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Rap Maps : Montpellier (et les alentours), entre innovation et tradition
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Joke (© Capture YouTube) / LaCraps  (© Capture YouTube) / Demi Portion (© DR/Bendo Music)
Joke (© Capture YouTube) / LaCraps (© Capture YouTube) / Demi Portion (© DR/Bendo Music)

Rap Maps : Montpellier (et les alentours), entre innovation et tradition

Ateyaba/Joke, LaCraps, Sameer Ahmad ou le voisin Demi Portion... Au pays de Louis Nicollin, on a la rime facile et variée. Suivez le guide...

En dehors des pôles Paris-Marseille, et de quelques grandes villes parvenant à tirer épisodiquement leur épingle du jeu (Lille-Roubaix quand Gradur a explosé, Nice sous l’impulsion de D’en Bas Fondations), les rappeurs provinciaux ont généralement du mal à se faire une place dans l’espace médiatique, et à placer leur localité sur la grande carte du rap français. Portée par les médiatisations successives de Joke/Ateyaba, Lacraps ou Set&Match, et par les succès critiques de Sameer Ahmad ou N.E.D.Z, la ville de Montpellier a tout de même réussi à s’imposer ces dernières années comme l’une des scènes les plus créatives du paysage rap. 

Les évolutions dans les modes de diffusion de la musique, mais aussi dans les méthodes de production des disques, ont permis à Montpellier, comme à d’autres localités, de voir émerger une scène toujours plus active depuis le début des années 2010. Beaucoup moins exposée avant l’émergence d’internet, et l’avènement de Youtube et des plateformes de streaming comme lieux de passage obligatoires pour tout rappeur, la scène montpelliéraine a traversé quelques années de désert total sur le plan médiatique pendant toutes les années 90 puis les années 2000. Malgré l’avènement de rappeurs décidés à se faire une place, comme G.R.E.G ou le crew Hérault Shima (dont on salue l’inventivité du nom), il a fallu attendre la percée de Joke à partir de 2012-2013 pour voir enfin MTP représenté au niveau national. 

Enfilez-donc votre plus beau maillot du MHSC, on embarque pour la visite d’une scène locale qui restera marquée à jamais par les punchlines de Loulou Nicollin.

L’environnement 

Comme toute métropole, Montpellier a son lot de quartiers populaires, mais est aussi et surtout reconnue comme l’une des plus importantes villes étudiantes de France. Elle est ainsi plus réputée pour la qualité de son cadre de vie que pour ses ruelles mal-famées, et n’est donc pas, a priori, le coin le plus propice à l’émergence d’une scène rap révoltée faite de cas sociaux qui font des fautes sur les murs et de pirates du bitume -ou comme le disait plus directement Sameer Ahmad en 2015, “c’est une ville très connotée étudiante ou gay, mais pas vraiment culture hip-hop”. Un calme apparent qui se ressent dans les discours tenus par les rappeurs locaux, qui, lorsqu’ils ne louent pas la tranquillité du mode de vie sudiste (Set&Match), s’orientent vers des ambiances chill (Joke) ou se concentrent sur un discours généraliste plus préoccupé par la société dans son ensemble que par les spécificités locales (Lacraps). 

Le moment où le monde a découvert MTP

Bien que certains rappeurs aient tenté leur chance avant lui, la première véritable tête d’affiche de la ville de Montpellier a été Joke, qui, s’il n’a pas eu la carrière que certains pouvaient lui prédire quand il a explosé en 2012-2013, reste tout de même un rappeur qui a trouvé un écho national, a touché des médias importants en termes de visibilité, et a représenté l’une des signatures majeures au lancement du label Def Jam en France. D’autres ont bien entendu représenté MTP depuis, avec notamment les percées de Vin’s, Set&Match ou Lacraps, mais avant lui, aucun n’avait permis au 34 de se faire une si bonne place médiatique. 

Le nom qui fait frissonner les puristes

Qu’on le connaisse sous le nom de Nedoua ou de N.E.D.Z, le rappeur, né en Ile-de-France et installé dans le 34 depuis belle lurette, fait partie de cette catégorie de rappeurs régulièrement cités aux côtés de noms comme Davodka, Hugo TSR, Lacraps et d’autres, en tant que représentant d’un hip-hop très traditionnel, fait de rimes riches, d’introspection, de mélancolie, de couplets denses, et de petites boucles de piano ou de violon. Tête de proue de LaClassic Records, l’une des écuries les plus actives de la scène montpelliéraine, N.E.D.Z s’est forgé une belle réputation ces dernières années. Côté féminin, on peut également citer Starline, qui n’est pas montpelliéraine mais lyonnaise : proche des autres membres de LaClassic Records, elle contribue presque malgré elle à la montée en puissance graduelle de la scène de MTP. 

La discographie indispensable

Premier G, Machine à écrire, 42 grammes, Les Preuves du Temps, l’Enfoiré Bootleg, Boombap 2.0 … en seulement quelques années de carrière, Lacraps s’est forgé une discographie solide, marquée par des projets d’une densité assez folle (42 grammes, Les Preuves du Temps), et par une évolution particulièrement intéressante : alors qu’on l’aurait catalogué assez rapidement comme un représentant d’une mouvance plutôt old school, à ses débuts, il a fini par se détacher progressivement de cette case un brin réductrice pour s’orienter vers des sonorités plus modernes. Sans jamais lâcher les bases de ce qui a fait sa réussite, et notamment l’importance donnée à l’écriture, il semble lancé depuis quelques années dans une entreprise de réconciliation des mouvances et des générations, à l’image du titre de son dernier projet en date, Boombap 2.0, une dénomination qui résume parfaitement l’idée que l’on peut se faire de son rap aujourd’hui. 

Le même type de démarche visant à trouver un compromis entre les évolutions récentes du rap et les fondamentaux indispensables est menée par le Mer2Crew, un groupe réunissant des rappeurs venus de Montpellier, mais aussi d’autres bastions sudistes comme Arles ou Marseille. 

Le gros succès, avec un peu de triche

La plupart des rappeurs montpelliérains cités jusqu’ici ont été capables d’aller chercher une belle réussite critique, mais aucun d’entre eux n’a réellement cartonné dans les bacs. Pour trouver trace d’un réel carton, il faut prendre sa voiture et rouler une petite demi-heure en direction de Sète, où Demi Portion réalise régulièrement des scores spectaculaires en indépendance totale. Alors OK, Sète ce n’est pas Montpellier, mais si on considère que Rohff est parisien en venant de Vitry et que Sch est marseillais en venant d’Aubagne, on peut très bien déplacer Demi Portion d’une trentaine de kilomètres. 

L’exception 

Auteur de Perdants Magnifiques, l’un des albums les mieux accueillis par la critique en 2014, Sameer Ahmad fait non seulement figure d’exception au sein de la scène montpelliéraine, puisqu’il n’est ni proche de ses pairs artistiquement, ni personnellement, mais aussi au sein de la scène rap français, étant donné son profil atypique et ses orientations artistiques assez éloignées du reste du circuit. Classé parmi les inclassables, aux côtés d’un Joe Lucazz ou d’un Riski, le rappeur montpelliérain s’est taillé une discographie absolument singulière qui fait prendre tout son sens au célèbre “puzzle de mots et de pensées” : textes extrêmement référencés, aspirations spirituelles et philosophiques explorées en long et en large, dimension cinématographique … Si l’on a tendance à placer la scène du 34 entre les ambiance détendues et ensoleillées de Set&Match, et les inspirations presque boom-bap de l’écurie LaClassic, Sameer Ahmad se situe loin, très loin de l’échiquier local.