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Thierry Ardisson et le rap en dix rencontres mémorables [vidéos]
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Thierry Ardisson et le rap en dix rencontres mémorables [vidéos]
Thierry Ardisson et le rap en dix rencontres mémorables [vidéos] ©Radio France

Thierry Ardisson et le rap en dix rencontres mémorables [vidéos]

Vald n'était pas le premier : Thierry Ardisson a reçu beaucoup de rappeurs depuis les débuts des années 90 souvent très mal, parfois très bien. Sélection et évaluation.

Personne n’est passé à côté du guet-apens de l’interview de Vald parThierry Ardisson  début octobre sur D8, et de la réaction très sérieuse du rappeur sur son compte instagram, dans laquelle il annonce qu’on ne devrait plus le revoir à la télévision avant un bon bout de temps. Evidemment, tout le monde a eu son petit mot à dire sur le sujet, certains fustigeant le mauvais travail de l’animateur, d’autres ne comprenant pas la position très premier degré de Vald.

Circonstance atténuante ou aggravante selon le point de vue, certains esprits aiguisés ont remarqué que la plupart des questions posées par l’animateur à Vald étaient exactement les mêmes que celles qu’il avait déjà servi à Orelsan il y a deux ans. A priori, on peut donc en conclure plusieurs choses :

  • Ardisson n’en a pas grand chose à secouer du rap -ok, il a le droit.
  • Respecter ses invités en leur posant des questions intéressantes ne semble pas être une priorité pour lui
  • Ne pas prendre les téléspectateurs pour des cons, en servant deux fois les mêmes questions à deux rappeurs qui n’ont en commun que leur couleur de peau, ne semble pas non plus beaucoup l’intéresser

Il aurait donc été assez simple de lister toutes les fois où Thierry Ardisson n’a respecté personne en diffusant une interview indécente d’un rappeur qui venait juste pour faire un peu de promo, maisil serait malhonnête de considérer qu’il n’a fait que des mauvaises interviews de rappeurs dans sa vie, d’autant qu’on peut se rappeler qu’il a tout de même étél’un des premiers à recevoir des rappeurs français sur un plateau de télévision , à l’époque de Jhonygo et Destroy Man . Retour sur dix rencontres entre Ardisson et le rap, avec du bon, du moins bon, quelques bonnes vannes de Baffie.

La Rumeur (2003)

Une séquence qui renvoie auxmeilleures heures de Tout le Monde en Parle , à l’époque où l’émission était un véritable incontournable de la télévision française. On retient notamment ce moment où Malek Boutih tente d’éviter le débat en montrant patte blanche, et où Hamé le renvoie immédiatement dans les cordes  en le remerciant “pour son paternalisme”  et en l’accusant de faire le jeu de l’extrême droite.

Temps de parole des rappeurs : On s’attend au pire quand Ardisson coupe Hamé dès la première phrase qu’il prononce, mais ça s’équilibre très bien par la suite et on a le droit à dix minutes d’un vrai débat où tout le monde a le temps de s’exprimer.

Ce qui fonctionne : Ardisson laisse Hamé et Ekoué avoir un vrai débat avec Boutih, ne prend parti pour personne, et se contente de reformuler et résumer les idées des uns et des autres.

Ce qui ne fonctionne pas : Personne n’a l’idée d’installer un ring au milieu du plateau et de donner des gants à Ekoué et Malek. Mis à part ça, c’est plutôt une bonne séquence de télé, même si on sent que les deux rappeurs ne sont pas encore complètement à l’aise en plateau -ce qui viendra, avec quelques années supplémentaires d’expérience.

50 Cent (2003)

Le plan est le même que d’habitude : Ardisson déroule une biographie wikipedia etl’invité se contente de confirmer les faits d’un hochement de tête. Evidemment, Fifty a vécu quelques années difficiles avant le succès, et Thierry prend bien le temps d’appuyer sur les épisodes “ta mère vendait du crack” ,“ta mère est morte quand tu avais 8 ans” ,"tu as vendu du crack très jeune”,  etc. Fifty ayant tout de même le bon goût de ne pas étayer, se contentant d'acquiescer à chaque fois, tout en retenue.

Temps de parole du rappeur :  2 minutes, sur une séquence de sept minutes, tout va bien.

Ce qui fonctionne : L’attitude de Fifty, qui ne réagit à aucune des provocations de Thierry (“la police vous attend à votre retour à New-York” ) et ne met pas le pied dans la séquence-émotions.

