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10 excellents projets du premier semestre 2018 passés inaperçus
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10 excellents projets du premier semestre 2018 passés inaperçus
10 excellents projets du premier semestre 2018 passés inaperçus ©Radio France

10 excellents projets du premier semestre 2018 passés inaperçus

Une sélection bourrée de pépites.

Comme chaque année, le rap francophone a livré quelques gros albums au succès populaire prévisible (Damso, Maitre Gims, Ninho, Vald), pas mal de bons projets au succès critique indéniable (Maes, Isha, 13 Block, 404 Billy, Les Alchimistes), et devrait continuer à nous livrer encore quelques blockbusters avant la fin de l’année (PNL, Sch, Sniper, MHD). Devant cette profusion de sorties chaque vendredi, on passe forcément à côté de pas mal de pépites. Il est donc l’heure de se lancer dans un petit rattrapage, avec dix propositions de projets passés trop inaperçus à écouter -on est en plein été, une période bien morne sur le plan des sorties rap français, donc dites-vous que c’est le bon moment.

Noir libre - Diaspora Inspiration / L’essence des braves

Le genre de projet qui rappelle que le rap français peut encore être engagé et porter des messages forts et : Diaspora Inspiration / L’essence des braves est un album imprégné d’Afrique, aussi bien dans la fierté que dans l’autocritique. Largement orienté sur la dénonciation de la ségrégation moderne, des conditions de vie de l’homme noir, en France et ailleurs, tout en condamnant le communautarisme, le dénommé Noir Libre réalise clairement l’un des disques importants de ce premier semestre 2018.S’il peine assez logiquement à trouver un écho médiatique, la dimension très intemporelle de sa musique devrait permettre à ce projet d’exister bien au delà de cette sortie confidentielle, d’autant que les thématiques traitées, dont l’esclavage moderne en Libye, ne sont malheureusement pas prêtes de se démoder.

En bonus, on a droit à l’une des très rares apparitions de Lalcko ces dernières années, en featuring sur le titre Sépulture. Rien que pour ça, prenez la peine de laisser trainer une oreille sur ce projet.

Date de sortie : 8 mars Disponible sur : Bandcamp

Budy et Salem - Morceaux II

Projet assez indescriptible, mais on va essayer quand même : mettez Blair Witch, Nosferatu et les meilleurs clips de Yung Lean dans une boîte, ajoutez deux grands gaillards aux styles bien différents, ajoutez une bonne grosse poignée de références en tous genres (films d’horreur, pop culture, délires ésotériques), et secouez bien fort. Vous obtiendrez Morceaux II, un EP sous forme de court-métrage de 23 minutes. Pas forcément très accessible de prime abord, ce projet qui s’aventure très loin des sentiers battus mérite tout de même qu’on y jette une oreille, ne serait-ce que pour quelques fulgurances à tendance horrorcore, comme ce “ça fait longtemps que je n'ai plus peur des clowns, mais toi par contre t'as peur des clous” qui laisse peu de doutes sur le niveau de malsanité du duo.

Riski - Oh Mon Dieu

Le genre de rappeur dont le succès critique est inversement proportionnel à la notoriété, puisqu’à chacune de ses sorties, Riski se met les observateurs dans la poche aussi facilement que Donald Draper met les secrétaires dans son lit. Reste que sa musique touche avant tout les initiés -au personnage, à son univers, à ses orientations artistiques-, malgré des titres franchement ouverts comme l’éponyme Oh Mon Dieu ou la tentative electro-club China Club. Pour le reste, on a droit à des titres qui semblent sur le principe assez classiques pour le rap français (les amitiés déçues, l’amour, l’absence de père) mais traités avec suffisamment de bonnes intentions pour que la thématique se renouvelle.

Date de sortie : 26 juin Disponible sur : Bandcamp

Joe Lucazz et Char - Paris Dernière

Exactement le même principe que pour Riski, avec cette inversion proportionnelle entre succès critique et notoriété. Pas vraiment réputé pour sa productivité ces quinze dernières années, Joe Lucazz a quitté Néochrome récemment, et s’est rapproché du Gouffre (une entité assez indéfinissable entre collectif, label et porteur de projet), sortant coup sur coup Artefacts Vol. (décembre 2017), No Name 2.0 (janvier 2018) et Paris Dernière (juin 2018). C’est cette dernière sortie qui retient l’attention, notamment par ce concept de 20 pistes où chaque track correspond à un arrondissement parisien, mais aussi pour cette liste incroyable d’invités, où se croisent Despo Rutti, Hyacinthe, Sinik, Zekwe, Hifi, Cross et d’autres. S’il travaille habituellement avec le beatmaker Pandemik Muzik, il s’associe ici ponctuellement à Char, pour un projet aux sonorités moins jazzy et un brin plus froides.

Date de sortie : 1er juin

Disponible sur : les plateformes de streaming habituelles, le site du Gouffre

La Hyène - Thugz Mixtape

Une mixtape qui démarre par un disclaimer clair et net qui ne laisse aucun équivoque sur le contenu du reste du disque : “Un petit conseil fréro : si t’aimes le zouk-rap, la zumba-rap, barre-toi avant que ça commence. Nihahahaha(faut imaginer un rire machiavélique de méchant d’un dessin-animé un peu dur). La Thugz Mixtape, c’est donc du rap pur et dur, un coup bien street, un coup introspectif, un coup dans l’égotrip ; dans l’ensemble, on est quand même face à un mec qui rappe depuis 15 ans, et qui peut donc se permettre quelques démonstrations sur le plan technique -en gros, si vous voulez apprendre à votre petit frère ce qu’est un placement, mettez la Thugz Mixtape dans ses écouteurs et laissez-le s’éduquer en autodidacte. C’est d’ailleurs assez paradoxal d’entendre autant de variations de flow pour un rappeur qui lance d’entrée “je m’en bats la race de leurs histoires de flows, qu’ils aillent tous se faire enculer à Palavas ”, mais après tout, on peut tout pardonner à quelqu’un qui “envoie des punchlines qui font froid dans le dos comme une levrette de Sub-Zero.

