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PNL remballe Drake ? Le pourquoi du comment
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Drake x PNL
Drake x PNL ©Getty

PNL remballe Drake ? Le pourquoi du comment

Rumeur ? Fait avéré ? Et si c’est le cas, quelles sont les causes et les conséquences d’un tel refus ? On a mis les plus fins limiers de Mouv' sur l’affaire (non).

Le 15 mars dernier, un journaliste que l'on ne peut que qualifier de douteux a évoqué lors de l’émission After Rap une bien curieuse histoire. Selon lui, Drake aurait exprimé le souhait, par le biais du contact de plusieurs tierces personnes interposées, de remixer un tube de PNL pour une version US officielle, plus précisément le morceau A l’ammoniaque. Sauf qu’une fois que l’information est parvenue aux intéressés, ils ont préféré décliné la proposition.

Il sous-entend tenir l’information de Kim Chapiron, qui a fait ses armes niveau courts-métrages et clips au sein du collectif Kourtrajmé, devenu depuis réalisateur de cinéma (Sheitan, Dog Pound, La Crème de la crème) et qui a travaillé et travaille encore avec le groupe de rap français pour lequel il a notamment co-réalisé le clip A l’ammoniaque justement. Évidemment c’est du off (c’est-à-dire pas dans le cadre d’une interview officielle), donc c’est invérifiable, et il est possible que le chroniqueur ait juste dit ça pour la blague, ou par haine de Drake, ou simplement parce qu’il est complètement con, tout ça n’est pas bien clair.

Mais ça ne nous empêchera pas de nous pencher sur ce dossier. 

Les « pour »

Le prestige

Drake a déjà de nombreux featurings à son actif, avec des Canadiens et des artistes des États-Unis, mais même au-delà, avec des britanniques ou d’autres. C’est un artiste d’envergure qui fédère un très large public. Que l’on aime ou pas ses albums, il fait désormais partie des poids lourds de cette industrie. Être courtisé par un rappeur comme ça, ce n’est pas donné à tout le monde, et c’est une occasion à ne pas manquer. C’est avec ce genre de collaboration artistique que l’on passe symboliquement un palier et que l’on accède à une reconnaissance encore plus indiscutable.

L’ouverture internationale

Une connexion comme ça, c’est la garantie d’une ouverture sur les USA et plus généralement le monde anglophone. Certes, il ne s’agit que d’un premier pas, puisque ce n’est pas un « vrai » featuring, simplement Drake qui aurait repris le morceau, probablement en ajoutant un couplet chanté au milieu et basta. L’autre possibilité aurait été une sorte de version 2.0 du morceau, un peu comme ce qu’avait fait Kanye West avec le I don’t like de Chief Keef. Mais vis-à-vis du public, ça suffit amplement, rappelons que pour l’instant le plus gros contact que PNL a eu avec le public US, c’est quand ils ont annulé Coachella, donc toute brèche est bonne à prendre. D’autant que la musique de PNL peut accrocher un public qui ne comprend pas les paroles, mais il leur faudrait tout de même une porte d’entrée.

Ce serait un début

Cela pourrait ouvrir la porte à d’autres types de collaborations par la suite, avec encore d’autres artistes ou beatmakers établis. Il est très dur de débarquer de nulle part aux USA et de chercher à travailler directement avec des gros noms, à moins de débourser d’entrée beaucoup, beaucoup d’argent. Etre lié à Drake, même de loin, peut accélérer et faciliter les choses. PNL sur du Mike Will ou du Pharrell, ça pourrait aussi être sympa.

La caillasse

Ces dernières années, Drake a battu records sur records en terme de ventes et de streams. A la fin du mois de mai 2018, il est officiellement passé devant Elvis Presley dans la catégorie des chanteurs masculins cumulant le plus de singles dans le top 10 des ventes. En gros, devant lui il ne reste que Michael Jackson, Elton John et Stevie Wonder. Même si le plus bizarre dans tout ça c’est qu’on classe Drake dans les chanteurs masculins, les faits sont là : on a affaire à un mastodonte des charts, une machine de guerre en terme de promo et un faiseur de tubes pratiquement infaillible. Avoir son nom associé au sien n’est pas une formule miracle mais ça reste un sérieux coup de boost niveau ventes et streams. C’est l’assurance d’avoir des revenus assez fous en bonus de ceux qu’ils ont déjà. Tout ça en échange, rappelons-le, d’une simple autorisation : cela ne leur aurait pas demandé le moindre effort supplémentaire.

