MENU
Accueil
Rap Maps : Evry, place forte du rap français de Disiz à Koba LaD
Écouter le direct
Disiz (© DR) / Alkpote (© Esteban Wautier) / Niska (© DR) / Koba LaD (© DR)
Disiz (© DR) / Alkpote (© Esteban Wautier) / Niska (© DR) / Koba LaD (© DR)

Rap Maps : Evry, place forte du rap français de Disiz à Koba LaD

Il suffit de quelques secondes pour comprendre qu'Evry (91) est l'un des bastions du rap français et ça ne date pas d'aujourd'hui. De Disiz et Ol Kainry à Koba LaD ou Zola, on fait le tour de la ville pour essayer de comprendre ce qui s'y passe.

Entre têtes d’affiche capables d’aller toucher des sommets médiatiques (Disiz, Niska), vétérans capables de se renouveler pour se construire une nouvelle légende (Alkpote, Ol Kainry), jeunes pousses bien partis pour tout arracher (Koba LaD, Zola), et rappeurs au taux d’exposition inversement proportionnel au talent (Eloquence, Nubi), la ville d’Evry abrite l’une des scènes les plus productives du game. Contrairement à d’autres scènes du 91 comme Grigny ou les Tarterêts, aucune tendance particulière ne semble s’imposer à Evry, où cohabitent la trap la plus moderne avec le boom-bap le plus old school, et où le rap aux accents très franchouillards côtoie les influences américaines les plus assumées. Evry et son univers impitoyable, suivez le guide !

L’environnement 

Ville moyenne, Evry, officiellement devenue Evry-Courcouronnes depuis le 1er janvier 2019, compte environ 60 000 habitants, et se construit sur la même ambivalence que les autres villes moyenâgeuses d’Ile-de-France, avec des restes d’architecture ancienne (lavoirs, presbytère) et les grands ensembles construits en urgence dans les années 70. Ces fameuses cités-dortoirs, qui deviennent des cités tout court, voient l’émergence d’une scène rap foisonnante, le dynamisme culturel local étant porté par une population globalement jeune : 40% de la population a moins de 25 ans. Niveau lieux emblématiques, peu de vraies attractions locales, et la majorité des jeunes se retrouvent donc à l’Agora, le principal centre commercial de la ville, avec cinéma, patinoire, et embrouilles entre bandes rivales. En effet, si une certaine unité de la scène rap semble exister vu de l’extérieur, de nombreuses tensions entre quartiers (Pyramides vs Canal, pour ne citer qu’un exemple) ont existé ou continuent d’exister. 

Le moment où le monde a découvert Evry

Première véritable star venue d’Evry, et plus précisément des Epinettes, Disiz la Peste explose au tout début des années 2000, avec le succès phénoménal du single J'pète les plombs, puis de l’album Le poisson rouge. Beaucoup moins orienté street que tout ce qui sortira d’Evry au cours des années suivantes Disiz ne revendique pas particulièrement son appartenance à sa ville, on retient tout de même qu’il s’agit de l’un des premiers essonniens issus du rap à finir sur des plateaux de télévision, quelques années avant Diam's et Sinik. Dans le sillage de La Peste, quelques rappeurs locaux se placent auprès du grand public pour la première fois, à l’image d’Eloquence, qui participe à l’époque à l’un des titres les plus plébiscités de Poisson Rouge, intitulé C’est ça la France. 

Le nom qui fait vibrer les puristes : Nubi

Rimeur hors-pair, rappeur aux qualités techniques unanimement reconnues, Nubi est typiquement le genre d’artiste que l’on pourrait caser dans la catégorie “extrêmement sous-côté”. La faute à une carrière qui n’a jamais pu décoller : après s’être placé comme l’un des principaux espoirs du rap français à ses débuts avec son groupe Futuristiq, l’Evryen a navigué de label indé en label indé, en ne réussissant à placer que deux projets solo dans les bacs, en 2006 et 2012. S’il s’est aujourd’hui éloigné de la musique, Nubi a longtemps été considéré comme l’un des rappeurs les plus doués de sa génération, et reste l’un des symboles de ce rap de rue très technique de la deuxième moitié des années 2000. 