Ce qui ne fonctionne pas : À peu près tout le reste, y compris les vannes de Baffie, qui pour une fois est plus lourd que pertinent (“t’as acheté un château pour y stocker du crack” , “tu vas construire un stand de tir dans le sous-sol” ). Fait notable : il n’est absolument jamais question de musique au cours de cette séquence.

Bonus : Les incroyables commentaires des américains sur Youtube, qui lâchent de grands “WTF!? 50 Cent understands French?! ” , avant que l’un des leurs vienne rallumer leur cerveau avec une explication malheureusement nécessaire :

50 cent ardisson
50 cent ardisson ©Radio France

Siboy (2017)

Ca commence très mal avec un extrait de Fous ta cagoule  de Mickael Youn, mais Siboy compense parfaitement avec un éclat de rire réellement inquiétant. Pas grand chose à signaler pour le reste, si ce n’est cette belle rencontre Jean-Pierre Pernault / Siboy , qui vaut franchement le détour.

Temps de parole du rappeur : une minute sur six, ce qui est assez scandaleux.

Ce qui fonctionne : L’attitude de Siboy, qui ne peut placer que deux mots en six minutes, mais qui le fait bien, prend même les vannes les plus lourdes avec bonne humeur, et lâche bon nombre d’éclats de rires bien flippants.

Ce qui ne fonctionne pas : Deux minutes trente de vannes sur les cagoules -c’est vraiment très long et très lourd-, l’éternelle vanne“Bouba mon petit ourson” , qui était acceptable il y a quinze ans, mais qui sent pire que le réchauffé en 2017.

Public Enemy (2005)

On est en 2005, Stomy  et Disiz  ont été invités pour parler des émeutes en banlieues, et, hasard du calendrier, Flavor Flav  et Chuck D  sont en promo en Europe au même moment pour la sortie de leur album New Whirl Odor . Pour le coup, ça tombe plutôt bien, puisqu’au lieu de balancer trente banalités sur Public Enemy,Ardisson laisse Stomy et Disiz présenter le groupe et évoquer son influence.  Stomy est heureux comme un gosse un matin de Noël, Disiz s’enflamme en évoquant Malcolm X et Martin Luther King, bref, tout va bien.

Temps de parole du groupe : Trois minutes sur une séquence de douze minutes, tout va bien on est sur une bonne moyenne à la Ardisson.

Ce qui fonctionne : Baffie, qui tombe sur un Flavor Flav qui ne comprend pas tout mais qui joue quand même complètement le jeu, puis Baffie encore, qui pose une question sérieuse et pertinente à propos de George W.Bush.

Ce qui ne fonctionne pas : Comme toute promo d’artiste ricain en France, on est face à deux mecs en complet décalage, qui ne comprennent pas la moitié des vannes, et qui perdent une bonne minute de temps de parole à écouter Ardisson leur expliquer dans un anglais approximatif ce que signifie “Magnéto Serge.

MC Jean Gab'1 (2003)

Pour un mec qui aime dérouler la biographie de ses invités, Ardisson a de quoi faire avec MC Jean Gab'1, tout content d’être là, et toujours très bon client en interview, en complet décalage avec Jack Lang, et ouvert à la discussion avec Béatrice Dalle (à l’époque, compagne de Joeystarr).L’un des bons exemples de ce que peut donner la rencontre Ardisson-rap.

Temps de parole du rappeur : Une bonne séquence de douze minutes, pendant laquelle Gab'1 s’exprime plus de la moitié du temps.

Ce qui fonctionne : Tout va pour le mieux, Ardisson ne s’enfonce pas dans le pathos, aidé par Gab1 qui reste loquace sur les sujets difficiles, mais sans jamais dramatiser ; Baffie sort les bonnes vannes au bon moment, et offre sa carte de bon client à Gab1 ; le débat Dalle-Gab1 est suffisamment frontal tout en restant très courtois, ce qui est un sacré exploit connaissant le pedigree des deux zozos.

Ce qui ne fonctionne pas : Sur ce coup, c’est un sans-faute . Gab'1 reviendra de temps à autre auprès de l’animateur (ou directement chez Baffie) et comme les réceptions de l’ambassadeur, ce sera à chaque fois un succès.

Booba (2004)

On est en 2004, Booba vient de sortir Panthéon , son premier projet en maison de disques, et fait donc ses premiers passages sur les grandes émissions nationales.

Temps de parole du rappeur : Quasiment 4 minutes, sur 8 minutes d’interview, pour un mec pas forcément très loquace comme Booba, c’est plutôt pas mal.