Date de sortie : 20 avril Disponible sur : les plateformes de streaming habituelles, mais aussi en physique directement en contactant La Hyène, pour un envoi postal ou une remise en main propre -comme quoi, le commerce de proximité n’est pas mort.

Triple Skull - Off Man

Deux mecs qui se butent à Lil Wop, Ghostemane, Lil Gnar ou aux $uicide Boy$, et qui ont en commun l’amour du sirop codéiné bien préparé et la fascination pour l’occulte : s’ils ne rappaient pas en français, on pourrait croire Yuri J et Mugen, les deux membres du groupe Triple Skull, venus tout droit du bayou de Louisiane. Heureusement pour les non-anglophones, on est pourtant bien face à un groupe français, bien décidé à importer ses influences tordues. Tout l’intérêt du projet est d’ailleurs là : contrairement à la majorité dominante, qui se contente généralement de suivre sans grands efforts la direction prise par les scènes US majeures, Triple Skull va chercher du côté de l’underground ou des scènes plus marginales. Bien digérées, les inspirations du duo sont recrachées avec un charme assez inquiétant, dans des textes bourrés de références bien sombres et d’adlibs bien mongoles : messes noires, cryptomonnaies, mangeurs d’âmes, dialogues avec Lucifer, et rafales sur des corbillards.

Date de sortie : 6 juin

Disponible sur : Soundcloud, mais aussi les plateformes de streaming habituelles

Express Bavon - Mélange

Vous aimez le chant, la trap, l’alcool, la fumette, les filles peu farouches, et le parler javanais : ne cherchez pas plus loin, Mélange est un album fait sur-mesure pour vous. Évoluant en marge du game français depuis une bonne quinzaine d’années, Express Bavon est le genre de mec qui peut poser un “Thaïlande, stand de tir, j’suis tombé amoureux” en plein milieu d’une chanson sentimentale sans sourciller, autant dire qu’on est clairement face à un projet parfait pour la période estivale, entre deux soirées trop arrosées.

Date de sortie : 2 mai

Disponible sur : les plateformes de streaming habituelles et les sites de téléchargement illégal, ce qui est une mauvaise option si l’on veut aider Express à “faire rentrer du biff comme Cyril Hanouna, sans faire le guignol”.

Zuukou Mayzie - Best-of

Voir un rappeur comme Zuukou Mayzie, membre du collectif 667, pas forcément très connu du grand public, publier un best-of peut sembler étonnant à première vue. Pourtant, on note d’une part une demande croissante du public envers ce crew, et d’autre part une discographie pas toujours très lisible pour le profane, qui ne sait pas toujours où chercher et surtout pas où commencer, quand il cherche à s’y plonger. L’arrivée d’un best-of de Zuukou Mayzie est donc une excellente chose pour qui n’a pas suivi assidûment son travail ces dernières années, puisque ce projet assez court (9 titres) permet de résumer l’essentiel, de découvrir son univers, ou de rattraper son retard.

Date de sortie : 1er juin

Disponible sur : Sur toutes les plateformes classiques, mais étonnamment pas sur Soundcloud.

N’Dirty Deh - La street en solitaire

Est-ce que personne ne parle de N’Dirty Deh dans les émissions rap parce qu’aucun chroniqueur ne veut se risquer à écorcher son pseudo imprononçable ? C’est une possibilité. Quoi qu’il en soit, ce rappeur venu des Tarterêts et que l’on connait notamment à travers sa proximité avec PNL -on l’a entendu sur Athéna, le duo l’a invité sur scène à Bercy et relaie régulièrement son actu sur ses réseaux sociaux- a publié au printempsun bien beau projet intitulé La street en solitaire . Niveau contenu, on est clairement dans la tête d’un bicraveur désabusé à deux doigts de sombrer dans la misanthropie, que son mode de vie met en porte à faux vis à vis de ses principes religieux -encore une fois, il aura donc du mal à échapper au rapprochement avec PNL, mais à partir du moment où ils ont mené la même vie, forcément, les similitudes thématiques s’imposent d’elles-mêmes.

Disponible sur : Toutes les plateformes de streaming, et aux Tarterêts.

Dino Killabizz - Genisys

Encore un ancien qui n’a jamais vraiment explosé mais qui a persévéré et continue à servir ses auditeurs. Ancien graffeur, membre du groupe Killabizz, Dino semble être là depuis toujours, et ne donne aucun signe de volonté de départ à la retraite. Celui qui vendait ses albums sur la ligne 13 et aurait écoulé, selon ses dires, 15000 copies en 3 ans (ce qui représenterait 14 disques par jour tous les jours), a donc publié cette année l’excellent Genisys, qui sent bon le rap de rue de la deuxième moitié des années 2000, mais constitue un disque relativement varié sur le plan des sonorités, avec un Dino tour à tour nerveux, nonchalant ou plus classique. Petit bonus, on a droit à un featuring réunissant Sidi O, Koma, 2Spee Gonzales et C.Sen.

Disponible sur : les plateformes de streaming habituelles, la ligne 13

Date de sortie : 26 avril

Crédit photo : capture clip N'Dirt Deh