Les « contre »

Drake est un vampire

Drake x DBZ

Drake a pris la fâcheuse habitude de se jeter sur certains artistes avec l’enthousiasme d’une sangsue granuleuse de l’Île Maurice. Alors certes, parfois cela profite aussi à l’artiste en question qui bénéficie d’une mise en avant, mais la plupart du temps ça sert juste de réservoir à pompage pour le Canadien en manque d’inspiration, et pas grand-chose de plus. Donc des Français peu ou pas connus sur le sol US auraient clairement été passés à la trappe au bénéfice du remixeur parasite. Et ça c’est inacceptable.

Ils doivent préférer Pusha-T

Vu ce qui transparaît dans leurs lyrics, leur attitude et leur façon de concevoir les choses, a priori Tarik et Nabil sont beaucoup plus proches d’un Pusha-T que de Drizzy en terme de vécu (ex-dealer etc vs ex-acteur) mais aussi de point de vue. Le rappeur de Virginie expliquait encore récemment qu’il ne comprenait pas pourquoi des stars du rap, y compris plus riches et célèbres que lui, se sentaient « forcés » de faire quoi que ce soit, se comportaient en victimes, s’adaptaient en fonction de leur image alors que son but à lui est juste de rendre sa mère riche et fière, rien d’autre. Donc entre lui et le type qu’il a humilié dans un des diss-tracks les plus violents de ces dernières années, le choix est vite fait. 

Drake est infoutu de différencier la France et la Belgique

Drake x Hamza

Drake a invité Hamza lors de son passage à Bercy la semaine dernière. Sauf que d’une, il n’a pas rappé avec lui, et deux, niveau couleur, le Belge a eu droit à une arrivée marquée par le bleu-blanc-rouge. Si on fait l’effort surhumain de retenir que Drake est Canadien et non des États-Unis, ça aurait été quand même la moindre des choses que ce soit réciproque. Et bah voilà, tout se paie. Saleté de bouffeur de sirop d’érable. 

Drake a attendu le dernier moment pour reconnaître son gosse

Et ça c’est pas très QLF, il faut le reconnaître.

Pourquoi ils ont dit non

Parce que QLF

Que La Famille. La notion est au centre de l’attitude du groupe, ils n’avancent qu’en famille ou avec leur entourage proche, rien d’autres. Ils ont déjà plus ou moins diplomatiquement ignoré les appels de phare de pas mal de têtes d’affiche (le seul à avoir assumé leur avoir demandé étant Niro, sinon il faut se contenter des tentatives de rapprochement de Booba sur instagram, mais ce ne sont clairement pas les seuls), mais ça c’était facile : à présent la plupart vendent moins qu’eux. Là on a la tentation ultime et ils ont passé l’épreuve finale devant laquelle peu de rappeurs français auraient tenu : savoir se canaliser et ne pas courir la bave aux lèvres sous prétexte que « oh mon dieu c’est Draaaaaake ». En plus niveau client relou ils ont déjà Hervé, ça suffit amplement.

Parce que c'est la classe

Ademo et N.O.S sont des rappeurs français, d'origine à la fois corse et algérienne. Ca fait donc déjà trois bonnes raisons d'avoir un caractère de chieur. Du coup, concrètement, à partir du moment où ils ont décidé quelque chose, il est très, très difficile de les faire revenir en arrière. Voire impossible, il n'y a qu'à voir toutes les propositions d'interviews de médias de plus en plus massifs, systématiquement recalés (même si cela ne veut pas dire que d'autres formats alternatifs ne peuvent pas leur convenir). Donc s’ils ont décrété dire non aux featurings hors famille, mentalité appuyée par des récurrents « QLF ne cherche pas d’allié », « demande pas un feat, on n'en fait pas, viens pas te baisser », etc, ce n’est pas pour flancher maintenant. Bref, c'est la super classe de pouvoir se payer le luxe de foutre un vent à Drake, une sorte d’egotrip ultime, mais dans la vraie vie. Et pis ça vengera toutes les fois où un américain s’est foutu de la gueule des Français qui le payaient pour venir poser avec eux. Quelque part c’est leur côté justicier qui a parlé.