La discographie indispensable : Alkpote

Il est évidemment impossible de parler de la scène rap d’Evry sans citer Alkpote, l’un de ses plus fiers représentants, et l’un des meilleurs moyens d’avoir l’impression de se balader dans la ville sans jamais y avoir mis les pieds : “RDV devant le franprix d’Evry”, “à Evry, Pyramides c’est indiqué”, Évry Charlie D’, mais qui va baiser la réput' ? Pyra-de-mi, Los Épinettes, Parc aux Lievros”. En clair, Alkpote place sa ville dans l’immense majorité de ses morceaux, que ce soit pour des simples points météo ("J'marche dans la ville d'Évry, j'ai froid comme en Sibérie”), des conseils pour être au top de sa forme (“c'est à Evry que j'me revitalise”), des bons plans locaux (“Evry-Courcouronnes, on a des revendeurs de toutes sortes”), ou bien entendu des injonctions d’ordre sexuel (“Suce ma verge d'Évry jusqu'à Brest”).  Citons également d’autres rappeurs locaux ayant étroitement collaboré avec Alk, comme son ex-binôme au sein de l’Unité de Feu, le légendaire Katana, mais aussi Zekwe, ou encore Cortex.  

Le gros succès : Niska

Après la percée de Disiz au début des années 2000, Evry a longtemps semblé maudite, tant le ratio entre excellents rappeurs et carrières réellement réussies tendait étrangement vers zéro. Ol Kainry s’est longtemps maintenu à bon niveau mais n’a jamais dépassé un certain plafond, Alkpote a du attendre une douzaine d’années pour récolter enfin les fruits de son labeur, Katana, Zekwe, Nubi ou Eloquence sont restés bien trop confidentiels … L’explosion de Niska à partir de 2014-2015 change la donne, et place la nouvelle génération d’Evry en bonne position sur la nouvelle carte du rap français. S’il se cherche un peu pendant les premières années, son évolution spectaculaire le transforme petit à petit en véritable faiseur de tubes, et des titres comme Réseaux ou Salé s’imposent parmi les hits les plus joués de ces dernières années. Niveau retombées locales, Niska clippe une bonne partie de ses clips à Evry en faisant participer un maximum d’habitants des quartiers, et on peut également citer l’ouverture d’un fast-food ayant plutôt bonne presse. 

L’exception : Zola

Fleuron de la nouvelle génération evryenne aux côtés de Koba la D, le cas de Zola est un peu particulier : ses attaches géographiques se partagent en effet entre Evry et Lure, une petite ville en Haute-Saône, chose que le rappeur n’a jamais revendiqué, préférant mettre en avant son appartenance au 91 plutôt qu’au 70. Une poignée d’auditeurs mal intentionnés aime donc lui rappeler en commentaire sous chacun de ses clips ou interviews, un peu comme si chaque clip de PNL se ramassait un flot ininterrompu de relous leur rappelant leurs années à Brive-la-Gaillarde, où Ademo et N.O.S ont passé une partie de leur enfance avec leur père. 

Conclusion

Scène majeure à l’échelle du rap français, Evry est surtout l’une des plus représentatives de la diversité de ce genre musical en France : peu de coins peuvent se vanter d’avoir fait émerger des profils aussi différents que Niska, Eloquence, Alkpote, Ol Kainry et Jok1 le Chef sur si peu de kilomètres carrés. Alors que l’ancienne génération laisse petit à petit sa place (Nubi, Zekwe), les nouveaux talents d’Evry semblent prêts à reprendre le flambeau, et à continuer à faire du 91000 l’un des bastions majeurs du rap français.