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La fiche de perf' de Joe Budden
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La fiche de perf' de Joe Budden
La fiche de perf' de Joe Budden ©Radio France

La fiche de perf' de Joe Budden

Mouv' vous propose désormais de passer au crible les performances d'un artiste qui a marqué le rap. Après DMX, on évalue la carrière de l'inénarrable Joe Budden.

Nom :  Joseph Anthony Budden II Pseudo :  Joe Budden Âge :  37 ans Villes d'origine :  Harlem, New York, puis Jersey City, New Jersey Nombre d'albums :  8 Titres :  Aucun Récompenses : Aucune Equipes :  EMPIRE, Shady Records, E1 Music, Amalgam Digital, Def Jam Coéquipiers :  Slaughterhouse Record :  Aucun

Ecriture : 85%

Connu surtout pour son tube festif et estival de 2003 Pump It Up , Joe Budden s'est forgé en une quinzaine d'années de carrière la réputation d'une fine plume, aussi acerbe dans les egotrips et diss tracks que chirurgical dans ses introspections. Joe Budden, atteint depuis l'adolescence de dépression, a fait de son rap un journal intime, rappant sur ses problèmes relationnels avec sa famille, ses multiples conquêtes, et le milieu du rap. Dans sa manière de traiter de la dépression et de faire du mal-être affectif le sujet de ses chansons, Budden peut être vu comme une sorte de précurseur, un pont entre la sensibilité virile de certains artistes de la fin des années 90 (2Pac, DMX, Eminem) et toute la nouvelle vague d'emo-rappeurs s'épanchant sur leur problèmes personnels, de Drake à Lil Uzi Vert. Sur 10 mins , il faisait le bilan des deux premières décennies de sa vie. Dans Are You In That Mood Yet ? , il pesait sur la balance ses difficultés financières et les problèmes de garde alternée de son fils. Anti  était un autoportrait amer sur sa misanthropie. Une introspection qui pouvait aussi explorer parfois son inconscient, comme lorsqu'il parle des actes manqués dans Sidetracked  ou de ses rêves dans In My Sleep .

Joe s'est aussi fait reconnaître comme un redoutable punchlineur, maniant la phrase qui tue comme un lanceur de 3 points, tant les références au basketball sont légion dans ses textes. Un talent qui l'a amené à se confronter à d'autres, dans des battle, des diss tracks, ou simplement au travers de sous-entendus vicieux (« J'suis un adulte, je ne regarde pas le trône, je vais le saboter » , en référence à Jay-Z et Kanye West). Enfin, l'une des grandes qualités de Joe Budden est son talent de narrateur, notamment pour dépeindre des drames familiaux ou amoureux, comme dans Three Sides to a Story , Secrets , ou Freight Train .

Flow : 70%

À ses débuts, Joe Budden jouait d'avantage sur ses placements de rimes, telle une jeune recrue courant partout sur le terrain. Pump It Up , Dumb Out , Oh My God  en sont de belles démonstrations. Sa carrière avançant, son débit s'est fait de plus en plus monotone. Si ces dernières années, le flow de Joe Budden peut lasser, il utilise surtout moins d'acrobaties verbales pour mieux laisser ses textes respirer. D'ailleurs, dès que son débit devient plus rapide, Joe n'est pas à sa plus grande aise. Inutile de lui demander des accélérations : sur le terrain, Joe est plutôt un milieu de terrain ou un arrière, en charge des coups francs et shoots à trois bien placés.

Voix : 70%

Reconnaissable à son ton bas et son élasticité, la voix de Joe Budden n'est pas la plus impactante ou la plus originale de ces vingt dernières années. Pourtant, abîmée par des années de tabagisme revendiquée jusqu'à la pochette de Mood Muzik 4 , elle est la meilleure accompagnatrice du style de Budden, capable d'excès de confiance dans ses diss tracks enflammés, que dans ses élans d'émotions, comme lorsqu'il combat avec sa dépression dans Whatever It Take s  ou qu'il s'adresse directement à son fils sur ses défaillances de père dans Love, I'm Good . Capable par moment de chantonner avec justesse certains refrains (Immortal , No Idea , Follow My Lead ), Joe, en grand fan de r'n'b, a aussi saisi ses limites vocales en faisant régulièrement appel à Emanny, chanteur dont la voix rappelle par moment celle de Trey Songz, et avec qui Joe compose le duo Summer Leather Vest.

