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Révision de classique : Nessbeal - "La mélodie des briques"
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Nessbeal la Mélodie des briques
Nessbeal la Mélodie des briques

Révision de classique : Nessbeal - "La mélodie des briques"

Déjà 12 années se sont écoulées depuis la sortie de "La Mélodie des Briques", premier album solo de la discographie de Nessbeal, un rappeur dont la carrière n’a jamais été officiellement refermée, et reste soumise à de nombreuses spéculations.

Artiste : Nessbeal

Titre : La mélodie des briques 

Date de sortie : 20 mars 2006

Format : Album

Ventes : environ 20000

En trois mots : introspection, désespoir et rue  

Etat des lieux  

En 2006, Nessbeal a déjà une demi-douzaine d’années de carrière derrière lui, dont pas mal de temps perdu dans des problématiques de distribution, qui empêchent l’album de Dicidens, le groupe qu’il forme alors avec Zesau et Korias, de sortir avant 2004, alors qu’il était déjà terminé depuis 4 ans. Gros succès critique malgré une diffusion limitée (15000 exemplaires environ), il a notamment permis à Nessbeal de créer une certaine attente autour de son premier projet solo. 

A la même période, Ne2s est très régulièrement connecté avec Booba et le reste du 92i. Il enregistre d’ailleurs de nombreux featurings avec l’ex-Lunatic, à tel point qu’une frange des auditeurs rêve de voir le binôme collaborer sur un album commun, voire même se lancer dans l’aventure de groupe. Avant la sortie de La Mélodie des Briques, on place donc de grands espoirs sur Nessbeal. 

Contenu  

15 titres de rap pur et sans fioritures, sans la moindre interlude, et avec une intro rappée qui ne s’appelle finalement “intro” que parce qu’elle est placée en entrée de tracklist. Pour le reste, Nessbeal déroule ce qu’il sait faire de mieux : une écriture sombre, limite torturée, mais également très sophistiquée ; un mix équilibré entre introspection, vie de rue, misère, sentiments d’autodestruction, et questionnements sur la vie, la société, et l’humanité dans l’ensemble. On a tout de même droit à quelques éclaircies, comme Maroc Sticky, un morceau plus ludique dans lequel Ness chante son amour des substances illicites -thématique des plus classiques dans le monde du rap. 

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Une triste réalité que l’on pourrait copier-coller tel quel pour chaque album de la discographie de Nessbeal : d’une part, le succès critique est assez monstrueux, les auditeurs comme la presse s’accordant à considérer La Mélodie des Briques comme l’un des albums les plus réussis de l’année 2006 ; d’autre part, un échec sur le plan commercial, puisque le rappeur finira lui-même par se décrire comme un “roi sans couronne”. Malheureusement pour lui, Nessbeal vit en effet les grandes heures de sa carrière en pleine crise de l’industrie du disque, dans l’entre-deux de la deuxième moitié des années 2000. Le téléchargement illégal explose alors et flingue littéralement des carrières, d’autant que le rap est l’un des genres musicaux les plus touchés. 

Postérité  

Unanimement considéré comme un classique du rap français, La Mélodie des Briques est resté l’un des disques de chevet de nombreux auditeurs, et continue à être cité régulièrement dès lors que l’on évoque les grands albums des années 2000. Depuis son dernier projet en 2011, Nessbeal n’a jamais annoncé sa retraite, mais n’est pas pour autant revenu de façon sérieuse, se contentant de publier de rares inédits de façon très sporadique. Les doutes et les spéculations qui continuent d’entourer la suite de sa carrière contribuent à alimenter la légende de ses premiers albums, et la réputation de La Mélodie des Briques continue donc à croître à mesure que le temps passe -comme un bon vin qui se bonifie. 

Héritage  

Assez discrète -au moins sur le plan médiatique- à l’époque, la sortie de La Mélodie des Briques n’a pas provoqué de révolution dans le rap français, et on ne s’est pas subitement retrouvé avec une colonie de clones de Nessbeal, comme cela avait pu être le cas avec d’autres artistes auparavant. Cependant, cet album marque le début d’une scission dans le rap français, qui va petit à petit se diviser entre “rap de bibliothèque” d’un côté, et rap de rue de l’autre. Par ailleurs, la plume de Nessbeal restera considérée comme l’une des toutes meilleures que le rap français ait connu, et que l’héritage soit réel ou non, on retrouve aujourd’hui chez Sch ce dosage entre introspection, histoires de rue, et ambiance funeste, avec toujours ce poids très fort de l’écriture. 

Taux d’avant-gardisme : 30%

Au moment de la sortie de La Mélodie des Briques, Nessbeal est en plein dans son époque : on a déjà dit adieu au boom-bap des années 90, mais on ne se refuse pas une petite boucle de piano ou de violon (10000 questions, Chute Libre), on accueille les gros beats bien énergiques (Rap de tess, Cellule Autonome) et les sonorités orientales (Loin du rivage, Maroc Sticky). Il représente aussi l’époque où les rappeurs tendent la main à la rue et tournent le dos au hip-hop, cessant de revendiquer l’appartenance à cette culture : “moi j’ai jamais été hip-hop, d’la tess à la tess, Ne2s fait du break sur des kilos de dope”. 

Taux d’obsolescence : 0%  

En publiant un album sombre et sans le moindre single radiophonique, Nessbeal se ferme toutes les portes possibles en 2006, mais fait involontairement entrer son disque dans la catégorie des intemporels. Si un refrain RnB ou une tentative de hit dansant lui auraient certainement permis de vendre quelques exemplaires supplémentaires, ils auraient également condamné l’album à l’obsolescence, un titre dans la tendance étant l’une des denrées les plus rapidement périssables du monde de la musique. 

Taux d’actualité du discours : 95%  Les thématiques abordées par Nessbeal sur La Mélodie des Briques, aussi bien quand il s’aventure sur des chemins introspectifs que quand il élargit le champ de réflexion à son cité, à l’ensemble de la société française, voire aux questions qui touchent l’humanité en général, sont toujours parfaitement d’actualité, à tel point qu’on s’étonnerait presque de ne pas voir les manifestants actuels reprendre certains des slogans du Nessbeal de 2006 -un joli “l’Etat m’fera pas un deuxième trou d’balle” ne ferait absolument pas tâche à côté du classique “s’lever pour 1200 c’est insultant”.   Avis 2018 :   L’écriture encore très actuelle de Nessbeal, sa capacité à faire dans l’intemporel, les ambiances très rue mêlées à de grosses doses de réflexion :  non seulement l’album n’a pas pris une ride, et se laisse donc écouter avec autant de plaisir pour qu’il l’a connu 12 ans en arrière, mais en plus, son écoute laisse une forte impression de “modèle à montrer dans toutes les écoles de rap”, et on se dit que la jeune génération de rappeurs actuels aurait fort à gagner en allant jeter une oreille attentive à cet album.   >>> 5 étoiles / 5