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Craig Mack : l'étrange destin du premier Bad Boy du rap US, dans l'ombre de Biggie
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Craig Mack : l'étrange destin du premier Bad Boy du rap US, dans l'ombre de Biggie
Craig Mack : l'étrange destin du premier Bad Boy du rap US, dans l'ombre de Biggie ©Radio France

Craig Mack : l'étrange destin du premier Bad Boy du rap US, dans l'ombre de Biggie

Le récent décès du rappeur nous a rappelé à quel point il était indissociable du succès de la scène new-yorkaise des années 90. Retour sur un MC dont la carrière reste une énigme.

C’est le 12 mars 2018 que Craig Jamieson Mack alias Craig Mack s’en est allé à l’âge de 46 ans, suite à une défaillance cardiaque qui lui a été fatale. Celui que le rap game et parfois même le public a oublié un peu trop vite laissera un peu l'impression d'avoir joué de malchance, tout en ayant un talent indéniable.

Des débuts fulgurants

Déjà tout petit, le jeune Craig commence à écrire (dès l’âge de 12 ans selon ses proches)  puis rappe sous un premier pseudo, MC EZ , mais bien que le jeune homme s’investisse avec soin dans sa musique, c’est plutôt du domaine du hobby que de la carrière sérieuse car il manque encore d’exposition et surtout d’un contrat digne de ce nom. Le rap reste cependant sa grande passion (il a notamment été « roadie » pour DJ Scratch, dont il s’occupait de toute la partie technique et installation en tournée). Tout bascule vers 1992 lors d’une rencontre avec un producteur alors totalement inconnu, Sean Combs , alias qui-vous-savez.

Puff Daddy, alors déjà en recherche de jeunes prodiges à signer dans son écurie Bad Boy Records , est très vite convaincu par le talent de Mack, qui l’impressionne en seulement deux freestyles. Diddy l’impose ensuite sur le remix d’un hit de Mary J. Blige, et la machine est lancée : Mack est signé sur le label et sort moins de deux ans plus tard son premier album Project : Funk Da World .

Souci de timing ?

De l’avis général, que l’on parle de celui du public des auditeurs ou de la presse spécialisée de l’époque, le premier album du MC est une réussite. Nombreux sont ceux qui saluent sa voix reconnaissable, son côté rap pur et dur ou encore sa maîtrise technique. Quant à tout ce qui l’entoure, de la production à l’imagerie, la magie Bad Boy s’occupe de tout. Si l’on se concentre sur le succès commercial, le projet représente le premier pas du label de Diddy dans la cour des grands . L’album est en effet certifié or,  et le single Flava in Ya Ear , certifié platine,  traumatise toute une génération d’auditeurs avant d’être nommé aux Grammy Awards. Tout semble donc parfaitement bien parti pour l’artiste, excepté ce qui deviendra un gros point noir avec le recul : la promo du LP a à peine le temps de respirer, car seulement une semaine auparavant un autre représentant du label est sorti à son tour , et manque de pot pour Craig, il s’agit deThe Notorious B.I.G.  avec l’album Ready To Die . Devant l’ampleur du phénomène grandissant autour de Biggie, le choix du label est vite fait et c’est sur lui, plus que sur Craig, que tout le monde mise. Certains fans estiment même que Mack s’est fait négliger et qu’il méritait bien mieux, bref ce n’est pas la joie. A ce contexte un peu difficile vient s’ajouterle remix du single Flava In Ya Ear ,  où sans démériter, le couplet de Craig fait beaucoup moins d’effet que ceux deBiggie, Busta Rhymes et LL Cool J.  Du coup, dans l’inconscient collectif, c’est comme si Mack s’était fait en quelque sorte déposséder de son morceau puisqu’un nombre écrasant de fans retient avant tout les nouveaux couplets de la version plus récente, oubliant du même coup que sans l’original, le remix n’existerait tout simplement pas. Et cerise sur le gâteau, B.I.G a cru bon de préciser en interview qu’il est apparu sur ce morceau uniquement pour rendre service à Puffy, pas par amitié pour Craig ou quoi que ce soit d’approchant. Ambiance...

Une suite en demi-teinte

Si ceux qui ont réellement écouté son premier album disent souvent avec raison qu’il est sous-estimé, Craig doit cependant prouver qu’il est toujours au niveau  avec son LP suivant. Malheureusement, en dépit de qualités évidentes, Operation: Get Down , sorti en 1997, n’arrive pas à convaincre le grand public. Niveau charts, aucun single ne marque durablement les esprits. Il semble également moins soutenu par le label et au fil des interviews on comprend que ses relations avec Puffy ne sont pas non plus au beau fixe.  Ce qui devait arriver arriva, l’artiste prend ses distances et quitte Bad Boy Records pour préparer un troisième album, cette fois dans son coin, assez isolé, signant successivement dans différents labels indé sans que cela ne concrétise quoi que ce soit. On peut malgré tout se consoler avec sa présence en 2002 sur un remix réussi toujours made in Bad Boy , sans doute en souvenir du bon vieux temps.

Recherche de rédemption et tournant religieux

A partir de la fin des années 2000, malgré des informations autour de cet hypothétique nouvel album,le rappeur disparaît des radars  sans qu’on sache bien pourquoi. Il faut attendre 2012 pour y voir plus clair : une vidéo assez surprenante fait irruption sur la toile, etl’on y découvre un prêcheur dans une église, qui confirme la rumeur selon laquelle Craig Mack a rejoint leur culte  ; on y entend également un échange avec Mack lui-même, de dos. Il s’agit d’une église pentecôtiste assez conservatrice, parfois décrite comme une secte suite à des problèmes judiciaires, basée en Caroline du Sud. L’envers du décor n’a pas vraiment été explicité par le rappeur lui-même mais par ses proches. En gros, l’industrie de la musique lui avait laissé des souvenirs plutôt amers et il était convaincu d’être dans l’erreur en continuant à en faire partie. Clairement, l’artiste souhaitait se repentir et se tenir à l’écart de tout ça.

C’est d’ailleurs entre autres pour cette raison quele rappeur décidera de ne pas rejoindre le Bad Boy Family Reunion Tour en 2016.  Cette tournée nostalgique réunissait les têtes d’affiche du label Bad Boy (Diddy , Faith Evans , Lil Kim  mais aussi des moins vieux comme French Montana,  bref pour quelqu’un qui aurait été à l’affut du moindre buzz, c’était un coup à jouer). Dans l’état d’esprit de Craig, c’était un hors-sujet, il voulait désormais se tenir à l’écart du monde du rap, au grand dam de nombreux fans américains. Diddy avait même déclaré à l’époque que si telle était la volonté de son ancien poulain, il fallait la respecter "surtout si c’est un moyen pour lui de se rapprocher de Dieu" .

RIP Craig Mack.

Cédit photo : Johnny Nunez / Getty Images