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Rap Maps : Corbeil-Essonnes, nouveau vivier de talents de PNL à la MMZ
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PNL - Rock en Seine (DR/ France Télévisions)

Rap Maps : Corbeil-Essonnes, nouveau vivier de talents de PNL à la MMZ

De l'explosion de PNL, à la MMZ en passant par F430, Bizon et Mental ... On fait le tour de la ville pour essayer de comprendre ce qui s'y passe dans cette nouvelle place forte du rap français.

Longtemps restée en marge, avant d’exploser totalement au milieu des années 2010 suite à la percée d’une première grosse tête d’affiche, la scène rap de Corbeil-Essonnes a suivi le même type de trajectoire que celle de Sevran. Malgré quelques anciens ayant tenté leur chance dans les années 2000 (Bizon d’un côté, Bolo de l’autre), il a fallu attendre l’émergence d’un nom (PNL, Kaaris) pour que toute une nouvelle génération (13 Block, Maes, Kalash Criminel ; MMZ, F430, S-pion) s’engouffre dans la brèche.

La distinction entre ces deux scènes tient dans leurs différences d’homogénéité : à Sevran, certaines tendances dominent, mais rien ne permet de définir une sonorité locale précise. A Corbeil -et plus précisément, aux Tarterêts-, tout est beaucoup plus évident, d’autant que les filiations entre rappeurs sont très clairement assumées. Pour le résumer grossièrement, la scène locale a pour thématiques principales la bicrave et l’amour des siens, le son est plutôt vaporeux, tire vers le cloud-rap, avec des influences pas toujours simples à déchiffrer, et une certaine ambivalence entre rap de rue et ambitions d’ouverture. 

L’environnement 

Si l’on parle de Corbeil-Essonnes dans son ensemble, il s’agit d’une ville dont le riche passé a laissé un bel héritage, avec un joli patrimoine architectural, pas mal de monuments historiques, et des vestiges du Moyen-Âge bien conservés. En théorie, le cadre pourrait même paraître idyllique : en plus de ce patrimoine, Corbeil dispose d’un territoire très vert, occupé par les parcs, jardins et forêts, et un important réseau fluvial. Cependant, quand on évoque Corbeil dans le monde du rap, on se retrouve inévitablement plongé dans le quotidien des quartiers populaires. Suite aux percées consécutives de PNL, de la MMZ et de F430, la prédominance médiatique du quartier des Tarterêts est devenue telle que l’on a fini par se demander comment autant de talents avaient pu faire leur trou sur un territoire finalement aussi réduit -moins d’un kilomètre carré. 

Toutes les grandes problématiques des grands ensembles construits dans les années 60 et 70 coexistent aux Tarterêts : taux de chômage record, population très jeune, bâtiments délabrés, délinquance, guerres historiques avec les cités voisines, et circuits parallèles pour survivre à l’échec scolaire. Contrairement à d’autres cités où des travaux de rénovation ont été entrepris, pas grand chose ne semble bouger ici, ce qui semble tout de même rassurer N.O.S : “une chance qu'ils aient pas détruit mon bâtiment, peut-être qu'un jour j'pourrai l'montrer à mes enfants” . 

Le moment où le monde a découvert Corbeil-Essones 

Malgré des prémices dans les années 90 et 2000, la première percée corbeil-essonnoise est celle de PNL en 2015. A l’époque, le groupe évoque déjà beaucoup son appartenance au 91 (9-4 c’est le Barça, 9-1 c’est le Brésil”) et surtout au Zoo, surnom donné au quartier des Tarterêts. A moins que vous ayez vécu sur une autre planète ces dernières années, il n’y a plus vraiment besoin de retracer l’explosion du groupe. En revanche, c’est principalement à travers leurs clips que le public français découvre l’architecture locale, avec ces grandes tours, ce terrain de foot, et surtout, ces halls intérieurs pas franchement accueillants, mais idéals pour aller voter. 

Les noms qui font frissonner les puristes : Bizon et Mental

Le rap à Corbeil n’est pas né avec Ademo et N.O.S, et bon nombre d’artistes ont tenté leur chance avant eux. Parmi eux, Bizon et Mental sont peut-être ceux qui sont passés le plus près du succès, comme ils le racontaient l’an dernier au cours d’une interview chez nos confrères de Noisey. A la toute fin des années 90, les deux rappeurs font partie du collectif Haut Clan Style, qui réunit quelques rappeurs des Tarterêts. S’ils participent à la compilation L’Univers des Lascars, ils confirment que la mentalité locale est déjà assez fermée sur le monde extérieur : ils passent à côté d’un feat avec Pit Baccardi (très médiatisé à l’époque), refusent d’aller rapper dans le Hit Machine de M6 (l’une des émissions de musique les plus suivies du PAF) … Quelques années plus tard, ils finiront tout de même par s’ouvrir un peu plus, et on les retrouvera en featuring avec d’autres têtes du 91 comme Alkpote ou Ol Kainry, et même d’autres départements, comme Joe Lucazz et Cross. 