Ce qui fonctionne : Un semi-débat “communautarisme vs vivre-ensemble” avec Vincent Peillon  (Parti Socialiste) etNadia Farès  (actrice), qui ne fait pas avancer grand chose mais qui a le mérite de confronter deux visions et de parler d’autre chose que de “geuungsta-rap”.

Ce qui ne fonctionne pas : l’intro “Bouba, mon petit ourson” , histoire de montrer tout de suite à l’invité qu’il n’est pas venu pour être respecté, et une foultitude de clichés -que Booba n’a pas forcément cherché à éviter, certes.

Sofiane (2017)

Plus malin que les autres, Sofiane décide d’emblée de ne pas se faire avoir,en décidant de s’exprimer par la musique plutôt qu’à travers une interview classique.

Temps de parole du rappeur : Trois minutes sur trois, étant donné qu’il s’agit de musique ; puis une minute sur deux lors de la mini-interview qui suit, et qui est plutôt anecdotique.

Ce qui fonctionne : L’attitude de Fianso, qui prend toute la place, comme souvent, l’effet de groupe, avec ces cinquante mecs qui ont tous l’air très sympas, mais qui ont l’air de mettre Christophe Dechavanne un poil mal à l’aise.

Ce qui ne fonctionne pas : Mis à part le fait que ce ne soit pas forcément l’émission la plus appropriée pour un live, pas grand chose.

Orelsan (2015)

Techniquement, on reprend l’interview de Vald d'octobre, on enlève le frère musulman, et on est raccord.

Temps de parole du rappeur : Une séquence de six minutes, à laquelle on ampute deux bonnes minutes de bande-annonce du film pour lequel il vient faire sa promo, et les trois minutes pendant lesquelles Ardisson fait des vannes

Ce qui fonctionne : La bande-annonce est diffusée en entier, ce qui fait un spot de pub gratuit pour le film.

Ce qui ne fonctionne pas : A peu près tout le reste : la comparaison avec Eminem, la classique “t’es pas noir, t’es pas musclé, tu vends pas de crack” , la combinaison“tu sais conjuguer un verbe + incroyable, t’as fait des études”  ; et le pire, c’est que Baffie n’est même pas là pour sauver les meubles avec une vanne bien placée. Bref, tout fout le camp.

Rim’K (2012)

Ni spécialement bonne, ni particulièrement mauvaise,cette séquence montre tout de même qu’on peut accueillir un rappeur sans lui balancer un ramassis de clichés  à la gueule,

Temps de parole du rappeur : 2 minutes sur une séquence de 4, et Ardisson qui lui pose sans trembler un “ici, vous allez pouvoir parler de votre musique”  une minute avant de conclure.

Ce qui fonctionne : Ardisson y va plus mollo que d’habitude sur les clichés, l'expression“geeungsta rap”  n’est jamais prononcée, et il n’y a qu’une seule vanne sur le nom “113”, ce qui est encourageant.

Ce qui ne fonctionne pas : C’est très court, personne n’insiste plus que ça sur les succès la longévité de la carrière de Rim’K, au point qu’on a l’impression qu’il s’agit d’un nouveau venu dans le rap français.

Joeystarr (2006)

Du bon et du moins bon, mais cette fois-ci, le moins bon n’est pas forcément l’oeuvre d’Ardisson : les invités autour deJoeystarr lui font bien ressentir leur mépris pour son art, entre un Thierry Desjardins (Le Figaro) qui a peur de voir le rappeur lui sauter dessus comme un animal, et qui lui annonce que le rap aura disparu dans 20 ans, et Maurice Druon, moins farouche et de meilleure volonté, qui trouve malheureusement le moyen de traiter Joey comme un chien savant, en se racontant être épaté de l’entendre utiliser des mots à plus de deux syllabes.

Temps de parole du rappeur : Une séquence suffisamment longue (quasiment 25 minutes), pendant laquelle on laisse tout le temps à l’invité de s’exprimer.

Ce qui fonctionne : Joeystarr est en bonne forme, ce qui n’est pas toujours le cas sur les plateaux télé, et il est donc franchement bon client, se racontant plutôt bien et évitant l’ambiance pathos que tente d’instaurer Thierry par moments.

Ce qui ne fonctionne pas : Le medley du Suprême NTM supposé présenter Joeystarr, composé uniquement d’extraits avec la voix de Kool Shen, plus un refrain de Lord Kossity ; l’attitude clairement méprisante des autres invités.

Crédit photo : INA