Parce que Drake n’a pas assez de cheveux

Et ça, ça pardonne pas. En plus les médias US arrivent à le confondre avec Malik Bentalha, c’est dire le niveau.

Parce que le Canada

Drake est originaire de Toronto, du pays des bûcherons et de la neige. Alors certes les deux rappeurs du 91 aiment voyager, mais s’ils ont déjà évoqué et/ou filmé l’Islande, les États-Unis, Cuba, la Namibie, le Vénézuéla, l’Afrique, la Corse etc, pas un mot sur le paradis des caribous. En plus, même s’ils restent toujours très discrets sur leur vie privée, Ademo est toujours régulier sur une chose : il lui faut son Nutella. Toujours. A tous les coups Drake aurait tenté de remplacer ça par du sirop d’érable, et ça c’est rédhibitoire.

Parce que la combinaison Drake-PNL pourrait entraîner l'apocalypse

Ce n'est un secret pour personne, Drake a un énorme public féminin. Même s'il existe aussi des auditeurs non-binaires et parfois masculins qui se sont laissés corrompre au fil du temps, le Canadien rassemble un nombre impressionnant de groupies aux chromosomes XX par-delà les rivières et les montagnes. Or les deux frangins de PNL ont également une partie non-négligeable de leur fanbase qui est composée de jeunes filles en fleur et autres femmes déchaînées (et aussi du marginal qui avait hurlé "Ademo j'te suce", mais c'est un autre sujet). C'est pour ça qu'à Bercy le carré qui entourait (oui, un carré peut être rond) la partie de la scène la plus avancée vers le public était uniquement composée de filles qui à elles seules arrivaient à faire plus de bruit que tout le reste de la salle réunie dès la seconde où Nabil enlevait ses lunettes.

Une combinaison de ces deux énergies sur un même morceau est extrêmement risquée. Certes, elle peut avoir lieu sans risque quand les deux parties viennent du même continent, comme cela se fait dans le rap et le R&B américain depuis des lustres, c'est pour ça que personne n'est mort après la sortie du projet commun de Drake avec Future par exemple.

En revanche, personne ne sait ce qu'il adviendrait avec des artistes issus de deux continents différents. Et pour cause, les analyses des experts les plus alarmistes nous apprennent qu'il existerait un danger quasi-immédiat dès la sortie du featuring. C’est comme dans Ghostbusters, il ne faut jamais croiser certains rayons d’énergie. L'aura dégagée par le morceau pourrait apparemment provoquer des réactions chimiques sans précédent sur deux publics géographiquement très éloignés. L'afflux de phéromones des deux côtés de l'Atlantique déréglerait la faune et la flore environnante, les hausses de températures feraient fondre en seulement une semaine les calottes glaciaires et détruiraient définitivement la couche d'ozone. A côté de ça, le réchauffement climatique actuel, c'est juste un mauvais réglage sur un radiateur.

Chaque auditrice ayant un entourage proche et vivant généralement en milieu citadin, la contagion ferait son effet beaucoup trop rapidement pour être endiguée. C'est là qu'on passerait à l'étape ultime, celle que les anciennes tribus d'Hawaï craignaient et appelaient "punani-tsunami" : d’abord les cycles menstruels puis l'intégralité des autres sécrétions du corps humain deviendraient alors incontrôlables telles les pluies torrentielles d'un déluge d'envergure biblique, emportant tout sur leur passage et signant la fin de toute civilisation humaine. C’est le point de non-retour. A ce stade, il n’y aurait plus aucun espoir de retour en arrière, même si d’autres études plus optimistes tendent à démontrer qu’un featuring entre Gucci Mane et Alkpote pourrait peut-être ramener la race humaine à un état plus stable, il serait quand même trop tard au vu des dégâts à grande échelle.

Et c’est pourquoi, sans le savoir, le « on s’en bat les couilles » du duo des Tarterêts est peut-être le geste le plus héroïque que l’on n’ait jamais vu de toute l’histoire de notre planète. Un petit doigt pour Drake, mais un grand pas pour l’humanité.