'héritage de vétérans de Chicago, comme Mikkey Halsted, devenu son manager, et Kay-Tone , son oncle décédé en 2010, membre du duo D 2 Tha S.

Comme il le dit dès Street , en ouverture de son album, G Herbo  aurait pu n'être qu'une statistique, un de ces trop nombreux jeunes afro-américains tombés sous les balles des règlements de compte qui sévissent à Chicago depuis le début de la décennie. Les chiffres sont particulièrement éloquents : en 2016, la moitié des meurtres aux Etats-Unis ont été commis à Chi-Town, avec un total de 771 homicides , souvent liés aux activités des gangs. Des potes de Herb y ont laissé leur vie, lui donnant l'impression d'être un rescapé de guerre. En 2016, toujours, il décrivait assez bien sa situation lors de son freestyle pour les Freshmen de XXL en 2016 : « il paraît que j'suis un freshman là, mais j'suis déjà un vétéran » .

Géographie : 18/20

G Herbo  est arrivé dans le lycée avec toute une bande d'artistes venant du même coin que lui, les quartiers Sud de Chicago. Il est de la génération desChief Keef, Fredo Santana, Lil Bibby, Lil Durk, Lil Reese, SD , des rappeurs qui ont débarqué très jeunes avec un style de rap déjà bien aiguisé, la drill music, cousine de la trap d'Atlanta. Depuis ses débuts jusqu'à aujourd'hui, G Herbo est un digne représentant de Chiraq, citant régulièrement les 78e et 79e rues dans lesquelles il a traîné, avec un mélange de fierté et de rejet. Il mentionne régulièrement les artères de sa ville, ses gangs, ses morts, tout est surnommant Chicago « the city of sorrow » , la ville de la tristesse.

Expression écrite : 15/20

« Je sais que je rappe surtout la mort ou la pauvreté, mais ma ville est affamée, c'est Chicago, c'est comme ça » . G Herbo résume ainsi sa musique. Herb peut être classé dans la catégorie des « struggle rappers », ces artistes qui expriment la lutte qu'ils ont du traverser pour se sortir de la rue, les traumatismes qu'elle leur a laissé, mais aussi les leçons qu'ils en ont tiré. Dans ces précédents projets, la série des 4 Minutes for Hell  (dont c'est le cinquième volet dans Humble Beast ) est un parfait condensé des thématiques qui parcourent les textes de G Herbo : la mort omniprésente, le charbon constant pour sortir de la misère, la défonce pour apaiser le quotidien . Pour Humble Beast , Herbo affine un peu plus son écriture pour raconter l'enfer des rues du sud de Chicago. Sur Malcolm , il sort des récits à la première personne avec brio pour raconter la vie d'un jeune homme des rues de Chicago.

Dans Red Snow , il raconte que les gosses sont réveillés le matin par le bruit des fusillades avant d'aller à l'école, et que la neige l'hiver est teintée de rouge à cause du sang versé par les guerres urbaines. Surtout, toutes ces images deviennent peu à peu des souvenirs. Si Lil Gangbangin Ass  est une réminiscence de ses tics de membre de gang, entre langage des signes et provocations à l'égard des bandes rivales, sur Bi-Polar , il pense davantage à mettre les siens à l'abris en restant concentré sur sa carrière de rappeur, alors que les fantômes de ses potes tués dans la rue hantent toujours son esprit.

Expression orale : 15/20

Le flow de G Herbo  est celui d'un faux lent. Il semble parfois off beat, mais tombe toujours juste, et accélère par surprise pour revenir à son apathie de départ. Il en va de même pour son l'intensité d'interprétation, passant de l'aplomb à la rage en un clin d'oeil. Une chose ne change jamais, pourtant, c'est sa voix, éraillée et grave, tout aussi efficace dans des instants de flambe comme Rollin  que dans des morceaux plus émouvants, comme Bottom of the Bottoms . Surtout, son débit sur un titre comme Kill Shit , sorti en 2012 a eu une influence discrète sur plusieurs anciens élèves. À commencer par Nicki Minaj , qui sur Chiraq  s'est largement inspirée de Herb, tout en ayant la courtoisie d'inviter le jeune rappeur de Chicago. Un flow qui a aussi fait des émules chez nous, avec Kaaris sur Se-vrak .

Musique : 15/20

La musique de G Herbo  synthétise deux tendances du rap de Chicago , entre la drill nerveuse et les boucles de soul épiques. Dès sa première mixtape Welcome to Fazoland  des ambiances martiales typiques de la drill originelle, comme Ain't For None  ou Koolin , succédaient à des titres aux ambiances plus chaleureuses, comme Fight or Flight . Herbo a très vite été cherché des instrumentaux nerveux et électriques chez les nouveaux architectes de la trap, comme Southside sur Rollin  et Legend , ou Metro Boomin sur Lord Knows  avec Joey Bada$ . Mais il a peu à peu trouvé son propre style en travaillant avec d'autres talents de Chicago, DJ L et C-Sick , mêlant les 808 à des échantillons éclectiques. Sur Humble Beast , Street  et Crown  samplent des chants gospel, Mirror , Man Now  et Trial s  reprennent des échantillons de soul piqués chez des grands crooners de la soul comme Barry White, Willie Hutch et O.V. Wright . La musique de G Herbo alterne entre le bouillant et le glacial, sans jamais être tiède et impersonnelle.

