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La fiche de perf' de J. Cole
La fiche de perf' de J. Cole ©Radio France

La fiche de perf' de J. Cole

Mouv' vous propose désormais de passer au crible les performances d'un artiste qui a marqué le rap. Après Pusha T, on évalue la carrière de J. Cole.

Nom :  Jermaine Lamarr ColePseudo :  J. ColeÂge :  33 ansVilles d'origine : Francfort, Allemagne, puis Raleigh, Caroline du NordNombre d'albums :  5Titres :  1 double disque de platine, 3 disques de platine, 1 disque d'orRécompenses :  5 BET Awards, 1 Billboard Music AwardEquipes : Dreamville, Roc Nation, Interscope, Columbia, ByStormCoéquipiers :  Ari Lennox, Bas, Cozz, Omen, Lute, J.I.D, EarthGangRecords : Son troisième album, 2014 Forest Hills Drive , a été le premier album de rap sans invité à devenir numéro un des ventes en vingt-cinq ans. KOD , son dernier album, a battu des records de streaming, avec la première journée 64,5 millions d'écoutes sur Apple Music, et 36.7 millions sur Spotify.

Ecriture : 75%

J. Cole prend son sport très au sérieux. C'est un rappeur cérébral, se réclamant de joueurs adulés comme Nas ou respectés comme Canibus. Cole veut que chaque temps de jeu, chaque balle touchée ait un but précis. Ses meilleurs titres sont d'ailleurs ceux qui développent une thématique. Lost Ones  déroule le dialogue d'un jeune couple où la fille est enceinte et dont le conjoint lui suggère d'avorter. A Tale of 2 Citiez  aborde le sujet du rêve de réussite sociale en mettant en parallèle les deux côtés de la ville où il a grandi. Fayetteville, où le voisinage de sa maison d'enfance qu'il a racheté à l'âge adulte l'a pris pour un dealer, raconte-t-il dans Neighbors . Dans Let Nas Down , il s'adresse directement à son idole pour peser l'équilibre compliqué entre succès d'estime et réussite commerciale. Ce sont aussi ses morceaux biographiques et introspectifs sur lesquels sa personnalité s'exprime le plus finement, à l'image de 03 Adolescence . Le seul réel problème de J. Cole, c'est qu'il force parfois trop le trait, comme un footballeur faisant le passement de jambes de trop et qui en perd son ballon. C'est notamment le cas lorsqu'il s'attaque à des thématiques plus sociales ou politiques – passant souvent pour un ennuyant moralisateur. Crooked Smile  passe d'un développement sur la superficialité des canons de beauté actuels à une digression sociétale qui manque d'épaisseur. BRACKETS  tombe dans une démagogie naïve en essayant d'argumenter sur le mal-fondé des impôts. Et puis il a un don pour faire des air balls incroyables lorsqu'il s'essaie au trait d'esprit ou à la punchline : « My verbal AK slay faggots/ And I don't mean no disrespect whenever I say faggot, okay faggot? » .

Flow : 70%

Sans être d'une originalité renversante, le flow de Jermaine est d'une précision et malléabilité remarquables. Sur des titres mid-tempo plus classiques, comme Wet Dreamz ou Change , il se montre à la fois comme un élève des plus grands, mais aussi comme un rappeur trop classiciste. C'est peut-être lorsqu'il occupe l'espace laissé sur des rythmiques lentes qu'il sonne le plus intéressant, comme celles de Déjà Vu  ou January 28th , en étirant sa diction, ou en accélérant sa cadence sur Neighbors  ou Forbidden Fruit .

Voix : 70%

Malgré ses 33 ans, la voix de J. Cole a gardé l'aspect juvénile de ses débuts. Une voix mélodieuse, plutôt douce, sans aspérité, même si avec l'âge il a gagné en maitrise de son outil vocal. C'est particulièrement notable à partir de 2014 Forest Hills Drive , où son chant devient plus clair et juste. Elle sonne particulièrement en phase dans ses titres les plus personnels, à l'image de 4 Your Eyez Only , dans laquelle il raconte avec une émotion contenue la vie d'un ami disparu à la fille de celui-ci.