Choix des prods : 75%

En pur produit du rap de la fin des années 90 et début des années 2000, Joe Budden a choisi une grande partie de sa carrière une esthétique faite de samples de soul et de rock posés sur des rythmiques plutôt lentes et appuyées. Son grand tube de 2003, Pump It Up , et sa production euphorique et bondissante signée Just Blaze, en est un illustre symbole. Pourtant, la couleur musicale de son premier album est à la fois un indicateur et un leurre. Car malgré toute sa meilleure volonté, Joe n'a jamais brillé à nouveau sur le minimalisme de Focus  et Fire , ni sur l'ambiance ardente de Pump It Up , lors des ses nouvelles tentatives de single les années suivantes. C'est donc d'avantage dans des atmosphères sombres, méditatives ou hargneuses qu'il aura été en totale harmonie. Par moment, sa musique a pris des teintes douces, comme pour la reprise du romantisme de Since I Seen't You  d'Anthony Hamilton pour Are You In That Mood Yet ?  ou la passion d'une boucle de Willie Hutch sur The Soul .  Parfois, elle flirtait avec différentes teintes de rock : on retrouve aussi bien le post-grunge de Staind, le heavy Alice In Chains, le glam rock de Bad English, ou le prog-rock d'Aphrodite's Child. Des temps de jeu travaillé avec des producteurs de seconde ou troisième division, non-dénués d'un certain talent : Dub B à ses débuts, The Klassix entre 2007 et 2009, Jared F pour Escape Route .

A partir de Mood Muzik 4 , en 2010, la musique de Budden quitte peu à peu ces modèles d'hier pour épouser les inflexions brumeuses et stratosphériques du son Toronto / OVO, mêlées aux sensibilités pop-rock de Budden. Cardiak, AraabMuzik ou Vinylz y proposent des pianos mélancoliques ou sentimentaux, étirés et remplis d'échos, qui viennent se mêler à des voix distantes et des guitares électriques parfois presque blues. De A Loose Quarter  à la trilogie des Love Lost , la musique de Budden semble sonné comme sortie de la stratosphère, avec de nombreuses nappes aériennes, tantôt orageuses, tantôt portées par une brise légère.

Feats : 30%

Rappeur respecté voire adulé par une fan base fidèle, Joe est resté un joueur de milieu de tableau tout au long de sa carrière. A ses débuts, il a pourtant donné la réplique à des chanteurs et chanteuses sur quelques tubes r'n'b, comme le Clubbin  de Marques Houston ou le Whatever U Want  de Christina Milian. Pas de quoi faire du rappeur un MVP, d'autant que sa cote dans les coopérations fructueuses a baissé à mesure de ses multiples beefs. Soliste de gré et de force, s'embrouillant même avec ses collaborateurs d'hier (Ransom, notamment), Joe a pourtant trouvé avec Royce Da 5'9'', Joell Ortiz et Crooked I des partenaires de rimes sur qui compter. Le quatuor a sorti des performances redoutables, sur leurs mixtapes, ou le temps d'un freestyle aux BET Awards avec Eminem, qui les a signé sur Shady Records en 2011. Un transfert qui s'est avéré assez stérile, avec le décevant album Welcome to: Our House  en 2012.

Embrouilles : 80%

C'est une constante de Joe Budden depuis le début de sa carrière : le trash-talk. Quelque part entre Marco Materazzi, Reggie Miller, Diego Costa et Kevin Garnett, Joe n'a jamais eu sa langue dans sa poche, sur et en dehors du terrain. La liste est longue. Prenez une grande inspiration, et lisez cette liste : The Game, Jay-Z, Prodigy, Lil B, Method Man, Raekwon, Saigon, Ransom, Meek Mill, Drake, Russ... et même certaines de ses ex, comme les video vixens Gloria Velez et Esther Baxter. Après la musique, sa transformation en consultant dans l'émission Everyday Struggle lui a donné une plateforme idéale pour exprimer ses opinions tranchées. Son échange musclé avec Lil Yachty et son départ à la fin de l'interview avec Migos sont devenus parmi les moments médiatiques les plus commentés de 2017. Joe Budden se défend pourtant d'être un fouteur de merde par pure gratuité, même s'il admet avoir un problème de tempérament. Dernière preuve en date : son départ avec fracas de l'émission Everyday Struggle, pour cause de désaccord avec Complex.

Leadership : 10%

Loup solitaire, Joe Budden n'a jamais mené un groupe, poussé la carrière de jeunes artistes, ou véritablement lancé la carrière de producteur, même s'il a été l'un des premiers à travailler avec Cardiak (Rick Ross, Dr. Dre, Drake). En termes de talent de meneur de jeu, on repassera.

Probabilité de poursuite de carrière : 40%

En juin 2016, Joe Budden a donné ce qu'il a annoncé comme ses derniers concerts. Ce qui pourrait insinuer que le mitigé Rage & The Machine , son dernier album entièrement produit AraabMuzik, serait peut-être son dernier album. D'autant qu'avec son succès en tant qu'analyste, observateur et polémiste du rap, à la fois dans son podcast, Everyday Struggle, et peut-être bientôt sur le site Revolt TV de Diddy, Joe pourrait être bien trop occupé pour enregistrer en studio. Royce Da 5'9'', qui sort le 16 mars l'album PRhyme 2  avec DJ Premier, semble dire du bout des lèvres qu'un futur album de Slaughterhouse semble compromis, chacun étant retourné à leurs occupations. Mais il y a fort à parier que si un autre rappeur chatouille Joe, ou que (et on ne lui souhaite évidemment pas) sa nouvelle vie de famille se détériore, il retournera probablement en studio poser ses coups de sang ou de mou.

► Score général : 50/100

Crédit photo : Johnny Nunez / Getty Images

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