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Top 10 des sorties rap français qui vous ont peut-être échappé cet été
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Top 10 des sorties qui vous ont peut-être échappé cet été
Top 10 des sorties qui vous ont peut-être échappé cet été ©Radio France

Top 10 des sorties rap français qui vous ont peut-être échappé cet été

Séance de rattrapage.

L’été est depuis toujours une période de vaches maigres dans le rap français, et à quelques exceptions près, peu de têtes d’affiches osent tenter le coup en plein mois d'août, et se risquer à miser sur une saison pendant laquelle les auditeurs sont apathiques, noyés sous la chaleur et les compilations “summer hits”, et les médias rap trop occupés à préparer leur rentrée ou à souffler après une année frénétique. En 2018, les mois de juillet-août ont avant tout été rythmés médiatiquement par les clashs (Gims-Booba, Kaaris-Booba, Damso-Booba), les pétages de plombs de Nicky Minaj et les frasques de 6ix9ine. A côté, les rares sorties à avoir su tirer leur épingle du jeu se comptent sur les doigts du Bradypus tridactylus :

-Dosseh  a globalement convaincu avec Vidalo$$a, grâce notamment à la grande popularité du single Habitué, ou au succès critique de titres comme La rue c’est rasoir

  • Guizmo  a, comme il l’annonçait en fin d’année dernière, repris son rythme de croisière, avec un second projet un peu plus de dix mois après le précédent. Plutôt ambitieux, il est notamment aller chercher quelques featurings qui ont porté leurs fruits, notamment Seth Gueko et l’étonnante combinaison avec Big Flo et Oli
  • Enfin, Djadja et Dinaz  continuent leur petit bonhomme de chemin avec la suite du projet Le Revers de la Médaille, composé de 13 titres inédits, et toujours bien accueilli dans les charts.

Mais bien d’autres projets de qualité ont également été publiés au cours des mois de juillet-août, bien que l’attention n’ait pas forcément été tournée vers eux. Voici donc quelques propositions pour rattraper ce que vous avez manqué cet été -liste bien entendu loin d’être exhaustive :

Dry - De la pure pour les durs 2 Vol.1

Considéré comme l’un des meilleurs rappeurs du pays à l’époque de la grandeur d’Intouchables et de la Mafia K1Fry, Dry peine malheureusement aujourd’hui à lever les foules, et la plupart de ses dernières publications sont passées bien trop inaperçues. Plutôt productif ces derniers temps, il a livré le projet De la pure pour les durs Vol.1 en juillet, avec une stratégie à double-tranchant : l’été est généralement la pire période de l’année dans l’industrie de la musique, et miser sur une sortie à ce moment là est rarement une bonne idée en termes de visibilité ; à l’inverse, on peut penser que c’est le bon moment pour ne pas se laisser noyer par le flot des sorties des autres saisons. Il y a aussi fort à penser que Dry n’en ait pas grand chose à claquer et qu’il se soit contenté de se faire plaisir en balançant un petit projet sans trop se poser de questions. Reste à savoir si De la pure pour les durs 2 Vol.1 est réellement le premier volume d’une série, ou s’il rejoindra la longue liste des projets numérotés “1” qui n’ont jamais connu de suite.

Jorrdee - 12%

On ne compte plus le nombre de lignes à la discographie de Jorrdee, d’autant que certaines ont tendance à disparaitre en fonction de l’humeur du rappeur, qui supprime et re-publie ses projets sans trop qu’on en comprenne les motivations. Sorti sans grande couverture médiatique, 12% a le même type de structure que la plupart de ses autres projets : on oscille entre titres vraiment costauds et morceaux moins accessibles, même si la propension (volontaire ou non) de Jorrdee à s’affranchir de l’expérimental pour gagner en efficacité semble prendre le dessus. Quelques feats intéressants à signaler, notamment LL qui pose des questions inusitées comme “comment devenir une fille sage attirée par Satan ?”

