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Rap Maps : Grigny, un coin à part sur la carte du rap français
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Gizo Evoracci (© GHX5T) / Grigny (© Mehdi Hafi / AFP) / Juicy P (© Cedric Cayla)

Rap Maps : Grigny, un coin à part sur la carte du rap français

Influencée par Memphis, Los Angeles, Sacramento, avec ses codes de langages propres, la ville de LMC Click et Gizo Evoracci est unique : son influence sur le rap français dépasse de loin son impact sur les ventes et les streams. On vous emmène dans le territoire le plus fascinant du game. Suivez le guidzer...

L’une des scènes rap les plus actives et singulières du 91, une bonne poignée de rappeurs légendaires mais jamais très exposés médiatiquement, des expressions reprises par le reste du rap français, et un style bien à part, et ce depuis les premiers pas de la scène locale avec Baron OG et Code 147. Avec bon nombre de groupes (LMC Click, La Comera) et artistes (Cokein, Gizo Evoracci, Ketokrim, Myssa) s’étant forgé un beau succès critique mais n’ayant jamais réellement touché le grand public, même si le succès arrivera peut-être avec les nouvelles générations (3GC). Avec ses influences bien particulières (Memphis, Los Angeles, Sacramento), Grigny s’est toujours volontairement marginalisé, refusant de faire des concessions artistiques pour élargir son auditorat et se mélanger plus facilement au reste du rap game. 

L’environnement 

L’une des principales caractéristiques de Grigny quand on s’y rend en transports, c’est que l’on comprend où l’on a mis les pieds dès l’instant où l’on sort du RER : contrairement à d’autres villes où la gare est un quartier de centre-ville, celle de Grigny est en plein milieu du hood, juste en dessous de grandes tours d’une vingtaine d’étages. Mais Grigny n’est pas que béton et grands ensembles : il suffit de faire quelques kilomètres pour se trouver sur les bords du lac de Viry-Châtillon, où l’on peut faire de la planche à voile, de l’aviron et même de la plongée sous-marine. Grigny est donc une vraie terre de contrastes, d’autant qu’elle a quand même été bâtie sur les fondations d’une vieille nécropole -ou sur un cimetière viking, quoi qu’il en soit, sur des cadavres. 

Le moment où le monde a découvert le Centre 

Malgré le fait qu’elle ait été l’une des scènes les plus actives et foisonnantes de tout le rap français, notamment pendant la deuxième moitié des années 2000, Grigny n’a jamais pu placer aucun de ses représentants aux sommets du game, ni même voir l’un de ses petits champions percer à grande échelle. Ironie du sort pour l’une des villes qui a fourni certains des rappeurs les plus techniques du plateau, la lumière va arriver par un freestyleur involontairement drôle, et clairement pas mis en avant pour ses qualités artistiques : Gazouza. 30 secondes de freestyle face-caméra et deux-trois répliques pas piquées des hannetons (“Grigny-la-Grande-Borne, une bite sur l’épaule”) ont suffit à créer l’un des buzz internet du printemps 2018. Interviews, Planète Rap, passage dans Le Cercle de Fianso : en quelques mois, Gazouza aura touché plus de médias que l’ensemble des rappeurs grignois au cours des dix dernières années. 

Le nom qui fait frissonner les puristes : Savant des Rimes

En réalité, Grigny pourrait ressembler à l’antichambre de l’enfer pour un puriste : à une époque où tous les rappeurs de France avaient les yeux et les oreilles tournés uniquement vers New-York, les grignois étaient déjà bien plus loin vers l’Ouest, bercés par la musique de Los Angeles et Sacramento, ou alors bien plus au Sud, dans ce Sud profond et parfois inquiétant qui va du Texas à la Louisiane en passant par le Tennessee. Si l’on veut vraiment trouver un nom pour satisfaire les puristes de France, on peut tout de même se tourner vers Savant des Rimes, qui n’a pas volé son pseudo puisqu’il a réellement developpé, pendant ses années d’activité, une véritable science sur le plan technique. Avec ses structures de rimes hyper-riches et ses enchaînements parfois impressionnants de multisyllabiques, Savant des Rimes est l’un des noms qui a marqué les auditeurs les plus attachés à la technique, même s’il est resté assez peu exposé. 

La discographie indispensable : LMC Click

Difficile de ne pas citer la LMC Click, qui reste le grand groupe historique de Grigny, avec sa formation variable : Juicy P et Jack Many en premier lieu, mais aussi Maestro, moins présent et Castor Troy, encore moins présent. A eux tous, ils se sont tout de même constitué une bien belle discographie, entre les projets en commun (Vrai dans l’jeu ; Burchett Vol.1) et en solo (Certifié Vrai Spécial Jack Many ; Certifié Vrai Spécial Juicy P) et les disques au format un peu hybride, entre compilation, bootleg et mixtape (Bikrav Tour, Net Tape Vol.1). L'intérêt supplémentaire, si l’on s’intéresse de près à la scène locale, c’est que l’on croise la quasi-intégralité des rappeurs grignois tout au long de la discographie de la LMC Click. 

Le gros succès (d’une certaine manière) : Gizo Evoracci 

Pas vraiment de gros succès au sens classique à Grigny, on peut donc citer le cas de Gizo Evoracci, qui n’a certes jamais obtenu de disque d’or, mais qui a rappé avec Snoop Dogg, ridé avec Kurupt, sorti un disque aux Etats-Unis, conversé avec la mère de Pimp C, et a plus ou moins été affilié aux Crips de Los Angeles, a fait des concerts au Moyen-Orient, et des émissions de télé en Russie. Assez improbable pour un petit gars parti de Grigny, on peut donc clairement parler de succès. Malgré une discographie un peu décousue et pas forcément très facilement lisible quand on la prend en cours de route, Gizo est toujours actif aujourd’hui, et n’a rien perdu de son style très atypique. 

L’exception : le langage

Autant être clair tout de suite : Grigny est une exception à l’échelle du rap français, une scène marginale avec des influences à 1000 lieues de celles des autres villes, et un style à part sur absolument tous les points de vue. Les grignois ne s’habillent pas comme les autres, ne rappent pas comme les autres, et ont même leur propre langage, que personne, en dehors de cette ville, ne peut comprendre.  Doracel, Flocco, Burchett, Fimby, Texier … la liste des noms communs qui n’existent qu’ici est longue comme un dictionnaire du Petit Robert.