Choix des prods : 75%

J. Cole est l'un de ses rares majeurs actuel à continuer de jouer sur une musique chaude, organique, inspirée du rap des années 90 et riches en sample de soul et de jazz, loin des batteries électroniques contemporaines. Ses terrains de jeu favoris ressemblent à ceux sur lesquels évoluaient Common, Lauryn Hil du temps de The Miseducation of Lauryn Hill , ou Kanye West époque College Dropout et Late Registration . A l'image de Yeezy, Cole a un profil de milieu de terrain complet, tout à la fois rappeur et producteur. Sur son premier album, Cole World : The Sideline Story , ses productions avaient parfois un côté tape à l'oeil, comme une volonté de démontrer ses talents de manière trop poussée, malgré des moments de finesse (Lost Ones ) ou explosifs (Rise and Shine ). Pour Born Sinner , l'album suivant, il a tenté de complexifier ses rythmiques, rappelant parfois le style d'un Timbaland, et donner une texture plus ardente et rugueuse à son styles parfois peut-être trop lisse, notamment sur un titre comme Power Trip . C'est sans doute avec 2014 Forest Hills Drive  qu'il a trouvé le meilleur équilibre, avec des instrumentaux aux simples intelligemment travaillés, mélodieux mais moins démonstratifs, comme No Role Modelz  ou Wet Dreamz . Depuis, malheureusement, Cole semble ne pas être aussi inspiré. 4 Your Eyez Only  sonne par moment comme de la musique d'ascenseur, et KOD  propose par moment des instrumentaux si épurés qu'ils sonnent squelettiques.

Feats : 15%

Avec moins d'une centaine de featurings en un peu moins de dix ans de carrière, J. Cole n'est pas l'un des joueurs les plus décisifs dans des actions collectives. Aucun de ses feats ne s'est d'ailleurs transformé en succès phénoménal, la marche la plus haute ayant été atteinte par le titre Planez  avec Jeremih, classé 44e au Billboard en 2015. Certes, certaines de ses frappes ont été remarquées, notamment sur le Looking for Trouble de Kanye West ou le All I Want Is You  de Miguel, mais J. Cole semble être d'avantage dans son élément lorsqu'il évolue dans son propre univers.

Embrouilles : 40%

Malgré son image plutôt propre, sans réels cartons pris sur le terrain, J. Cole se laisse aller de temps à autres à quelques piques à ses concurrents ces derniers temps. Dans False Prophets , J. Cole semblait ainsi balancer des sous-entendus sur l'ego démesuré de Kanye West et les soupçons de ghostwriting derrière les textes de Drake. Dans Everyboy Dies , J. Cole s'adressait directement à la génération actuelle de nouveaux rappeurs qui ont émergé de SoundCloud : « Bunch of words and ain’t sayin' shit, I hate these rappers / Especially the amateur eight week rappers / Lil' whatever – just another short bus rapper / Fake drug dealers turn tour bus trappers » . Lil Pump et Trippie Redd n'ont évidemment pas laissé échapper ces petites poussettes, enregistrant un Fuck J. Cole  sans équivoque. Réponse quelques mois plus tard de Cole dans 1985 (Intro to « The Fall Off ») , où il essaie de montrer de la hauteur malgré les polémiques sur le fossé de génération : « I love to see a Black man get paid / And plus, you havin' fun and I respect that / But have you ever thought about your impact ?/ These white kids love that you don't give a fuck / 'Cause that's exactly what's expected when your skin black » .

Leadership : 80%

Tout joueur soliste qu'il est dans ses temps de jeu personnels, J. Cole n'en est pas moins un pousseur de talents. Avec son manager Ibrahim Hamad, ils ont monté leur propre équipe avec Dreamville Records, constituée de joueurs issus de villes différentes : Bas (New York), Cozz (Los Angeles) J.I.D. et Earthgang (Atlanta), Ari Lennox (Washington), Lute (Charlotte), Omen (Chicago). Chacun avec des personnalités marquées, ils portent l'identité du label Dreamville, un rap conceptualisé et appliqué, sur des musiques gonflées en boucles chaudes ou rugueuses. Des talents suivis de près par les observateurs, mais pour le moment méconnus du grand public : leurs albums reçoivent régulièrement des critiques positives, mais peinent à atteindre les mêmes résultats que ceux de Cole pour le moment.

Probabilité de poursuite de carrière : 100%

Avec la récente sortie de son cinquième album KOD, J. Cole n'est pas près tout de suite d'arrêter sa carrière. En 2016, J. Cole laissait pourtant planer un doute sur une éventuelle retraite anticipée dans la J. Cole Interlude sur le Major Key  de DJ Khaled : « Niggas murkin’ each other, in murky water I try and swim / How the fuck do I look when I brag to you about some diamond? / Said all I could say, now I play with thoughts of retirement » . D'autant qu'il a montré des signes de satisfaction suffisants à la sortie de 2014 Forest Hills Drive  pour sous-entendre qu'il pourrait se contenter de ce troisième album. Deux autres longs formats plus tard, avec des succès commerciaux remarquables, difficile d'imaginer que J. Cole raccroche.

► Score général : 68/100

Crédit photo : Andrew Chin / Getty Images

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