Chimie : 10/20

Lil Herb, G Herbo  : si son pseudo renvoie à son prénom, Herbert, le diminutif « Herb » rappelle forcément le mot anglais pour « herbe ». G Herbo  est un gros consommateur de cannabis, qu'il continue de fumer, alors qu'il a déclaré avoir arrêté le lean et l'alcool. On parle pourtant d'un type qui affirmait avoir dépensé 18.000 dollars pour du sirop. Mais des anti-douleurs à la codéine, G Herbo a tout arrêté pour rester plus lucide . Quand il en parle, c'est toujours au passé, et sans gloire. « J'ai peut-être tiré sur un gars et oublié, à force de gober du Xanax » , dit-il dans Black .

Mode / Stylisme : 10/20

Arts plastiques : 12/20

La plupart des vidéos deG Herbo  le montre dans des coins sombres, débitant ses textes face caméra, impassible, mettant en scène la violence urbaine quotidienne dont il a été témoin. Pourtant, de temps à autres, un réalisateur inspiré parvient à tirer quelques idées originales de ses titres. Le clip plus réussi est sans doute celui de Bottom of the Bottoms , titre dans lequel il dresse un parallèle entre le système judiciaire américain actuel et l'époque de la ségrégation raciale (« Aujourd'hui le juge nous pend avec une peine de cent ans, avant il nous pendait à un arbre [] Vivre a un coût : comment ça se fait dans ce pays d'hommes libres ? » ). La vidéo tire le même parallèle, mettant en scène Herb affrontant le racisme il y a deux siècles et à notre époque. Dans celui de L's , le twist final le montre tenir au bout de son flingue un type qui a essayé de le tuer, et qui derrière son passe-montagne s'avère être lui-même.

Mais il y a un autre élément visuel qui a une importance notable chez G Herbo : la place qu'il donne à ses potes morts dans la rue. Les titres de ses mixtapes sont déjà des hommages : Welcome to Fazoland  fait référence à Fasion, et Ballin' Like I'm Kobe  non pas à l'ancien joueur des Lakers, mais à son pote Jacobi. Des noms que l'on retrouve régulièrement aux côtés d'autres, affichés sur un graff dans le clip de All My Niggaz , ou écrit en rouge sang dans la neige pour celui de Red Snow .

Comportement : 14/20

Malgré son affiliation à un gang, on sait finalement peu de choses sur le passé de G Herbo. Il a été viré d'un collège, abandonné son cursus au lycée. Un internaute a fuité des captures d'écran de documents judiciaires indiquant qu'il aurait été arrêté pour possession de cannabis et détention illégale d'armes à feux. En 2016, les autorités canadiennes lui ont refusé le droit de passer la frontière pour un concert avec Pusha T. Au-delà de ces erreurs de jeunesse, Herb montre un profil plutôt positif depuis le début de sa carrière. Aucun scandale, aucune arrestation, un discours encourageant auprès des jeunes élèves de son ancien lycée, et une future paternité.

Algèbre : 10/20

C'est dans cette matière que ça pêche sans doute le plus pour Herb : les chiffres ont, pour le moment, du mal à s'additionner pour lui . Le succès d'estime et critique est incontestable, les vues YouTube non négligeables, ses vidéos dépassant régulièrement les millions de consultations, que cela soit sur son compte ou celui de WorldStarHipHop. C'est celle de Kill Shit , son premier coup d'éclat, qui montre le plus beau total, avec plus de 30 millions de vues. Mais côté ventes, Humble Beast , son premier album officiel, ne s'est vendu qu'à 20.000 exemplaires, dont 14.000 en physique. Un chiffre honorable, qui montre une vraie base de supporters fidèles, mais qui souligne son manque d'attrait pop auprès d'un plus large public. Le titre sur la gente féminine de Humble Beast , I Like , est d'ailleurs le moins réussi. Il lui manque encore un réel tube qui le ferait décoller en termes de popularité et d'impact commercial – s'il en a vraiment le souhait.

Avis du conseil de classe

G Herbo  est l'un des élèves les plus doués sortis des bancs de l'établissement depuis cinq ans . Il a progressé, fait ses classes, travailler ses points forts : un rap intense, réfléchi, puisant dans plusieurs héritages musicaux, sans sonner opportuniste. Herb est devenu une voix importante de Chicago, narrant les cicatrices laissées par les guerres de territoire à chaque coin de rue et dans chaque âme qui y vit. Il lui faut encore approfondir son image, et sa capacité à créer des titres plus accessibles sans perdre sa singularité, s'il veut devenir encore meilleur. Son mémoire, Humble Beast , est en tout cas l'un des plus remarquables et cohérents de l'an dernier. Un devoir qu'il va compléter vendredi 16 février prochain par une soutenance, en sortant une version deluxe de l'album, complétée de dix titres supplémentaires.

► Moyenne générale : 13,22

Crédit photo : Mouv'