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Révision de classique : Alibi Montana & LIM - "RUE"
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Révision de classique : Alibi Montana & LIM - "RUE"
Révision de classique : Alibi Montana & LIM - "RUE" ©Radio France

Révision de classique : Alibi Montana & LIM - "RUE"

Une douzaine d’années avant Avengers : Infinity War, le rap français livrait l’un des crossovers les plus ambitieux de l’histoire de la musique de banlieusards : Rue.

Artiste :  LIM et Alibi Montana

Titre : Rue

Date de sortie : 24 octobre 2005

Format : Album

Ventes : plus de 60.000, 16 semaines consécutives dans le top albums France (source)

En trois mots : Traffic (piste 2), Séquestration (piste 3), Haine (piste 10)

Etat des lieux

2005, LIM et Alibi Montana sont déjà les piliers du rap de rue made in France. Alibi est même au sommet de sa carrière, grand fer de lance de l’indépendance avec Menace Records, quelques mois après la sortie de son deuxième album, 1260 jours. LIM n’a pas encore connu la période la plus faste de sa carrière, à savoir les disques d’or (époque disque physique, et certification fixée à 100.000 exemplaires) de la mixtape Triple Violences Urbaines en 2006 et surtout de l’album Délinquant en 2007.

Contenu

18 pistes dont 14 vraies morceaux, complétés par une intro non-rappée, un freestyle, une version non-censurée du “single” (avec des gros guillemets) Traffic, et d’un titre bonus.

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En 2005, le rap de rue indépendant est déjà bien installé auprès d’une catégorie d’auditeurs plus ambiancés par la thématique des violences urbaines que par les textes plus politisés de rappeurs encore à cheval sur les années 90, ou par la vague pop/rnb qui contamine les albums des principales têtes d’affiches. L’album Rue arrive donc en terrain conquis, d’autant que la combinaison Tous Illicites / Menace Records apparaît comme la concrétisation d’un fantasme d’auditeurs, qui ne connaissent que trop peu le principe de l’album commun. Il représente alors un petit évènement dans le monde du rap français, son contenu très fidèle aux attentes contentant à merveille le public.

Postérité

Rarement -voire jamais- cité dès lors que des listes d’albums mythiques des années 2000 sont cités, Rue  n’est pas forcément un disque qui a traversé le temps, mais reste le témoignage instantané d’une époque où le charo lambda préférait les violences urbaines à la zumba et la haine des forces de l’ordre aux ensembles Philippe Plein. En clair, si un gamin vous demande aujourd’hui : “comment ça se passait au quartier en 2005 ?”, envoyez-le écouter Rue  sur sa plateforme de streaming favorite.

Héritage

En tant que pur instantané qui ne révolutionne en rien les codes du genre, Rue n’influence pas directement le rap français de l’époque, mais peut se targuer d’être l’un des rares albums de rap français à disposer de son propre héritage : 7 ans après sa sortie, LIM et Alibi Montana s’associent à nouveau pour offrir une suite à ce premier opus, logiquement intitulée Rue 2. Ce second opus reste dans la droite lignée du premier, avec, comme toute suite qui se respecte, des moyens supplémentaires : plus de pistes, plus de feats -sur ce plan, c’est hyper varié, ça va de Rockin Squat à Kenza Farah en passant par Alino et Lââm.

Taux d’avant-gardisme : 0%

Comme dit plus haut, Rue est avant tout un instantané d’une époque où mener sa barque en indépendant était bien moins évident qu’aujourd’hui, et où le rap était l’expression très brute des ressentiments des habitants des quartiers populaires français. Aucun bouleversement artistique, aucune tendance lancée avec cet album -comme quoi, un disque marquant n’est pas forcément synonyme de révolution.

Taux d’obsolescence : 30%

Rue est aujourd’hui assez éloigné de l’album de rap français typique, aussi bien sur le plan des thématiques que des sonorités. Pour autant, il n’a pas plus mal vieilli que la plupart des albums classiques du milieu des années 2000. Mieux, en évitant de tomber dans les grandes tendances de l’époque pour mieux se concentrer sur un rap pur et dur évoquant la rue avant toute chose, il évite l’obsolescence : les choses les plus simples sont souvent celles qui résistent le mieux à l’épreuve du temps.

Taux d’actualité du discours : 75%

Si le rap français a évolué, notamment sur le plan des thématiques, et tend toujours plus au divertissement plutôt qu’au discours brut et terre-à-terre, le rap de rue pur et dur revient au premier plan, par l'intermédiaire d’artistes comme Maes, 13 Block ou QE Favelas. La forme est différente, mais sur le fond, on pourrait très bien interchanger le “La soustraction d'un keuf créer la multiplication d'mon crew” de Zed avec le “On baise la schmiture for ever” de LIM.

Avis 2018 :

Sans apparaître comme un classique absolu unanimement reconnu par auditeurs, rappeurs et observateurs, Rue reste un album marquant, en représentant à la fois la quintessence du rap de rue du milieu des années 2000, et la vitalité d’une industrie indépendante capable de nourrir des ambitions suffisamment importantes pour aller titiller les grandes majors dans les charts, en combinant la force de deux labels et de deux artistes majeurs. Un album qui se réécoute parfaitement aujourd’hui, et qui n’a pas vieilli d’un poil, malgré ce grain très années 2000 qui nous rendrait presque nostalgique des survêtements Lacoste usés par les trous de boulette.

> 3 étoiles / 5