Dans la catégorie “ça fera plaisir aux anciens”, on peut également citer Don Xeré Delavega, qui était apparu sur le titre Hiphopaloorap, extrait de l’album Cinquième As de MC Solaar, et qu’on a aussi aperçu sur quelques projets restés dans les mémoires comme la compil Sachons Dire Non ou l’album Au Commencement de Monsieur R. 

La discographie indispensable : F430

Evidemment, le nom le plus évident dans la catégorie “discographie idéale” est celui de PNL, le groupe ayant enchaîné trois classiques sur ses trois premiers projets -le quatrième est en très bonne voie également, mais il serait déraisonnable d’en parler comme d’un classique moins d’un mois après sa sortie. Intéressons-nous donc au cas de F430, qui ne compte certes à son actif qu’une seule publication, mais qui a convaincu son monde avec un album très positivement accueilli par la critique -malgré une promo très minimaliste. L’attente aura été longue, puisque le groupe était déjà bien actif en 2014, à l’époque où les oreilles ont commencé à se tourner vers Corbeil. Depuis, la géométrie de F430 a quelque peu évolué, passant de quatuor à duo, mais l’essentiel se situe surtout dans la progression du groupe, capable à l’heure actuelle d’une vraie proposition artistique. 

La relative percée de F430 permet par ailleurs de renforcer la dimension quasi-familiale du rap des Tarterêts, puisque la filiation avec les autres groupes locaux est assumée et même mise en avant. Outre les collaborations avec la MMZ ou S-Pion, F430 s’est ainsi fait remarquer en plaçant quelques références bien placées à PNL, notamment ce “j’ai repris tous les clients d’Adé” posé par Jet dans le titre Trafic. Une bonne nouvelle, donc, Ademo a bien arrêté de détailler, mais aussi une mauvaise nouvelle, puisque les nouvelles générations sont face aux mêmes perspectives d’avenir que les précédentes. 

Le gros succès : MMZ

Encore une fois, l’évidence voudrait que l’on cite PNL, son million de disques vendus, et ses records à n’en plus finir, mais tout le monde connaît déjà chacun des chiffres sur le bout des doigts. L’autre gros succès statistique de Corbeil tient également en trois lettres et serait les initiales de Mini Mafia Zoo : la MMZ accumule tranquillement les certifications depuis trois ans, avec un sans-fautes : deux albums, deux disques d’or -le troisième projet, Trop N’Da, étant seulement une réédition. Sans atteindre les sommets stratosphériques touchés par Ademo et N.O.S sur leurs clips , Lazer et Moha vont également chercher leur quinzaine de millions de vues en moyenne. En somme, tout va bien pour l’actuel duo (comme dans le cas de F430, la formation du groupe a évolué depuis les premiers titres), qui a réussi là où beaucoup échouent, en pérennisant la réussite des débuts. Sans être flamboyant, le succès de la MMZ est devenu solide, et s’installe petit à petit dans la durée. Disponible depuis quelques jours à l’heure où vous lisez ces lignes, l’album Sayonara devrait confirmer une fois de plus le statut de nouvelle valeur sûre du 91 de la MMZ. 

L’exception : S-Pion

Parmi les grandes constantes qui font le rap actuel à Corbeil, et plus précisément aux Tarterêts, on retrouve des thématiques uniformes et une direction artistique commune -même si chaque groupe a ses propres caractéristiques. La communication est également très standardisée, puisque dans le sillage de PNL, d’autres groupes comme la MMZ ou F430 ont choisi de refuser tout type de contact avec les médias, et d’éviter les featurings en dehors de leur cercle fermé. S-Pion, tête de proue du groupe IGD Gang, fait donc figure d’exception, puisqu’on a pu le voir apparaître sur divers médias ces derniers mois, et même un épisode de Rentre dans le Cercle. Ses interviews se résumant malheureusement souvent à des questions du type “alors, il est sympa N.O.S en vrai ?”, il a parfois dû faire regretter de ne pas avoir suivi la même stratégie de communication sur ses comparses. 

Conclusion

“Suffit qu'un seul perce donc on attaque à dix milles comme les spermatos sur l'ovaire”, rappait Zekwe Ramos en 2016 sur Zombies. C’est plutôt un bon résumé de ce qui est en train de se passer à Corbeil depuis l’explosion de PNL en 2015 : certains tutoient déjà le succès (MMZ), d’autres s’en approchent (F430), tandis que l’ensemble de la scène locale bouillonne (N’Dirty Deh, S-Pion et le reste du IGD Gang, TDA, GDZ, Mom’s) et semble prêt à exploser. On en arrive au point où on se dit qu’une version Zoo de 93 Empire serait faisable, et constituerait potentiellement l’un des projets de compils les plus excitants.