Gizo Evoracci - Drug Designer

Au royaume des succès d’estime privés de reconnaissance populaire, Gizo Evoracci trône au milieu d’une assemblée d’autres grands oubliés de la masse au talent inversement proportionnel à la visibilité médiatique. Venu de Grigny, et après avoir connu des aventures hors-du-commun pour un simple mortel, Gizo a publié cet été le projet Drug Designer, qui compile titres déjà connus (Paris Crack, Kareem Abdul Jabbar) et nouveautés. A écouter si vous voulez explorer les côtés sales de la vie parisienne, celle qui vit et meurt du crack et des drogues synthétiques.

Despo Rutti / Majster - Le roi des juifs est noir et il mange chez Al-Haeche

Despo, ou Majster, est devenu tellement productif que suivre le rythme de ses sorties impose de rester sur le qui-vive à longueur d’année : après Mister George en janvier, Artefacts Vol.4 au printemps, et la BO Who Man ?! cet été, le rappeur a également livré un double-album au titre intrigant : Le roi des juifs est noir et il mange chez Al-Haeche . Si Despo divise, que ce soit par ses prises de risques artistiques, qui peuvent convaincre certains auditeurs et en laisser sceptiques d’autres, ou par ses prises de position qui provoquent le débat (comme c’est le cas depuis son premier texte), difficile de nier la réussite de ses différents projets, à travers la mise en place d’une économie indépendante sur un modèle inédit, d’un lien direct avec son public, la diversification de ses activités (disques, livres, cinéma et même stand-up). Côté musique, Le roi des juifs est noir et il mange chez Al-Haeche est, comme souvent, un album impossible à résumer en quelques lignes, dont on retient surtout l’équilibre toujours plus marqué entre le Despo de Convictions Suicidaires et celui de l’album Majster : on le sent à la fois plus libéré qu’il y a dix ans, et moins dispersé artistiquement qu’à son retour en 2016. Si le titre le plus médiatique est le fameux King of Kopp, qui s’en prend pendant 6 minutes à Booba, il y a bien plus à retenir du Roi des juifs est noir et il mange chez Al-Haeche , qu’il s’agisse thématiques déjà évoquées chez Despo (amour, confiance, trahison, nature humaine) ou de sujets nouveaux -notamment la question du rire, de la moquerie et de l’autodérision dans le titre Sourire Kabyle, l’un des moments forts du disque.

Elh Kmer - Antidote

Malgré l’attente assez palpable autour de la carrière de l’ex-membre du 40.000 Gang, la sortie d’Antidote au beau milieu de l’été n’a pas particulièrement été suivie par les médias spécialisés, la faute à une période franchement peu propice à l’actu, et ce malgré un terrain plutôt bien préparé en amont avec la (courte) série de clips “Que De La Violence”. Dans l’ensemble, Elh Kmer ne révolutionne pas son style -même si on sent une volonté d’ouverture sur des titres comme Puerto Rico ou Fais un Voeu- et reste franchement efficace sur ses thématiques privilégiées : exploitation de terrains, fornication avec des mères de famille respectables, activités illicites et refus de communiquer avec les forces de l’ordre.

6rano - Mise à feu

Découvert par le biais de ses collaborations avec DJ Weedim, ou par quelques coups d’éclat comme ce featuring annoncé avec OG Maco, 6rano est l’un des talents les plus prometteurs de la scène française, le genre de rappeur parfaitement à l’aise avec le chant qui sait piocher dans ses influences hors-rap pour donner à sa musique une plus value et surtout une teinte neuve à ses disques. Auteur de Mise à feu cet été, un projet qui, comme son nom l’indique, constitue avant tout une carte de visite et probablement l’avant-propos d’une carrière qui, malgré quelques années d’activité, n’en est encore qu’à ses balbutiements.

Beeby - ★★★★★ Deluxe

Avec une dizaine de projets en 4 ans, Beeby, aka Beeby Packman, aka Le Saigneur, aka le Triple-Dollar-Boy, a prouvé plus d’une fois sa capacité à jongler entre ses différentes personnalités, et continue à avancer dans la même direction, un savant mélange entre rap technique, grosses phases d’égotrip et textes plus introspectifs, bangers, avec une lutte toujours prononcée contre ses démons et tentations.

Crédit photo : capture Le Renard - Seth Gueko x Guizmo