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Révision de classique : Diam’s, "Brut de Femme"
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Révision de classique : Diam’s, Brut de Femme
Révision de classique : Diam’s, Brut de Femme ©Radio France

Révision de classique : Diam’s, "Brut de Femme"

Alors que Diam’s a quitté le monde du rap depuis déjà 9 ans, préférant la discrétion médiatique à la lumière des projecteurs, retour sur l’album Brut de Femme, qui a soufflé sa quinzième bougie le mois dernier.

Artiste :  Diam’s

Titre : Brut de femme

Date de sortie : 23 mai 2003

Format : Album

Ventes : 180.000 (dont 100.000 en moins de 3 mois)

En trois mots : populaire, solide, féminin

Etat des lieux

On est en 2003, le rap français sort difficilement de cette période faste que l’on n’appelle pas encore âge d’or, et se cherche de nouveaux patrons après le déclin de certaines têtes d’affiche. Parallèlement, l’industrie du disque commence enfin à comprendre qu’il y a quelque chose à faire avec le rap, et que les profils d’auditeurs potentiels sont bien plus variés que ce que l’on pouvait croire jusqu’ici. On fait donc petit à petit place à un rap moins politisé, parfois plus léger, et surtout, on se dit que proposer une artiste féminine pourrait payer, d’autant que les auditrices se font de plus en plus nombreuses mais aimeraient bien pouvoir s’identifier à d’autres noms que Booba, le Rat Luciano ou Aketo.

Contenu

15 pistes, dont une petite intro. On est dans le bon format (pour l’époque, en tout cas) : ni trop court, ni trop long, avec suffisamment de pistes pour aborder des sujets variés, passer du rire aux larmes d’une piste à l’autre, taper un bon gros single puis rappeler à tout le monde qu’on a quand même affaire à une vraie rappeuse douée. Pas le moindre feat, ce qui est assez étonnant pour l’époque et pour une artiste qui a déjà une petite réputation mais lance réellement sa carrière avec ce disque, et ne va pas chercher de sparring partner pour attirer l’attention -évidemment, avec 15 ans de recul, on se rend compte que c’était loin d’être une mauvaise stratégie. Précisons tout de même que le disque a pour moitié été écrit avant la signature de Mélanie en maison de disques, et que la fracture se ressent, avec des titres très rap (franchement bien rappés) et d’autres très radiophoniques, dont l’orientation ne laisse aucun doute.

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Dès la sortie, l’album bénéficie d’une grosse promotion radio, profite de la mise en avant de Jamel Debbouze, l’un des français les plus populaires à l’époque, qui a pris Diam’s sous son aile et fait tout pour lui ouvrir une voie royale. Révélation pour les uns, incarnation des dérives du rap vers une tendance trop mainstream pour les autres, Diam’s divise déjà.

Postérité

Le succès du tube DJ permet à l’album de continuer à vivre pendant quelques belles années, et certains textes marquent le petit monde du rap, à l’image du titre Vénus, dont le concept est repris un peu plus tard par un Youssoupha émergent, avec une version masculine intitulée Anti-Vénus.

Pour le reste, étant donnée la fin de carrière de la rappeuse, ses albums constituent de petits trésors de guerre pour ses fans. Si la version CD se trouve encore facilement, le vinyl se négocie aujourd’hui 5 fois son tarif originel, spéculer sur une nouvelle hausse peut donc se révéler un bien meilleur investissement que le bitcoin.

Héritage

Brut de femme n’est pas un album qui inspire particulièrement le rap français -en dehors de Youssoupha, donc- mais que l’on retrouvera tout de même régulièrement cité par les filles du rap comme un disque important. Étonnamment, on attend donc toujours la potentielle successeur de Diam’s (en considérant que Casey n’a jamais voulu prendre les patins du “rap féminin” et préfère être vu comme n’importe quel autre artiste de rap, une réflexion qui vaut aussi pour Keny Arkana).

Taux d’avant-gardisme :  80%

Sur la forme, rien de spécialement neuf : Diam’s a étudié le rap français et ses techniques, et en tant qu’élève studieuse, elle reproduit à la perfection tout ce qu’elle a appris. C’est propre, carré, mais pas révolutionnaire. Sur le fond, en revanche, il y a du progrès. Bien sûr, on a déjà entendu des filles rapper (Casey, déjà, mais aussi Lady Laistee, Sté Strausz, Roll-K, et plein d’autres), mais les thématiques abordées évoquent des vraies problématiques de femme ou d’adolescente : la violence conjugale, la place (ou l’absence) du père dans l’éducation d’une fille, les mauvaises réputations qui pourrissent l’existence, l’adultère …

Taux d’obsolescence : 50%

Comme une évidence, les titres très rappés ont très bien vieilli, et rendent honneur aux vraies qualités de kickeuse de Diam’s. En revanche, les titres plus radiophoniques et les hits de l’époque ont une vraie couleur de début des années 2000, et fonctionnent beaucoup moins bien aujourd’hui.

Taux d’actualité du discours : 100%

Malheureusement, les femmes battues, humiliées, trompées, méprisées, existent toujours. Il n’y aurait donc rien à changer dans les textes aujourd’hui, même si on pourrait imaginer une mise à jour du titre Mon Répertoire, qui cite tous les artistes écoutés par Diam’s (Tandem, ATK, 2Bal2Neg, NTM, Lunatic …), dont les trois quarts ont disparu depuis. On attend donc le rappeur ou la rappeuse qui lancera son Répertoire 2018 en name-droppant Niska, QE Favelas, Alkpote et 13 Block.

Avis 2018 :

Réécouter Brut de femme en 2018, c’est se préparer à un double-effet kiss cool : d’un côté, on est surpris par la qualité de la partie purement rappée, avec une grosse maîtrise sur tous les plans (flow, texte, interprétation) ; de l’autre, on est frappé par l’obsolescence des titres plus ouverts, qui étaient peut-être efficaces pour toucher le grand public il y a quinze ans, mais qui auraient difficilement leur place sur les ondes aujourd’hui.

> 2,5 étoiles / 5

Crédit photo : Jean Baptiste Lacroix / Getty Images